le chocolat n'a plus même goût quand on sait que le cacao est récolté par des enfants esclaves

le chocolat n'a plus même goût quand on sait que le cacao est récolté par des enfants esclaves

Nestlé dément l'emploi d'enfants-esclaves dans les plantations où elle achète son cacao. Reste que ce trafic existe. Et que de plus en plus d'enfants travaillent dans les plantations. Tout cela n'est pas de la seule faute de Nestlé. Mais la pression sur les principaux acheteurs de cacao reste utile pour faire avancer les choses.

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Depuis deux semaines circule sur internet cette pétition, que nous avons lue et étudiée pour en savoir plus, et "en avoir le coeur net " (parce que là, c'est vraiment de cela qu'il s'agit, le chocolat n'a plus même goût quand on sait que le cacao est récolté par des enfants réduits à l'esclavage par des gens sans scrupules et vendus aux plantations) :

"Il y a quelques mois, 48 enfants âgés de 5 à 16 ans avaient été secourus par les forces de police dans les plantations de cacao en Côte d'Ivoire. D'après Interpol, ces enfants étaient originaires du Burkina Faso, de Guinée, du Mali et du nord de la Côte d'Ivoire. Ils « travaillaient dans des conditions extrêmes, particulièrement dangereuses pour leur santé », et certains le faisaient « sans recevoir ni salaire, ni éducation ». 

Nestlé est accusé de traite et de travail forcé d'enfants dans les plantations de cacao en Côte d'Ivoire. Nous sommes en 2015 et pour accroître ses profits criminels, le géant du chocolat va jusqu'à réduire des enfants en esclavage.

La liste des chefs d'accusation est effrayante. Les enfants soumis au travail forcé ne sont pas payés, doivent transporter des charges lourdes, sont exposés à des substances toxiques et font l'objet de menaces physiques. Et ce n'est pas tout ! Nombre de ces pauvres enfants seraient selon toute vraisemblance vendus par des trafiquants qui les enlèvent ou les achètent eux-mêmes dans des pays voisins de la Côte d'Ivoire!

Ces révélations intolérables mettent Nestlé dans l'embarras et constituent une menace sans précédent pour son image de marque. Unissons nous pour pousser le géant du chocolat à enfin prendre ses responsabilités et mettre immédiatement fin au travail des enfants dans les plantations de cacao.

Dites à Nestlé de mettre fin à l'exploitation d'enfants dans les plantations de cacao - asservir des enfants pour faire du profit est inhumain!"

Vous pouvez lire le reste de la pétition et la signer par exemple sur cette page

Cette reprise et accélération de la campagne de sensibilisation sur les conditions de la récolte du cacao et la responsabilité des multinationales du secteur, qui préfèrent fermer les yeux et empocher les bénéfices de l'exploitation des enfants africains en vendant des douceurs aux enfants des pays riches sans naturellement leur expliquer comment elles sont obtenues (il est probable que l'apprendre pourrait être la seule chose qui puisse dégoûter les enfants du chocolat, les enfants étant assez justes de nature), est due au fait capital qu'un cabinet d'avocats américain vient de porter plainte contre Nestlé, Mars Inc et Hershley Company au nom d'un collectif de consommateurs. 

Nous sommes allés voir ce que dit Nestlé pour se défendre : il y en a des pages et des pages. Sur leur propre site, d'abord. Puis, plus étonnant (ou sans doute ne faut-il plus s'étonner) sur des sites sur ce thème directement financés par la compagnie comme le Nestlé Cocoa Plan, ou sponsorisés par elle (ainsi d'ailleurs que par Mars et Hershley, on y retrouve donc les trois compagnies contre lesquelles la plainte a été déposée) comme celui de la International Cocoa Inititative. Tout le monde y fait preuve d'un zèle humaniste formidable, et les preuves abondent (littéralement) d'un colossal travail accompli par les multinationales du chocolat pour "moraliser le secteur".

Cela donne (ad nauseam) des brochures publicitaires dans ce ton-là : 

 

Il est donc difficile, dans ces conditions, et face à un tel barrage de bonnes volontés offensées, de blâmer les trois rois du chocolat : ils plaident non coupables, et sortent les preuves. Ils aimeraient bien que le monde soit différent (et mettent la main à la poche pour offrir des cartables sponsorisés), mais voilà, le monde n'est pas juste, et ce n'est pas de leur faute si des parents mettent leurs enfants au travail à dix ans, si l'Afrique est corrompue, si le gouvernement ivoirien, qui tire 40 % de ses recettes d'exportation de la vente de cacao, n'est pas très pressé d'intervenir dans les plantations, si des gens sans scrupules enlèvent (ou achètent une bouchée de pain) des enfants  dans les pays voisins (Mali, Burkina Faso et Togo) pour en faire des esclaves sur les plantations. Aujourd'hui, on blâme le sous-traitant qui, lui-même, sous-traite à on ne sait qui, comme dans l'industrie textile. Les vrais méchants restent donc dans leur pays d'origine, et on s'en lave les mains après les avoir montrés du doigt en cas de problème. Les blancs restent blancs, les noirs sont encore noircis. Il n'y a presque rien à répondre à cela, tant c'est proche d'une certaine vérité sur place. Cette année, la récolte de cacao sera exceptionnelle. L'en dernier aussi, elle fut bonne. Il faut donc de la main d'oeuvre. Et pas chère. Engranger devises et bénéfices. On comprend donc que la distribution de cartables et de bons points ne changera rien à cette équation. 

Il ne faut pourtant pas désespérer. Nestlé et les autres compagnies avaient déjà mis dix ans (!) pour mettre en application le protocole Harkin-Engel s'engageant « à mettre un terme aux pires formes de travail des enfants, à la traite des enfants et au travail forcé des adultes dans les plantations de cacao en Côte d’Ivoire et au Ghana. » qu'elles avaient pourtant signé en 2001. Rien de ce que nous entendons aujourd'hui n'est donc nouveau. Tout cela a été dit et répété depuis des années. Les mêmes accusations, les mêmes arguments en défense. Il ne faut pas en tirer la conclusion qu'il vaut mieux en rester là. Il faut en tirer la conclusion que nous devons maintenant apprendre à avancer à travers des écrans de fumée. Continuer à ramer sans écouter les sirènes qui chantent si bien le chant de la bonne conscience. Parfois jusqu'à peut-être se boucher les oreilles, si injuste que ce soit pour ceux qui font de vrais efforts pour améliorer une chose ou deux sur place. 

En cas de doute dans votre esprit sur ce qui vient d'être dit, ou simplement pour voir ce qu'un vrai reportage veut dire (remarque : c'est fou ce que des journalistes d'investigation arrivent à trouver tout seuls à force d'acharnement quand les fonctionnaires et commissions d'enquête ne tombent jamais sur rien de bien choquant), regardez "La face cachée du chocolat", le documentaire de Miki Mistrati et Roberto Romano sorti en 2010. Là, les trafiquants d'esclaves, les enfants-esclaves, vous les verrez. Et vous verrez aussi les grands exportateurs de cacao et les chefs de la police vous expliquer la main sur le coeur qu'il n'y a pas d'esclavage dans les plantations, que ce ne sont que des racontars, qu'ils "le sauraient forcément", eux qui ont la haute main sur tout le secteur.

Nous pensons que c'est en effet le cas. Qu'il faut les prendre au mot. Et les considérer comme responsables de tout ça. Co-accusés avec Nestlé, Marc Co et Hershley Company.