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L'Autre Quotidien

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Qu'est-ce que j'peux faire ? J'sais pas quoi faire... Eh bien, lis Pablo Katchadjian !

Qu'est-ce que j'peux faire ? J'sais pas quoi faire... Eh bien, lis Pablo Katchadjian !

La censure. L’hésitation. Le sentiment de danger. Des terroristes et des fascistes. Des soldats dans des tranchées. La guerre, qui est « un état nerveux ». Les éléments sont donnés. « Vous êtes déjà ici, mais d’une façon qui ne vous sert à rien », écrit Pablo Katchadjian. Parmi les débris de ses habitudes, au lecteur de choisir son chemin et de décider "Quoi faire".

« Alberto arrive accompagné de trois Anglais. Les Anglais, me dit-il, sont nos élèves. En les écoutant parler, quelque chose retient immédiatement mon attention : je remarque qu’ils parlent anglais, or moi, je les comprends en espagnol. Je découvre ensuite qu’ils parlent en portugais, ce qui ne m’empêche pas de les entendre en anglais et au final de les comprendre en espagnol. »

Alberto et moi sommes dans un bateau, Alberto se jette à l’eau : Quoi faire ? Deux chemins s’offrent à nous, rien ne les distingue : Quoi faire ? Nous avons du beurre froid dans les poches, la chaleur risque de le faire fondre : Quoi faire ? Nos têtes ne cessent de grossir puis de rétrécir : « Qu’allez-vous faire de vos mains une fois que vous n’aurez plus de tête ? » Si vous ne comprenez pas la question, que votre réponse n’est pas claire, que l’on s’inquiète de ne pas vous comprendre, si vous fanfaronnez ou paraissez tenter une entourloupe, un étudiant de deux mètres et demi vous avale. Si vous êtes nerveux et qu’Alberto cligne des yeux, tout s’obscurcit et la scène change. Fondus au noir, sauts de fréquence.

Quoi faire. Une interrogation qui ressemble à une devinette du chat de Cheshire. Une question fondamentale, qui maintient l’esprit en suspension, alors que le lecteur et les personnages sont entraînés comme malgré eux dans une succession rapide de courtes scènes dont les motifs identiques se déclinent en spirale. Les situations se répètent comme des épreuves échouées qu’il faudrait recommencer, faute d’avoir posé la bonne question au moment opportun. Perceval piégé dans le niveau insoluble d’un jeu vidéo qui à chaque recommencement subirait de légères altérations. « Les choses se compliquent » et « les lieux commencent à se mélanger. » La réalité vacille, scintille et se délite, l’on plonge dans le terrier, et à notre suite les pièces du puzzle chutent et tournoient en accélérant.

Difficile, pour parler du livre, de planter un décor. Surtout quand celui du rêve a des trous, comme un vieux chiffon. Vieux chiffon dont se compose un individu transformé en décor d’une université anglaise. Individu dont Alberto et le narrateur constituent la réalité. Réalité qui est peut-être un rêve. Voici que l’on se perd. Que croire, et qui, quand les voix n’appartiennent pas à ceux qui parlent et que les objets peuvent avoir deux visages à la fois ? « Si les contenus sont irrationnels, le système des contenus, lui, est la seule chose rationnelle et nous devrions compter là-dessus », énonce le narrateur qui réaffirme plus loin : « le système des contenus ne répond pas à nos besoins, il répond à sa propre logique qui nous exclut. » Appliqué aux cadres fatigués du roman, voilà qui provoque une explosion.

Contenus en foule, donc, nous trouvons de façon aléatoire : une université anglaise, des étudiants géants, la capuche et les bottines d’Alberto, des jeunes filles nues qui sont peut-être des vieilles sans intérêt, une taverne et huit cents buveurs de vin, un goût de chiffon, des balais, des pigeons, du beurre froid, une forêt, un chant mélodieux, un bateau-pont, une île où – selon Alberto – il y a tout. La censure. L’hésitation. Le sentiment de danger. Des terroristes et des fascistes. Des soldats dans des tranchées. La guerre, qui est « un état nerveux ». Les éléments sont donnés. « Vous êtes déjà ici, mais d’une façon qui ne vous sert à rien », écrit Pablo Katchadjian. Parmi les débris de ses habitudes, au lecteur de choisir son chemin et de décider Quoi faire.

La question obsède. L’absence de réponse oppresse. La décision devient imminente. Faire, décider. Face à la subjectivité du choix, à l’impossibilité de prédire si cela va mal tourner et pourquoi, agir ou non. Ne pas savoir ce dont on est capable. Être, à l’instar d’Alberto et du narrateur, à la fois acteur et spectateur de soi-même et du livre. Sortir de la paralysie induite par l’état nerveux et réduire le nombre des possibilités par des choix délibérés : « Il faut agir et se tromper comme le Che ». Rester immobile pour toujours ou se jeter à l’eau. Tout est là. En cent pages placées entre nos mains comme une bombe. La possibilité – ou non – de la liberté. L’on sent bien que l’on touche du doigt cette grande réponse qui se dérobe. Quand elle nous échappe, l’on rit de l’absurde. On se dit que dans ce fou rire, peut-être, on la rejoint. Qu’en tout cas l’on va continuer de l’y chercher, et que l’on ne lira certainement plus comme avant. Poc ! Fictions nocturnes et prose hypnagogique, nous dit le Grand Os. Et c’est bien joué.

Lou Dev Darsan

Un dernier livre avant la fin du monde

Pablo Katchadjian : "Quoi faire"

Traduction Mikaël Gomez Guthart et Aurelio Diaz Ronda. 102 p. Le Grand Os, collection poc !

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