Les livres-boucliers : la connaissance comme outil de contestation

Les livres-boucliers : la connaissance comme outil de contestation

Brandir un livre pour contester l’ordre établi n’est pas nouveau mais ce qui l’est plus c’est de l’utiliser comme bouclier afin de se confronter à la violence de l’Etat.

A la suite de la crise de 2008 et de la réduction drastique des budgets consacrés à la culture et à l’enseignement les Book Bloc apparaissent en Italie en 2010 pendant les mouvements étudiants. Ils tirent leur origine d’un autre mouvement de contestation les « Tutte Bianche » médiatisés lors des manifestations alter mondialistes. Les Tutte bianche utilisaient des casques et des boucliers en plexiglas pour repousser les CRS. Leur tenue blanche devait incarner les « invisibles » c’est à dire les chômeurs et les précaires abandonnés par l’Etat.

Les Book Bloc remplacent le bouclier de plexiglas par une couverture de livre, ils confrontent à la violence de la police et du gouvernement la connaissance comme expression de la liberté, et incarnent les idées de Foucault pour qui les livres servent à prendre position. Ils représentent ce que les technocrates de la finance et les politiciens appellent la génération perdue. Ce sentiment d’appartenance à une génération « no future / no rights » dépasse les frontières et les nationalités : les book bloc essaiment rapidement à Londres, Oakland, Manchester, Madrid…

L’objectif est de renvoyer une image négative des policiers frappant des livres lors des manifestations, les boucliers des manifestants ne sont qu’une protection assez précaire mais assurent un effet médiatique.

Quelques uns des titres utilisés en livres-boucliers :

Pip pip de Jay Griffith – Mille Plateaux de Deleuze et Guattari – Gomorra de Roberto Saviano – Que faire ? de Lénine – Satiricon de Pétrone – Le tropique du cancer de Henry Miller – Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley – Le Décaméron de Boccace – Face aux feux du soleil d’Isaac Asimov – Moby Dick de d’Herman Melville – Don Quichotte de Cervantes –1984 de Georges Orwell – La volonté de savoir. Histoire de la sexualité, I. de Michel Foucault – Le chevalier inexistant d’Italo Calvino – L’origine des espèces de Darwin – Fahrenheit 451 de Ray Bradbury – Q de Luther Blisset – Nous ne sommes rien, soyons tout de Valerio Evangelisti – Ethique de Spinoza – Fight club de Chuck Palanhiuk – En tout cas, pas de remords de Pino Cacucci – La divine comédie de Dante – L’Odyssé d’Homère – La stratégie du choc de Naomi Klein – Les démons de Fyodor Dostoevsky – Manifeste Cyborg de Donna Haraway

Noémie Spiessert

Collectif Carré Cousu Collé


Amoureuse des livres depuis toujours j’en ai fait mon métier en étant libraire pendant une dizaine d’années. Depuis peu éditrice de contenus numériques je m’intéresse aux nouvelles formes de narrations et aux nouveaux usages que permettent les outils numériques. Je suis aussi atteinte de tsundoku (l’art d’accumuler les livres).