Nabil Boutros : l'habit fait le moine

Nabil Boutros :  l'habit fait le moine

Égyptien moyen aux idées larges (et donc finalement pas si moyen que ça), le photographe Nabil Boutros a décidé de démentir ceux qui ne cessent de répéter que "l'habit ne fait pas le moine" tout en continuant à entretenir les mêmes préjugés sur ceux qu'ils croisent dans la rue.  Le voici donc dans tous ses états. L'homme qui vous rassure. L'homme qui vous fait peur. L'homme qui ne vous ressemble pas. L'homme qui ne ressemble à rien. 

Nabil Boutros, Série Egyptiens ou l'habit fait le moine 2010

"L'apparence vestimentaire d'une personne renvoie des messages attestant de son identité et de sa façon de penser aux personnes de son entourage. Bien maîtrisée, cette apparence exprime de moins en moins un état de faits et devient Communication. Jusqu'où pouvons-nous faire confiance à cette apparence..

Cette pensée m'a été inspirée par ceux qui, en Égypte et sous couvert d'un nouveau statut financier ou religieux, ont radicalement et rapidement changé de look. Par conséquent, ils ont également changé leurs relations sociales. Que pouvons-nous en déduire ? Au mieux, que chacun a de multiples facettes ; au pire, que l'habit fait le moine.

En février 2010, je me suis engagé dans un projet artistique. Je me suis laissé pousser la barbe, puis quelques mois plus tard, j'ai débuté la série de photos en me coiffant, me teignant et me rasant cheveux et barbe à différents stades et de manières très différentes.

Une partie de la série "Égyptiens" était exposée à la galerie "Darb 1718" au Caire en décembre 2010, lorsqu'un attentat contre une église Copte à Alexandrie a été commis.

En réponse à cette attaque, Moataz Nasr - le fondateur et directeur de la galerie "Darb 1718" - a pris l'initiative de réaliser un poster de protestation en utilisant les photographies et y ajoutant le slogan "Tous Égyptiens".

Bien entendu, il existe une différence entre le questionnement d'un travail artistique et l'objectif de communication d'un poster, mais en l'occurrence, c'était comme deux faces d'une même médaille et j'ai donné mon accord à ce poster comme participation à cette protestation.

Le poster "Tous Égyptiens" a été signé par une vingtaine d'institutions culturelles privées en Égypte, a été distribué et affiché gratuitement dans de nombreux lieux culturels et religieux dans quatre grandes villes : Le Caire, Alexandrie, Minya et Assiout.

Deux semaines plus tard, les premières manifestations soulèvent l'Égypte. D'abord les jeunes puis, malgré la répression violente, toutes les générations investissent la place Tahrir, centrale et symbolique par son nom : Libération.
Pendant le sit-in sur la place, une créativité débordante se manifestait poétiquement, musicalement, et graphiquement. Des activistes ont également affiché et distribué le poster "Tous égyptiens".

Visiblement, au dire de ceux qui étaient sur place, les gens ne percevaient pas toujours que c'était la même personne sur le poster et ne comprenaient pas toujours le propos. Toutefois, intuitivement quelque chose leur parlait et, spontanément, aimaient à se faire photographier à côté comme s'il voulaient dire "Oui, nous sommes d'accord, tous égyptiens"…
Aujourd'hui encore, le poster est distribué par les institutions culturelles qui l'ont financé. Il continue sa vie comme un symbole d'unité".

Nabil Boutros