Cesar Vallejo : garder un jour pour quand il n’y en aura pas...

Cesar Vallejo : garder un jour pour quand il n’y en aura pas...

Cesar Vallejo, né dans un village des Andes en 1892 et mort à Paris le 15 avril 1938, a sans cesse soulevé la pierre de nos vies de pauvres, d'émigrés, de de gens de peu, pour l'amener plus haut, jusqu'aux sommets de la poésie. 

" Garder un jour pour quand il n’y en aura pas
une nuit aussi pour quand il y en aura ...
de la même façon je me donne beaucoup de mal
pour ne pas crier ou pleurer, car les yeux
ont, indépendamment de nous, leurs faiblesses. "

César Vallejo - Poèmes humains

*

Je mourrai à Paris sous une averse, 
Un jour dont j’ai déjà le souvenir. 
Je mourrai à Paris - mais pour l’instant je reste - 
Et peut-être un jeudi, comme aujourd’hui, d’automne.

Un jeudi, oui, car en ce jeudi où je prose
Ces vers, je sens mes humérus en triste état ; 
Jamais comme aujourd’hui je ne me suis trouvé 
Aussi seul après tout ce chemin parcouru.

César Vallejo est mort, tous le frappaient, 
Lui qui jamais ne fit tort à personne ; 
On le rouait de coups de bâton et on le rouait

Aussi à coups de corde ; en sont témoins
Les jeudis et les humérus, 
La pluie, la solitude, les chemins…

César Vallejo - Pierre noire sur pierre blanche

Traduction de Claude Couffon - Poésie péruvienne du XXème siècle-

*

Me moriré en París con aguacero, 
un día del cual tengo ya el recuerdo. 
Me moriré en París -y no me corro- 
tal vez un jueves, como es hoy, de otoño.

Jueves será, porque hoy, jueves, que proso
estos versos, los húmeros me he puesto
a la mala y, jamás como hoy, me he vuelto, 
con todo mi camino, a verme solo.

César Vallejo ha muerto, le pegaban
todos sin que él les haga nada; 
le daban duro con un palo y duro

también con una soga; son testigos
los días jueves y los huesos húmeros, 
la soledad, la lluvia, los caminos ..

César Vallejo - Piedra negra sobre una piedra blanca

Il faut imaginer Sisyphe péruvien. Cesar Vallejo, né dans un village des Andes en 1892 et mort à Paris le 15 avril 1938, a sans cesse soulevé la pierre de nos vies de pauvres, d'émigrés, de douteux, pour l'amener plus haut, jusqu'aux sommets de la poésie. Incidemment, ce moderniste était aussi un communiste. On le dit parce qu'on on a assez d'entendre répéter depuis des années la désespérante idiotie qui consiste à renvoyer dos à dos communistes et nazis. Non, ce ne sont pas les mêmes choses, les mêmes gens, les mêmes paroles, les mêmes actes.