SHORT-CUTS 38, par Nina Rendulic

semaine du 10 / 10 / 16

  "De ce corps vous voudriez partir, vous voudriez revenir vers le corps des autres, le vôtre, revenir vers vous-même et en même temps c’est de devoir le faire que vous pleurez."


un cube en verre. surface au sol : environ 12 mètres carrés. hauteur des murs : environ 3 mètres. le fond est noir. le sol est tapissé de milliers de fleurs mortes : pivoines, roses et œillets. blancs et rouges uniquement.

une femme, plutôt jeune. elle est seule. folle, peut-être ? on ne saura rien d’elle. de son histoire, on n’aura que les fragments de ses mots. une illusion d’authenticité. il y a eu peut-être un homme, ou une femme, ou plusieurs. désormais, elle est seule. symptôme : souvent, inconsciemment, elle enlace son torse avec ses bras (pour ne pas voler en éclats ?). ses cheveux sont relevés en chignon. peu à peu, il se décomposera (car elle est agitée. son être sa peau sa respiration ses mains ses gestes ses sourires sont agités.). rouge à lèvres rouge. imprécis (s’était-elle maquillée dans le noir ?). une robe noire très courte et des chaussures voyantes mais plates.

à gauche, une chaise, un bureau. des livres, des feuilles par terre en tas. parfois elle parlera. lorsqu’elle parle, sa voix est lente. saccadée. somnambule. ses mots émergent dans la douleur et l'énervement. parfois elle lira. assise sur la chaise ou parmi les fleurs. alors, sa parole est un torrent qui abîme qui démolit qui broie (elle se cache derrière les mots autres). sur le bureau, un tas de feuilles blanches. lorsqu’elle ne pourra plus parler, elle écrira, toujours frénétiquement. à droite, un miroir. parfois son corps la dépasse. alors elle tente de s’y échapper. de le casser. elle n’y arrivera pas. elle finira par casser le miroir.

la lumière des néons dans le cube en verre. ailleurs, le noir. le tout doit paraître hermétique, fermé. on écoutera les Etudes symphoniques op. 13 de R. Schumann. durée : 34 minutes et 19 secondes. tout ce que la femme fait, est, dit, sera parfaitement synchronisé avec ces variations musicales. toutefois, la musique n’est que le décor. ce n’est que lors du dernier mouvement que le son deviendra par moments assourdissant de façon à imiter le saignement de toutes les émotions refoulées.

Nina Rendulic


Nina Rendulic est née à Zagreb en 1985. Aujourd'hui elle habite à 100 km au sud-ouest de Paris. Elle aime les chats et la photographie argentique. Elle vient tout juste de terminer une thèse en linguistique française sur le discours direct et indirect, le monologue intérieur et la "mise en scène de la vie quotidienne" dans les rencontres amicales et les dîners en famille. Vous pouvez la retrouver sur son site : ... & je me dis