Notre choix dans "Sons d'Hiver", le festival de jazz qui écoute la musique plutôt que l'audimat

Notre choix dans "Sons d'Hiver", le festival de jazz qui écoute la musique plutôt que l'audimat

L'édition 2016 de Sons d'Hiver offre 25 ans d'expériences jazz improvisées et d'aventures musicales dans le Val de Marne avec des incursions parisiennes. On se bouge !

Tony Allen

Tony Allen

Le directeur du Festival Fabien Barontini le dit assez clairement : Quand le sage écoute la musique, l’imbécile regarde l’Audimat (variation sur un célèbre proverbe chinois). Exprimant ainsi la teneur de son travail : La musique, comme tout art, est une confrontation à la liberté. Son souffle réside dans l’inconnu, la rencontre avec la diversité de l’Autre et de soi- même, la poétique de l’expression du sujet. Elle a besoin de liberté dans la ville, l’espace public et... dans nos têtes.

Devant l'absence criante de créativité des télés et radios à l'égard des musiques qui ne souffrent aucun carcan, hormis quelques canaux TNT et fréquences FM, certains festivals font de la place à l'air du temps, au jazz et aux musiques qui tentent dans leurs divers registres de trouver des adéquations avec leur époque. Depuis quand n'a-t-on pas vu un concert de free ou de musique improvisée, de musique éthiopienne ou de flamenco sur TF1 ? Quel Bollojournal en parle souvent et de manière attractive ? C'est la raison d'être de plusieurs d'entre eux, de Sons d'Hiver à Musiques Métisses, en passant par les concerts d'été au Parc Floral .

Ici, le Val de Marne ouvre ses espaces culturels pour un quasi mois de concerts, jusqu'au 21 février, en balayant le spectre (toujours important de balayer le spectre, avant qu'il ne change de forme et se fantomatise !) des expressions musicales du monde entier ou presque, de l'Europe à l'Afrique e passant par les USA. Tout cela en offrant des croisements musicaux, des relectures, des créations et des rencontres.

Du rap de Yasiin Bey (Mos Def) au rock déviant des Ceramic Dogs de Marc Ribot, du fondateur du free de Chicago Muhal Richard Abrams aux 50 ans de carrière des improvisateurs Portal et Lubat, du bal populaire italien à Tony Allen, batteur de Fela relisant Art Blakey, le choix est vaste. On y reviendra pour ce qui nous semble primordial. Le programme est en bas du papier.

Mais en attendant, un petit paragraphe sur l'ouverture de ce soir avec rien moins que la relecture de Moderato Cantabile avec Anja Lechner et François Couturier et l'immense Muhal Richard Abrams, à la fois fondateur, enseignant, théoricien, compositeur et arrangeur, tout en étant clarinettiste, contrebassiste et pianiste de l'AACM, l'école free de Chicago qui a donné naissance, entre autres, à l'Art Ensemble.

Muhal Richard Abrams

Muhal Richard Abrams

Né à Chicago en 1939, Abrams s'intéresse très tôt à la musique et s'offre un premier clavier qu'il découvre seul, apprenant le piano et la théorie en autodidacte avant de commencer à accompagner des musiciens de hard bop, dans les années 50. Après des études  au Chicago Musical College puis à la Governors State University, il réfléchit à comment jouer une musique remarquable qu'il va appeler "Great Black Music". Il commence à définir les bases du free à Chicago en s'entourant de jeunes musiciens en 1965,fondant l'AACM, pratiquant essentiellement le jazz expérimental en utilisant des modes d'écriture issus de la musique contemporaine : polytonalité, atonalité, sérialisme avec les futurs stars Henry Threadgill, Anthony Braxton, Jack DeJohnette, et les membres de l'Art Ensemble of Chicago (Lester Bowie, Roscoe Mitchell, Joseph Jarman, Famadou Don Moye et Malachi Favors).

Dans les années 70, il s'exile à New York où, aux côtés de Sam Rivers, il sera un des activistes du "Loft Jazz", un mouvement créé pour jouer de la musique compliquée devant un public attentif, hors des lieux constitués. Richard Muhal Abrams joue alors et enregistre essentiellement avec des représentants du free jazz. Outre ceux précédemment cités, on peut nommer : Marion Brown, Leroy Jenkins, Hamiet Bluiett, Chico Freeman, Robin Kenyatta, Barry Altschul, George Lewis, Marty Ehrlich... tous les musiciens du circuit européen, aka l'endroit où leur musique est respectée et vraiment appréciée, voir populaire.

En dehors de ses activités free, Abrams compose de la musique contemporaine et s'intéresse, dès le milieu des années 70, à l'électronique et aux synthétiseurs, tout en menant d'importantes activités d'enseignant et en ne dédaignant jamais d'accompagner des musiciens de jazz plus classiques comme Zoot Sims ou Sonny Rollins, voir Johnny Griffin ou Roland Kirk.
Joué aujourd'hui aussi bien par le Kronos Quartet que le Brooklyn Philharmonic Chamber Orchestra ou le Detroit Symphony Orchestra, il perpétue ses improvisations, comme ce soir, à 85 ans en solo à Vincennes. Extrait.
 


Pour tout savoir sur le programme, les lieux, les places disponibles et les tarifs, c'est ici : 
http://www.sonsdhiver.org/programme.php