Pourquoi un prisonnier politique kurde incarcéré en France fait-il la grève de la faim ?

Pourquoi un prisonnier politique kurde incarcéré en France fait-il la grève de la faim ?

Nous nous faisons le relais dans le cadre d’une chaîne de solidarité, et en republiant ici un article paru dans Paris-Luttes .Info, d’une campagne pour qu’Erdoğan Çakır, prisonnier politique kurde en France, ne soit plus en but à des fouilles à nu systématiques sous le prétexte de l’Etat d’Urgence.

Depuis le 27 novembre 2015, Erdoğan Çakır, prisonnier politique kurde incarcéré en France, est en grève de la faim contre l’application des fouilles à corps intégrales systématiques après chaque parloir.

Ces « fouilles » inadmissibles sont effectuées au nom de « l’Etat d’Urgence », alors qu’Erdoğan Çakır est, de par ses engagements politiques un opposant résolu à Daech.

Lundi dernier, le 28 décembre 2015, trois personnes s’étaient enchaînées à un poteau devant le ministère de la Justice. Elles avaient une pancarte entre les mains où il était inscrit « FIN AUX FOUILLES DÉSHONORANTES SUR CAKIR ». Elles ont été embarquées de force à 20h00 par la police française.

Elles n’ont cessé d’expliquer haut et fort la raison de leur action et la signification de cette pancarte qui suscitait l’attention des passants.

L’histoire de cette pancarte :

Erdoğan Çakır est un « marxiste-léniniste » kurde de Turquie. Arrivé en France après demande d’un regroupement familial en 1977, il vivait avec sa famille : 4 enfants et 2 petits-enfants, en Seine et Marne. Il faisait du bénévolat dans le domaine social, culturel et politique depuis 1981. Jugé et condamné dans une affaire politique, il a été extradé de Grèce le 9 octobre 2015. Le même jour, il a été mis en isolement carcéral dans la maison d’arrêt de Villepinte (93). Après 12 jours de grève de la faim, l’isolement avait été levé et il avait été mis sur la liste des détenus à transférer dans un centre de détention dans le 77.

Après les attentats de Paris, du 13 novembre 2015, dans le cadre de l’état d’urgence, lors du parloir du 14 novembre, les surveillants lui ont annoncé :  » nous avons reçu des ordres de là haut pour vous fouiller systématiquement après chaque parloir ! « .

Cette décision est contraire à l’article 3 de la cour européenne des droits de l’homme. De plus, le conseil d’état souligne aussi que  » les mesures de fouilles ne peuvent revêtir un caractère systématique » (Cour européenne au 11 juillet 2012 OIP numéro 347146).

Mais ses proches soulignent aussi que les fouilles à corps intégrales (entièrement nu) systématiques, imposées après chaque parloir sont :

  • une torture physique et psychologique !
  • une pratique fasciste contraire à la dignité humaine faite pour humilier , briser et détruire psychologiquement le détenu.

Les surveillants du parloir, du 14 novembre 2015, lui avaient proposé de demander des parloirs hygiaphone pour ne pas avoir à subir cette humiliation mais cela lui a été également refusé sous le prétexte que  » le parloir hygiaphone n’empêche pas que vous soyez fouillé, et que d’autre part, ces boxes de parloir hygiaphone sont des sanctions et non des choix ». d’après le Chef « Du Blie ».

Deuxième demande, demande refusée, » M. ÇAKIR bénéficiera de parloir ordinaire avec mesure de fouille intégrale à l’issue, au regard de son profil pénal » d’après Mme JONROND, directrice adjointe.

Pour toutes ces raisons, il a refusé cette mesure systématique et par la suite il a reçu 6 rapports jusqu’à maintenant. Il faut savoir qu’il ne refuse pas la fouille par palpation ou électrique-mécanique et que la maison d’arrêt est équipée de portiques de sécurité. Fort logiquement, les fouilles à corps systématique ne sont pas appliquées aux autres détenus, ni aux prisonniers politiques Basques qui détiennent le même profil pénal que Çakır, comme l’aurait signifié verbalement le 24 novembre 2015, Mme la directrice Léa POPLIN. La même directrice, non seulement lui impose cette fouille à corps (nu) systématique mais en plus le 25 novembre le fait torturer par son tortionnaire de major sécurité.

En effet, celui-ci est intervenu après le parloir du 25 novembre 2015 où Çakır a une fois de plus exprimé verbalement son refus d’être fouillé intégralement. Le major est intervenu « en qualité » de tortionnaire, il lui a serré les mains dans le dos pour ensuite mettre ses doigts dans sa bouche, le plaquer au sol, le frapper à la tête et le fouiller de force.

Suite à ces événements Erdoğan Çakır est en grève de la faim depuis le 27 novembre 2015. La direction a mis trois semaines pour reconnaître la grève de la faim de Çakır c’est-à-dire pour mettre en place un suivi médical (normalement fixé au bout des 48h), informer les autorités judiciaires concernées, le JAP (car c’est un condamné) et informer la direction centrale de l’administration pénitentiaire. Il faut savoir que le suivi médical est aujourd’hui mis en place mais pour le reste, aucune information n’est communiquée.
Erdoğan Çakır a été par la suite placé à la fin de ses parloirs du 15 décembre et du 24 décembre en cellule disciplinaire pour avoir refusé ces fouilles. Il a été à chaque fois placé 8 jours en cellule disciplinaire. Cela signifie que durant 16 jours il n’a pas eu accès au sel, au thé, à l’eau chaude et au sucre. Les seules choses nécessaires pour survivre lors d’une grève de la faim.

Il n’est pas responsable des massacres de Paris et pour information le 14 novembre il a déclaré vouloir donner son sang aux blessés de Paris.

Voici ce qu’il en pense et dit :

« Les responsables sont DAESH et les États qui l’ont laissé grandir.

L’État français à la botte de la bourgeoisie française est responsable de la souffrance, de la famine et des 8 millions et demi de français qui vivent sous le seuil de la pauvreté et de cette vie de misère qu’on impose aux ouvriers et aux peuples de France !
Ce sont les États-Unis, la France etc,… par l’intermédiaire de l’état fasciste Turque d’Erdoğan, les dirigeants barbares d’Arabie-saoudite et du Qatar qui ont armé, financé et formé ces assassins pour pouvoir partager le gâteau énergétique de la région et ouvrir des nouveaux marchés aux rapaces du Medef.

Si vous jetez un œil sur le livre du journaliste Xavier PANON,  » Les Couloirs de la diplomatie « , (si je me rappelle bien du nom) vous lirez l’avis du Président HOLLANDE qui dit avoir envoyé des armes de destruction en Syrie. À qui à votre avis ? À ces assassins et à l’Al-Nosra, la branche armée d’AL-QAIDA en Syrie, qui font du bon boulot sur le terrain selon le ministère des Affaires étrangères Laurent FABIUS, (article Le Monde Décembre 2012). Viol, décapitation, accusation, massacre, etc… c’est ça que Laurent FABIUS appelle « du bon boulot » ?! »

Refusant ces insinuations, refusant cette insulte abjecte, refusant cette mesure de fouille à corps intégrale systématique, il a commencé une grève de la faim le 27 novembre 2015, pour demander à Mme La Directrice :

  1. de trouver une solution pour ces fouilles à corps intégrales systématiques qu’il refuse.
  2. qu’elle condamne et arrête la torture.
  3. qu’elle accélère son transfert dans un centre de détention dans le 77.

Le 12 janvier 2016 aura lieu au Tribunal de Montreuil un procès ouvert par Erdoğan Çakır contre la maison d’arrêt de Villepinte pour juger de ces fouilles à corps intégrales systématiques. Ces pratiques ne sont pas justifiées bien au contraire elles sont injustes, illégales et humiliantes.

En revanche, les demandes de Erdoğan Çakır sont justes et légitimes !

Soutenons Erdoğan Çakır en lui écrivant :

Erdoğan Çakır
M.A de Seine-Saint-Denis
Écrou n° 34970
A2 N221
Avenue Vauban
93422 Villepinte cedex

Pour contacter le groupe de soutien facebook

ERDOGAN ÇAKIR en est à son  40 eme jour de grève de la faim.

Rappel : MANIFESTATION SAMEDI 9 à 10h DEVANT LA PRISON DE VILLEPINTE !!!

Les personnes qui sont aussi en grève de la faim pour le soutenir  sont :

SEVIL SEVIMLI : 25 eme jour
ILGIN GULER : 18 eme jour
ERDEM KAMALI : 2 eme jour

Nous nous autorisons à un commentaire supplémentaire, en tant qu’observateurs de ces alliances géopolitiques dont la France est partie prenante. Non seulement le gouvernement Erdoğan fait l’objet de connivences politiques avec l’Europe, mais la France a aussi renforcé ses « coopérations policières » avec lui dans de nombreux domaines, y compris bientôt celui de la logistique, si on en croit des débats récents au Sénat.

Le silence est également total sur les meurtres en série à caractère génocidaire qui se déroulent au Kurdistan turc. Il est parfaitement évident, que dans ces circonstances, les autorités françaises laissent faire du zèle à des fonctionnaires de la justice, lorsqu’il s’agit d’un opposant politique kurde.

Kedistan