L'Afrique sans pareil d'Africanus Okokon

L'Afrique sans pareil d'Africanus Okokon

Vidéaste, graphiste et designer du label Other People de Nicolas Jaar, Africanus Okokon est un artiste assez peu orthodoxe qui pratique autant le collage que le multi-support pour parvenir à ses fins. Qu'il s'agisse, bien sûr, de musique ou d'images.

Africanus Okokon

Africanus Okokon



Son premier album, Turkson Side est quasi entièrement composé de samples pris dans les registres du high life africain déjanté, tout comme dans les discours récupérés n'importe où - et ne signifiant surtout rien, aussi bien que dans les marches funèbres de squelettes jouées au xylophone. La plupart des titres ont été enregistrés en une prise via des logiciels bricolés maison.

Et la surprise est constante avec Okokon, car rien ne laisse présager de ce qu'on va bien pouvoir entendre en zappant d'une piste à l'autre. C'est sûrement dû à son travail de graphiste qui joue du collage ou de la vidéo pour fabriquer ses images, mais la musique joue des mêmes ressorts pour mieux vous surprendre de ses associations libres. On retrouve bien des nuances et des thèmes africains, mais là n'est pas le propos, car on dérive d'un continent à l'autre, d'une sonorité à la suivante, comme par hasard…  Sauf que.

Ainsi va Contelest, avec un semblant de drone plaintif de six minutes qui rebondit de rythme en mélodie pour définir un peu le son avec ses percussions fantômes et un clavier qui ne joue jamais plus de trois notes en suivant. Aussi singulier dans sa nature que dans son champs sonore, le titre est un parfait exercice de sample réussi dont chaque écoute n'arrive pas même à réduire l'étrangeté.

Quand on sait que Diana Ross a commencé comme standardiste à la Motown ou que Leila a tenu le même poste chez Warp au début, avant de sortir ses merveilles ambiantes ; on se dit que du côté d'Okokon, il y a bien une filiation avec Kid Koala et un sens de l'actualité du son qui le place directement en 2015 du côté d'un certain hip-hop freestyle ou d'une techno ambient de haute volée, mais à part cela, rien ne présume de la suite possible. Et tant que cela restera aussi passionnant, on s'en contentera. Généralement, Nicolas Jaar n'a pas trop mauvais goût dans ses productions… Non ?

Jean-Pierre Simard

Okokon - Turkson Side ( Other People)