Arabie Saoudite : le poète Ashraf Fayadh condamné à mort pour reniement de l’Islam

Arabie Saoudite : le poète Ashraf Fayadh condamné à mort pour reniement de l’Islam
Ashraf Fayadh with a woman at an art opening during Jeddah art week, which may have been used as evidence against him at his trial. Photo: Ashraf Fayadh, via Instagram.

Ashraf Fayadh with a woman at an art opening during Jeddah art week, which may have been used as evidence against him at his trial. Photo: Ashraf Fayadh, via Instagram.

7 mars 2016 : dernières nouvelles concernant Ashraf Fayad, le poète condamné à mort en Arabie Saoudite pour "diffusion d'idées contraires à l’Islam et nuisibles à la société". Un tribunal est revenu début février sur sa peine de mort, convertie en huit ans de prison, assortis de 800 coups de fouet, mais "humainement" distribués, puisque répartis en seize fois 50 coups de fouet, donnés à intervalles réguliers pendant le temps de son emprisonnement, où il n'est donc pas près de s'ennuyer. Cet "adoucissement de peine" est conditionné par l'expression publique de son repentir devant les télévisions saoudiennes.


Un tribunal saoudien condamne un poète palestinien à mort pour reniement de l’Islam
 

Un poète palestinien et membre dirigeant de la scène naissante de l’art contemporain d’Arabie saoudite a été condamné à mort pour reniement de l’Islam.

Un tribunal saoudien a ordonné mardi l’exécution d’Ashraf Fayadh, organisateur d’expositions d’arts à Jeddah et à la Biennale de Venise. Le poète, qui dit ne pas avoir eu de représentation juridique, a trente jours pour faire appel contre la décision.

Fayadh, 35 ans, membre éminent de l’organisation d’art britannique-saoudienne Edge of Arabia, a été en première instance condamné à quatre années de prison et 800 coups de fouet par le tribunal général d’Abha, une ville du sud-ouest de ce royaume ultra-conservateur, en mai 2014.

Mais après que son appel eut été rejeté, il a été rejugé le mois dernier, et un nouveau jury a statué que son repentir ne devait pas empêcher son exécution.

« Je suis vraiment choqué mais il fallait s’y attendre, bien que je n’aie jamais rien fait qui méritât la mort » a déclaré Fayadh au Guardian.

Mona Kareem, militante pour les droits des migrants venant du Koweït, qui a mené campagne pour la libération du poète, déclare : « Pendant un an et demi, ils lui ont promis un appel tout en continuant de faire pression sur lui en disant qu’il y avait de nouvelles preuves.

« Il n’a pas été en mesure de se désigner un avocat parce que sa carte d’identité lui a été confisquée au moment de son arrestation (en janvier 2014). Puis ils ont dit, "vous devez avoir un nouveau procès et nous changerons le procureur et les juges". Le nouveau juge ne l’a même pas entendu, il a juste rendu le verdict. »

Pour les sympathisants de Fayadh, il est puni par les ultra-conservateurs dure pour avoir publié une vidéo en ligne montrant la police religieuse (la Muttawa) d’Abha en train de fouetter un homme en public. « Certains Saoudiens pensent que c’est une vengeance de la police morale » dit Kareem.

Kareem pense aussi que Fayadh a été pris pour cible parce qu’il est un réfugié palestinien, bien qu’il soit né en Arabie saoudite.

La police religieuse a d’abord gardé Fayadh en détention en août 2013, après avoir reçu une plainte l’accusant d’avoir maudit Allah et le prophète Mahomet, insulté l’Arabie saoudite et distribué un livre de ses poèmes faisant l’éloge de l’athéisme. Fayadh a déclaré que la plainte émanait d’un conflit personnel qu’il a eu avec un autre artiste durant un débat sur l’art contemporain dans un café d’Abha.

Il a été libéré sous caution le lendemain, mais la police l’arrête de nouveau le 1er janvier 2014, lui confisquant sa carte d’identité et le gardant en détention dans le bureau de police jusqu’à son transfert à la prison locale, 27 jours plus tard. Selon les amis de Fayad, quand la police s’est trouvée incapable de prouver que sa poésie constituait une propagande athée, ils lui ont alors reproché de fumer et d’avoir les cheveux longs.

« Ils m’ont accusé d’athéisme et de diffuser certaines pensées destructives dans la société » dit Fayadh. Et d’ajouter que son livre, Institutions Within, publié en 2008, était « simplement un livre sur lui, réfugié palestinien… sur les questions culturelles et philosophiques. Mais les extrémistes religieux expliquèrent qu’il s’agissait-là d’idées destructives contre Dieu ».

L’affaire est venue au tribunal en février 2014 où le plaignant et deux membres de la police religieuse déclarèrent au tribunal que Fayadh avait publiquement blasphémé, loué l’athéisme auprès de jeunes gens, et eu des relations illicites avec des femmes et mémorisé certaines de leurs photographies sur son téléphone portable.

Fayadh a nié les accusations de blasphème et a déclaré au tribunal qu’il était un musulman fidèle.

D’après les pièces au dossier, il a déclaré : « Je suis repentant du Dieu Très Haut, et je suis innocent de ce qui a été interprété dans mon livre et cité dans ce dossier ».

Les documents déclarent également qu’il aurait admis avoir eu des relations avec des femmes. Mais Fayadh affirme que ses propos ont été déformés : ces femmes étaient des collègues artistes et les photos sur son téléphone, dont certaines étaient publiées sur Instagram, ont été prises pendant la Semaine de l’art à Jeddah, le plus important événement sur l’art contemporain d’Arabie saoudite.

L’affaire met en lumière les tensions entre les conservateurs religieux purs et durs et le petit, mais croissant, nombre d’artistes et militants qui tentent timidement de pousser plus loin les frontières de la liberté d’expression en Arabie saoudite, où le cinéma est interdit et où il n’existe aucune école d’art. Abha, qui est devenue une plaque tournante pour l’art contemporain saoudien, a été un point de convergence pour ces différends au cours des dernières années. Un collectif anonyme de cinéastes qui a créé un cinéma secret dans la ville en octobre 2012, a reçu des menaces de mort de la part de partisans de la ligne dure.

Artiste moderne le mieux connu du royaume, Ahmed Mater, qui vit à Abha et qui a témoigné pour la défense de Fayad à son troisième procès, dit : « Ashraf est bien connu à Abha et dans toute l’Arabie saoudite. Nous prions tous pour qu’il soit libéré ».

Pour Stephen Stapleton, cofondateur d’Edge of Arabia, Fayadh est un personnage clé qui a porté l’art contemporain saoudien au niveau du public mondial.

« Il a contribué à introduire l’art contemporain saoudien en Grande-Bretagne et à relier le Tate Modern à la scène émergente » dit Stapleton. « Il a organisé une importante exposition à Jeddah en 2013 et en a co-organisé une autre à la Biennale de Venise plus tard la même année.

« Je le connais depuis 2003. Il est vraiment merveilleux, c’est quelqu’un de gentil. Un intellectuel, et créatif, mais pas un athée ».

Adam Coogle, chercheur sur le Moyen-Orient pour Human Rights Watch, affirme que la condamnation à mort de Fayadh montre « une totale intolérance contre tous ceux qui peuvent ne pas partager les opinions religieuses, politiques et sociales imposées par le gouvernement ».

« Les procès-verbaux dans ce dossier indiquent clairement que la procédure régulière a été violée à plusieurs reprises, notamment avec des accusations qui ne répondent pas à des crimes manifestes, et un manque d’accès à une assistance juridique » dit-il.

« Ce dossier est encore une marque noire qui s’ajoute au bilan lamentable de l’Arabie saoudite pour les droits humains en 2015, bilan qui inclut notamment la flagellation publique du blogueur libéral Raif Badawi en janvier, et la condamnation à mort d’Ali al-Nimr, ce Saoudien accusé d’activités de protestation prétendument exercées avant qu’il n’ait 18 ans.

« Si l’Arabie saoudite souhaite améliorer son bilan sur les droits humains, alors elle doit libérer Fayadh et revoir tout son système judiciaire afin d’empêcher toutes poursuites rien que pour s’être exprimé pacifiquement – et particulièrement celles qui conduisent à la décapitation ».

David Batty - The Guardian


Le poète Ashraf Fayadh est condamné à mort après avoir été emprisonné pendant plus de 22 mois dans la ville saoudienne d’Abha, sans accusation légale au-delà d’avoir « insulté le Divin » et d’avoir des « idées qui ne conviennent pas à la société saoudienne ».

Ces accusations sont basées sur la plainte de l’interprétation par un lecteur du recueil de poèmes de 2008 de Fayadh intitulé, Instructions Within. Ce n’est pas la première fois que les autorités saoudiennes arrêtent Ashraf Fayadh.

Le poète a été détenu après qu’un citoyen saoudien a déposé plainte avec le Comité pour la promotion de la vertu et la prévention du vice, accusant Fayadh d’avoir des « pensées erronées et induisant en erreur ».

Fayadh a été libéré sous caution à l’époque, seulement pour être de nouveau arrêté.

Selon des sources proches de Fayadh, le poète s’est vu refuser à la fois le droit à des visites et celui à une représentation juridique.

Nous condamnons ces actes d’intimidation qui ciblent Ashraf Fayadh et qui s’inscrivent dans une campagne plus large d’incitation à la haine contre les écrivains et qui se sert de l’Islam pour justifier l’oppression et étouffer la liberté d’expression.

Nous exprimons notre solidarité avec Fayadh, en espérant accroître le soutien au poète ainsi que faire pression pour sa libération.

Nos efforts doivent faire bloc pour assurer la prolifération de la liberté d’expression et des libertés individuelles. Nous appelons plus particulièrement les intellectuels saoudiens à exprimer leur solidarité avec Fayadh contre les pratiques d’intimidation des takfiris visant à réduire au silence les poètes, écrivains et artistes comme lui.

Que le drapeau de la créativité flotte librement, et restons innovateurs.

Garder le silence devant la détention de Fayadh est une insulte à la connaissance, à la littérature, à la culture, et à la pensée, ainsi qu’à la liberté et aux droits humains.

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