Low Down, la romance magnifique du pianiste Joe Albany et de sa fille

Low Down, la romance magnifique du pianiste Joe Albany et de sa fille

Pourtant un des plus doués de son époque, Joe Albany a raté en beauté sa carrière de pianiste jazz, mais réussi sa fille, qu'il a emmenée partout avec lui toute son enfance dans ses aventures en marge du monde, et raconte aujourd'hui l'histoire dans "Low Down", un roman minimaliste, et bientôt un film. Tout vient à point à qui ne sait pas attendre, on pourrait dire ironiquement.

A 22 ans, le pianiste Joe Albany a raté son entrée dans l'histoire du be-­bop en se tirant de la session avec Miles Davis et Charlie Parker où ceux-­ci enregistraient Ornithology. Et s'il n'a obtenu sa reconnaissance que sur le tard, c'est un pianiste à l'égal de Bud Powell ( le seul autre pianiste que Parker tolérait) ou Bill Evans.

Si l'on s'attarde aujourd'hui sur cette figure méconnue du piano moderne c'est que les éditions Le Nouvel Attila viennent de sortir "Low Down", le récit de sa vie, écrit par sa fille Amy­Joe, et que celui-­ci fait l'objet d'un film réalisé par Jeff Preiss, avec le bassiste des Red Hot Chili Peppers, Flea, dans le rôle du père tant aimé et merveilleux dans sa sombre décrépitude, et ses miracles de survie de junkie.

J’étais Princesse be­-bop selon Papa, d’ascendance musicale royale, fille du légendaire Joe Albany. J’avais l’oreille exercée et dans mes veines coulait le sang le plus bleu, le plus mélodieux.
— A­J Albany

Construit en petites séquences de souvenirs, qui en disent plus long que des chapitres de vingt pages, Amy­Jo balance la purée et elle a un goût vraiment salé ! Avec ses comptines enfantines marquées du sceau d'une rare intelligence pratique et futée, la fillette de neuf ans à l'humour aussi fort qu'acide raconte boire et déboires d'un père mi-génie mi­-ange déchu qui sinue entre périodes de taule pour non­-respect de sa conditionnelle et survie organisée pour le bien­-être de l'être qu'il adore le plus au monde : sa fille chérie.

Souvent, je songeais que mon père était né de la musique – une mélodie entêtée qui prit la forme d’un homme. Il entendait de la musique partout, dans le grincement de ressorts rouillés du lit et le bourdonnement des mouches. Pour lui, les robinets qui gouttent étaient remplis de rythmes, comme les clignotements irréguliers du néon déglingué derrière notre fenêtre.
— A­J Albany

De déambulations avec Art Pepper et Terry Southern (futur producteur des Byrds et des Beach Boys, celui qui refusa d'enregistrer Charles Manson...) en fêtes avec trois fois rien,un récit aussi poignant qu'enlevé. Deux êtres unis comme les doigts de la main qui vivent un amour filial dont les rebonds donnent le tempo de ces scénettes de choc distillées dans le Los Angeles des années 60 et 70.

Trucs et tracas, musique et fracas, fêtes et sanglots, écriture au couteau pour éviter les larmes : l'intense bonheur de lecture du week­end et plus ...

Jean-­Pierre Simard

"Low Down, jazz, came, et autres contes de la princesse du bop", Amy­Joe Albany, Éditions Le Nouvel Attila