Pablo Iglesias : " L’obligation d’un révolutionnaire, c’est toujours de GAGNER."

Pablo Iglesias : " L’obligation d’un révolutionnaire, c’est toujours de GAGNER."

(Le contexte : une réunion de militants, pas un meeting, de celles où l'on peut se dire ce qu'on a sur le coeur. Se défendre parfois, expliquer; comme Pablo Iglesias a dû souvent le faire après avoir repoussé, de manière très claire, et parfois avec des paroles dures, dont il s'est même une fois excusé, pour avoir été trop loin, les offres qui lui étaient faites de faire une alliance électorale avec les communistes et autres forces de "la gauche de la gauche", qui aurait transformé Podemos en une sorte de Front de Gauche à la française. Nous ne pensons pas qu'il ait eu tort. Nous pensons aussi qu'il a eu raison, dès le début de Podemos, d'imposer par le vote l'interdiction d'être à la fois dans Podemos et membre d'un autre parti, c'est à dire le classique "entrisme". Comment se positionner aujourd'hui en politique ? Sortir de l'impasse qui fait que la gauche perd toujours, toujours, toujours, avec ses symboles, sa vision tournée vers le passé, ses groupuscules  et ses partis qui veulent surtout survivre. Tenir. Ne pas changer. Qui ont intériorisé le fait d'être des perdants de l'histoire et "d'avoir raison quand même". Qui n'avancent pas. Pour nous, cette petite intervention est un élément d'un débat essentiel. Toujours pas ouvert en France. La post-gauche de 36, c'est quoi ?)

L'obligation d'un révolutionnaire, c'est toujours, toujours, toujours... de gagner.

Je pense que c'était une intervention magnifique et je vais prendre le taureau par les cornes, c'est-à-dire, je pense que je pourrais tourner autour du pot et tout ça, mais je pense que tu as mis sur la table des choses qui sont importantes.

Tu dis « moi, j'aime beaucoup plus ça », je pense que ce que tu as voulu dire, c’est « j'aime plus un Pablo clairement de gauche qu'un Pablo capable d'obtenir des appuis de beaucoup de gens qui, peut-être, toi, ne t'intéressent pas ».

Tu as également dit que l'essentiel, pour prendre le pouvoir, c'est la mobilisation. Je dis non.
Si nous disons d'une manière provocante pourquoi l’histoire de Podemos a fonctionné, c'est parce que nous avons fait exactement le contraire de ce que la gauche avait fait. Et il n'y a pour autant aucun doute sur là d'où nous venions. Alors, je pense qu'il est très important de faire ce que faisaient les anciens partis communistes : l’autocritique ; c'est-à-dire, j'ai l'impression que, parfois, nous utilisons des formules, j'insiste, avec la meilleure volonté du monde, mais qui ne fonctionnent pas, C'est-à-dire, « nous devons expulser la Droite ( PP) en nous rassemblant tous ceux de gauche « . Je dis : "Non, nous ne réussirons pas comme ça, ça fait 30 ans qu'on fait la même chose pour expulser la Droite et la Droite est à chaque fois plus forte, et parfois, nous devons être suffisamment laïcs pour comprendre qu'il existe une majorité sociale qui en a peut être marre de nous."

Je me souviens parfaitement quand le 15 m a commencé, la peine que ressentaient beaucoup de vieux militants de gauche : ça les gênait :

-« Ces enfants vont m’expliquer à moi ce qu'est l'indignation alors que ça fait 30 ans que je suis indigné ! ».

Et c'est comme cette autre fois...encore une fois, la gauche ne comprend absolument rien...
-« Je vais avec un drapeau républicain aux manifestations des indignés et certains me regardent de travers »

Bien sûr, parce que c'est le peuple de ce pays, parce que nous avons toujours perdu, parce qu’ils nous ont toujours vaincu, et nos symboles ont été vaincus, notre façon de travailler a été vaincue, et les associations de voisins ont été vaincues, et le mouvement syndical a été vaincu, Ils ont gagné sur tout, sur tout.

Et un groupe de gens qui chantent l'Internationale ne va pas transformer le pays. J'aimerais bien moi, parce que je viens de ça aussi. Ils ont fusillé mon grand-oncle, mon grand-père a été condamné à mort, emprisonné... On a perdu, on a perdu... Nous avons le pays que nous avons, et le pays que nous avons, c'est le résultat de la victoire de l'adversaire. Et l'adversaire, tu sais comment il veut nous voir ? Il veut nous voir comme on nous a toujours vus : minoritaires, petits, identitaires, aspirant à ramasser les miettes que laisse le parti socialiste, dans nos querelles intestines, avec notre langage de toujours, qui est très grandiloquent. Quand nous parlons de l'unité de la gauche, nous parlons d'un tas de sigles, et je pense, que nous avons démontré humblement, avec toutes les erreurs que nous avons pu commettre et et celles que nous devrons commettre, sans renoncer à ' ceci '( Il se réfère à ce minimum) du programme et de la volonté de changement, réussir à donner de l’espoir à des gens qui avant ne seraient pas venus aux réunions.

Moi, on m’a beaucoup critiqué pour avoir revendiqué le concept de patrie. On ne peut pas gagner un pays sans revendiquer le concept de patrie.

C'est très difficile, parce que les nôtres ont perdu une guerre, et quand on perd une guerre on perd un pays, et le pays a commencé à l'associer avec la droite, et quand on t'enlève ça, et quand on t'enlève un drapeau qui peut servir pour, disons, nommer un tout, ils t'ont enlevé beaucoup.

En Argentine on sortait avec des drapeaux argentins pour dire qu'ils partent tous ; et à nous qui nous sommes dans le cercle Athénée Républicain, ça nous fait mal, mais je ne vais pas me battre, je ne vais pas me battre pour ça.

Je sais qu'il y a un tas de gens, je sais qu'il y a des militaires qui nous disent : « nous sommes avec vous ».

On a fait un meeting à Saragosse et un type s'approche de moi et me dit «je suis officier de l'armée de l'air, et je tiens à dire que certains d'entre nous serions prêts à défendre la souveraineté nationale face à la troïka ».

Quand quelqu'un te dit ça, quand un militaire, te dit ça, c'est comme «P..., maintenant, oui. On leur fait peur ». Maintenant oui nous avons trouvé le truc qui puisse faire que nos ennemis aient toujours peur, parce qu'ils ne craignent pas la gauche, le pouvoir n'a pas peur de la gauche, il est aux anges avec la gauche.

Ils craignent les gens, et je terminerai par où j'ai commencé. Je sais que le Pablo qui intervient dans une fête du PC (parti communiste) peut être beaucoup plus attrayant pour un groupe de personnes, mais celui qui intervient dans un autre contexte peut être un mécanisme, un de plus, pour le changement politique du pays ; et l'obligation d'un révolutionnaire c'est toujours, toujours, toujours... de gagner.

Un révolutionnaire n'est pas appelé à protéger les symboles, à protéger l'identité. Un révolutionnaire n'est pas un remède qui cherche la catharsis collective et une messe avec les disciples. Un révolutionnaire est obligé de gagner, et pour gagner, il te faut travailler avec les ingrédients que tu as, et nous devons commencer par respecter un peu plus notre pays.
Je me souviens comme nous nous sommes ridiculisés quand la sélection espagnole a gagné le Mondial, et quelques-uns d'entre nous, putain, nous supportions l'Espagne, tout heureux, mais ça nous faisait tout «chose » (Honte) de sortir avec le drapeau de toujours, et nous essayions de créer un regroupement avec des drapeaux républicains à Lavapiés (quartier à Madrid) : On a été ridicules !

Et il est arrivé une chose magnifique : un tas d'émigrés équatoriens, subsahariens, arabes sont apparus avec les drapeaux aux couleurs de ceux qui ont gagné la guerre civile, et c'était une façon de leur donner une gifle énorme aux fascistes, un tas de noirs, arabes, Latino-Américains avec des drapeaux de notre pays. Et ils nous ont donné une leçon : je ne vais pas me battre contre ça.

Nous sommes ici pour que tout le monde puisse amener son grand-père à l'hôpital, nous sommes ici pour ne pas avoir d'enfants mal vêtus et mal nourris au collège, nous sommes ici pour que les banques n’expulsent pas les gens, non pour imposer vos styles, même si nous en avions toutes les raisons du monde.

Mais putain, .pour une fois que nous avons une chance de gagner, il est essentiel de ne pas répéter ce qui nous a fait perdre.

L’obligation d’un révolutionnaire c’est toujours, toujours, toujours...de GAGNER.

TRADUCTION DE L'INTERVIEW DE PABLO IGLESIAS DU 27/10/2015

via Cercle Podemos Montpellier