Indonésie : les survivants du massacre de 500.000 communistes réclament une enquête de l'ONU

Indonésie : les survivants du massacre de 500.000 communistes réclament une enquête de l'ONU
En seulement quatre mois, cinq fois plus de gens ont été tués en Indonésie qu’au Vietnam en douze ans.
— Bertrand Russell, 1966

Des survivants au massacre inouï par l'armée et des milices de gangsters (voir le film "The Act of Killing", si on ne nous croit pas : les assassins s'y vantent tranquillement de leurs crimes) de plus de 500.000 militants et sympathisants communistes arrêtés chez eux, à leur travail, dans la rue, battus, torturés et pour finir assassinés à la fin des années 60 en Indonésie demandent au gouvernement de permettre l'entrée dans le pays d'un enquêteur dépêché par l'ONU et de lancer enfin une enquête sur ce qu'il est convenu d'appeler (euphémisme) "un des chapitres les plus noirs de l'histoire du pays".  Évidemment, nous soutenons leur demande d'une enquête qui n'aura que trop tardé (et à notre avis, n'aura jamais lieu). Cela nous inspire deux choses : la première, c'est que, contrairement à la Turquie, qui s'obstine à nier sa volonté d'éliminer les Arméniens, attribuant leur mort à des causes aussi naturelles que la famine ou le typhus, le gouvernement indonésien s'est plutôt vanté, sans s'attirer la moindre condamnation, et même, c'est pire encore, sans que personne ne s'en soucie, d'avoir éradiqué le communisme une fois pour toutes, rendant ainsi service au "camp de la liberté. La deuxième : c'est que les amis des droits de l'homme ont l'indignation bien sélective quand il s'agit de communistes ou de militants de gauche. Méritaient-ils la mort, ces centaines de milliers d'indonésiens, parce qu'ils étaient communistes ou votaient communiste ? 500.000, 600.000 morts, aucune enquête n'est venue faire le décompte. Et aujourd'hui, personne ne se souvient d'eux. Dernière précision : ils ne sont pas morts en faisant la guerilla (cela ferait d'ailleurs beaucoup de morts à la guerre), mais enlevés chez eux, massacrés dans leurs villages quand ils étaient paysans, arrêtés à la sortie de la faculté quand ils étaient étudiants.

L'Autre Quotidien

 

Les États-Unis et les massacres de masse de 1965-66 en Indonésie

par Bradley Simpson

Le 1er Octobre 1965, le téléscripteur à la Maison Blanche a relayé la nouvelle d’un « coup d’État » supposée par un groupe d’officiers de l’armée indonésienne se faisant appeler le Mouvement du 30 Septembre. À Jakarta le mouvement, qui avait commencé la veille sous la direction présumée du lieutenant-colonel Untung avec l’enlèvement et l’assassinat de six généraux de Haut Commandement de l’Armée Indonésienne, était déjà en pleine débandade. Le Mouvement du 30 Septembre était une affaire de relativement petite échelle. Il a été mal planifié et exécuté si maladroitement qu’il semblait à tout le moins prédestinée à l’échec. Le Major général Suharto, le commandant du commandement de la réserve stratégique de l’armée (KOSTRAD) a rapidement dispersé les maigres forces sous le commandement de Untung, a pris le contrôle de l’armée, et a fait porter la responsabilité de ce qu’il a qualifié de «tentative de coup d’Etat » entièrement sur le Parti communiste indonésien (PKI). En deux semaines, un mouvement soutenu par les américains et dirigé par l’armée dirigée débutait l’extermination du PKI et ses militants. S’appuyant sur des organisations musulmanes, des groupes d’étudiants et d’autres organisations anti-communistes, l’armée a procédé au cours des cinq mois suivant à l’assassinat de centaines de milliers de personnes désarmés, présumés membres du PKI. Le massacre a ouvert la voie à l’éviction par l’armée de Sukarno en Mars 1966 son ascension au pouvoir, et la reconfiguration de la politique indonésienne et de sa politique [1] étrangère

January 12, 1967: Indonesian Communist Party leader Anwar Sanusi being questioned by army officers ...

January 12, 1967: Indonesian Communist Party leader Anwar Sanusi being questioned by army officers ...

La liquidation du parti communiste en Indonésie était «peut-être le plus grand revers pour le communisme dans le tiers monde dans les années 1960» et un événement avec d’énormes implications pour chacune des grandes puissances. Pour les États-Unis, la destruction du PKI a changé le calcul politique de la guerre du Vietnam et a diminué d’un l’ordre de grandeur les conséquences régionales possibles de la victoire par Hanoï et le NLF (Front de libération nationale), mais ironiquement il était trop tard pour influer sur le cours de l’escalade guerrière du gouvernement Johnson. Pour l’Union soviétique et la Chine, la destruction de la gauche en Indonésie a augmenté l’importance que chacun attaché à tenir ferme au Vietnam, de peur que leur crédibilité en tant que puissances révolutionnaires dans la région être ensuite affaiblie.[2]

Sur le plan intérieur, l’annihilation du PKI a détruit l’équilibre politique du pouvoir, affaiblissant considérablement Sukarno et en supprimant la seule alternative de masse au pouvoir de l’armée. Cependant, l’émergence de l’armée indonésienne comme la force politique dominante et les besoins pressant de l’armée pour faire face la crise économique profonde du pays ont également fourni aux États-Unis et d’autres puissances occidentales un effet de levier inhabituel pour façonner les conditions dans lesquelles l’armée a consolidé son pouvoir et légitimé son rôle dans un régime de modernisation militaire.

Le Mouvement du 30 Septembre et ses conséquences sanglantes sont des événements centraux dans l’histoireindonésienne d’après-guerre, et les interprétations de leurs racines, leur signification, et l’héritage en compétition sont devenus une spécialité.[3] Une grande partie du débat a porté sur le rôle précis du PKI , le degré de prescience de Sukarno et / oude Soeharto de la «tentative de coup d’État», et les circonstances locales des massacres qui ont suivi.

Plus important que le Mouvement du 30 Septembre lui-même était l’utilisation pour laquelle Soeharto, l’armée indonésienne et ses supporters internationaux ont été mis en avant pour justifier l’anéantissement du PKI. Ici la récente déclassification partielle par les États-Unis et les matériaux britanniques ont permis d’évaluer les revendications concurrentes sur le rôle des États-Unis et au Royaume-Uni avec une plus grande précision (et, depuis la chute de Soeharto, moins de charge idéologique) et d’obtenir quelques conclusions provisoires. Premièrement, bien que les preuves disponibles n’impliquent pas directement les États-Unis dans le Mouvement du 30 Septembre ou dans l’éviction de Sukarno, la recherche de la main cachée de Washington dans ce question est hors de question. Les États-Unis et la Grande-Bretagne ont sans aucun doute cherché à impliquer le PKI dans une tentative de coup d’État ou une autre action provocante dans l’espoir de provoquer une réaction violente de l’armée et ils ont organisé des opérations et des efforts de propagande secrète à cette fin durant la plus grande partie de l’année (1965 NdT), un fait qui ne peut être remis en cause même par la surprise de Washington et de Londres sur le calendrier réel des événements. En second lieu, l’encouragement et le soutien des États-Unis pour les meurtres de masse des partisans présumés du PKI a été plus grande que ce que les historiens ont jusqu’à présent reconnu, tout comme celui du Royaume-Uni. Mais l’implication américaine dans les assassinats de masse est seulement une partie de l’histoire, qui est moins représentatives des objectifs à longue portée de Washington pour Jakarta que la manière dont ils se sont engagé avec l’armée indonésienne au moment d’où elle avait le plus besoin d’accoucher d’un état parallèle appareil, un point de l’histoire sur lequel les historiens ont accordé beaucoup moins d’attention.

New York Times : Anti-Communist purges, spurred by symbolic acts like the burning of a hammer and sickle, killed at least 500,000 people in Indonesia from 1965 to 1966. CreditW. Sutarto/Foto Antara, via Lontar Foundation

New York Times : Anti-Communist purges, spurred by symbolic acts like the burning of a hammer and sickle, killed at least 500,000 people in Indonesia from 1965 to 1966. CreditW. Sutarto/Foto Antara, via Lontar Foundation

« Cette affaire sent très mauvais, »

Le 3 Octobre, les corps des six généraux assassinés ont été découverts. Leur exhumation est devenu un événement public majeur, et les journaux contrôlés parl’armée ont communiqué de façon révoltantes sur l’état de leur corps et imprimé des photos macabres montrant prétendument que plusieurs des généraux avait été torturés, tailladés avec des lames de rasoir, et avait les yeux crevés et les organes génitaux coupé par les sanguinaires militants du PKI des Pemuda Rakjat (front de la jeunesse) et Gerwani(front des femmes du PKI). Le journal de l’armée Angkatan Bersendjata le 5 Octobre a rapporté « des actes barbares sous la forme de tortures exécutées au-delà des limites du sentiment humain, » descriptions reprises et amplifiées par Berita Yudha et d’autres publications dans les mois [4] qui ont suivi les revendications au sujet de la torture présumée et la mutilation des généraux sont devenus l’élément de langage d’une campagne de propagande indonésienne et occidentale bien organisée et exceptionnellement sexuée visant à attiser la frénésie du public à l’appui des attaques sur le PKI, et ils sont devenus les mots clés de la communication US sur le mouvement du 30 Septembre et ses conséquences pendant des années après [5]. Les descriptions, cependant, étaient des fabrications délibérées les autopsies officielles menées sur les corps immédiatement après qu’ils ont été exhumés ne montraient aucun signe de torture.[6]

Sukarno a réalisé que les forces politiques déchaînées le 1er Octobre constituaient une menace à son pouvoir, et il a immédiatement cherché à mettre l’armée au pas. Le président a également tenu à protéger l’armée de l’air son allié militaire le plus puissant – de la rage de l’armée et à empêcher la répression du PLI qui pourrait bouleverser l’équilibre délicat du pouvoir. Dans les discours à la radio Sukarno a appelé au calme, a nié toute implication des forces aériennes dans le mouvement, et a mis en garde, « nous devons rester sur nos gardes pour que l’armée et la Force aérienne ne soient pas montés les uns contre les autres avec des résultats bénéfiques pour la Nekolim [néocolonialistes et impérialistes] et autres. »[7] Suharto et d’autres chefs de l’armée, cependant, étaient déterminés à utiliser l’assassinat des généraux pour agir contre le PKI et prendre le pouvoir, et dans cette tâche ils avaient des alliés prêts à la fois localement et à l’étranger. « Indépendamment du fait que l’armée croit vraiment que la PKI était seul responsable », la CIA a rapporté plus tard, «il faut présenter cela comme si c’était le cas et agir en conséquence. » 8 chefs de l’armée ont rapidement contacté des groupes anti-communistes, y compris les organisations musulmanes qui se mobilisaient depuis des mois pour contrer le PKI à Java et Sumatra, et les a exhortés à l’action. Le 2 Octobre le Brigadier Général Sutjipto a convoqué une réunion des dirigeants anti-communistes, qui ont formé le Front d’action pour écraser les Trentième du Mouvement Septembre (KAP-Gestapu). Deux jours plus tard KAP-Gestapu a tenu sa première manifestation dénonçant le PKI et son président Aidit. Le défilé de la fête des forces armées prévues le 5 Octobre a été transformé en marchefunéraires massives pour les généraux tués, ponctués par des appels à la vengeance contre le PKI. Sukarno était aussi remarquable par son absence que Marshall Green était par sa présence à l’avant de la tribune de revue -l’ambassadeur des Etats-Unis était «encore plus impressionné», selon l’ambassadeur britannique Gilchrist, de la formation américaine qu’avait reçue les généraux tués avaient reçue[9].

Les chefs de l’armée ont également rétabli le contact avec l’ambassade des États-Unis, maintenant par la suite de fréquentes communications [10] souvent quotidienne. A Washington, les responsables ont réunis un groupe de travail ad hoc pour l’Indonésie, en reconnaissant qu’une opportunité majeure pour écraser le PKI était à portée de main, mais craignant que l’armée pourrait ne pas oser franchir le pas [11] « Ceci est un moment critique pour l’armée »,  a déclaré  le sous-secrétaire d’État George Ball au chroniqueur James Reston. « Si l’armée se met en marche, ils ont la force pour balayer le PKIde la surface dela terre et si ils ne le font pas, ils n’auront pas d’autre chance. » [12]

La problématique immédiate de l’administration Johnson était la meilleure façon d’encourager l’armée à une telle violence. Le Département d’État était naturellement méfiant d’une assistance américaine ouverte à l’armée, craignant que la divulgation de toute aide serait une preuve embarrassante et puisse servir contre eux dans les mains de Sukarno et du PKI, ce qui compromettrait ses objectifs à plus long terme. George Ball a averti l’ambassade à Jakarta de « faire preuve d’une extrême prudence dans nos contacts avec l’armée. » [13] Green partage la préoccupation du Département d’Etat, recommandant que les États-Unis retardent leur l’aide, mais assurent discrètement Soeharto et Nasution de la volonté de Washington d’apporter une assistance secrètement si nécessaire. En attendant, l’ambassadeur a exhorté les efforts de propagande clandestine pour « répandre l’histoire de la culpabilité, la trahison et la brutalité du PKI » comme [14] « l’assistance immédiate la plus nécessaire, nous pouvons donner [à l’] armée ».

In this Oct. 30, 1965, file photo, members of the Youth Wing of the Indonesian Communist Party (Pemuda Rakjat) are guarded by soldiers as they are taken by open truck to prison in Jakarta. (AP Photo/File)

In this Oct. 30, 1965, file photo, members of the Youth Wing of the Indonesian Communist Party (Pemuda Rakjat) are guarded by soldiers as they are taken by open truck to prison in Jakarta. (AP Photo/File)

Les États-Unis et la Grande-Bretagne étaient bien placées pour fournir une telle aide. Dès 1963, les Britanniques avaient mis en place un comptoir à Singapour pour les agents de l’IRD [Information Research Department, une unité de propagande anti-communiste secrète au sein du Foreign Office du Royaume-Uni]. Là, ils ont travaillé avec des officiers de guerre psychologiquede l’armée à conduire « des opérations de propagande noire» contre l’Indonésie. Norman Reddaway, le coordinateur britannique de la guerre politique contre l’Indonésie, qui avait été prévu pour arriver à Singapour en Novembre, a été précipité à son poste le 15 Octobre pour tirer parti de l’évolution de la situation à Jakarta.[15] Au moment où Reddaway est arrivé à Singapour, l’armée indonésienne avait un contrôle complet sur la presse écrite et la radio et était, selon le ministère de l’Australie pour les affaires extérieures « en train d’utiliser son contrôle … pour discréditer le PKI etlimiter le champ d’action du président par la manipulation de l’opinion publique. » [16] Au cours des deux semainessuivantes, une opération de propagande sophistiquée, multinationale, a été  déployée. Reddaway et des fonctionnaires américains ont reçu des nouvelles régulières en provenance des responsables du renseignement et de l’ambassade des États-Unis à Jakarta ainsi que, apparemment, d’écoutes des communications radio des unités militaires indonésiennes. Ils devaient alors ensuite distribuerde sources «strictement anonymes» des nouvelles conformes à la propagande britannique et américaine à travers le Singapour Straits Times, le Daily Telegraph, l’Observateur, et le Daily Mail ainsi qu’aux journalistes occidentaux qui avaient été chassés de Jakarta et faisaient leurs rapports depuis Bangkok, Hong Kong, ou Singapour.[17]Dans leurs articles, les journalistes devraient citer des «sources occidentales» ou « des sources à Bangkok » qui étaient parmi les rares personnes avec des informations directes sur ce qui se passe à l’intérieur de l’Indonésie.[18] D’autres documents de presse ont été trafiqués pour les faire apparaître comme si elles étaient originaires des Philippines ou du Pakistan. La Voix de l’Amérique et le Département d’Etat ont dûment diffusé des histoires pour« mettre en scène la brutalité des rebelles du 30 septembre » dans les journaux contrôlés parl’armée Angkatan Bersendjata et Berita Yudha-les seuls journaux autorisés à paraître à Jakarta la première semaine d’Octobre -amplifiant la propagande propre de l’armée pour son utilisation internationale.[19]

Les grands réseaux médiatiques tels que ABC ont exprimé leur intérêt dans l’exploitation du « potentiels des films et bandes » de l’exhumation et des funérailles des généraux. Les thèmes de la propagande de l’armée et de ses appels à détruire le PLI étaient « le genre de chose qui intéresse les Américains, »  a ainsi écrit l’ambassade britannique à Washington au Foreign Office. Le Foreign Office a chargé les fonctionnaires de Phoenix Park, siège du Commandement Britannique pour l’Extrême Orient à Singapour, à « n’exclure aucune propagande non attribuable ou aucune activités de guerre psychologique » qui pourrait aider à la campagne anti-PKI, y compris une liste des « thèmes de propagande appropriés » semblable à celles qui sont recommandés dans le même temps par l’ambassade américaine à Jakarta.[20] En s’approchant de la fin de Décembre Reddawaya fièrement fait le bilan de son travail minutieux pour le Foreign office, en notant que la propre propagande de l’armée indonésienne contenait souvent des informations tirées des matériels imprimés par l’IRD et que « tout ce que nous pu apporter ici par un journal trouvera son chemin rapidement en Indonésie.  » [21]

Les responsables américains se sont particulièrement intéressés à relier les comploteurs du 30 Septembre à Pékin. Ils ont aidé à répandre des histoires sur l’implication présumée de la Chine et ont communiqué sur des caches d’armes prétendument «découvertes» par l’armée indonésienne avec la faucille et le marteau commodément estampillés sur eux. «Nous avons une chance incroyable d’égratigner les communistes chinois avec les événements désastreux en Indonésie, » a écritGreen au Département d’Etat. Il a demandé une « poursuite [de] la propagande secrète » comme l’un des « meilleurs moyens de diffusion [de l’] idée de complicité des Chicoms [la chine communiste NdT], » une allégation toujours mise en avant par d’anciens responsables américains de quarante ans Ces efforts, prémédités ou non , ont également encouragé les attaques contre les indigènes et homme d’affaire de la minorité chinoise en Indonésie. Les dirigeants de l’armée ont été effectivement préoccupés par le ton strident des efforts britanniques et américains et ils ont exhorté l’ambassade des États-Unis  » de ne pas indûment souligner que [ils] cherchaient à se venger », faisant valoir que l’armée avait« beaucoup de travail pour rétablir l’ordre et la stabilité sans créer [l’] impression qu’elle [est] en train de massacrer les communistes « . [23]

Au cours des semaines suivante, l’armée a rapidement consolidé ses gains et a encouragé les groupes anti-communistes et religieux à agir contre le PKI tout en construisant l’accusation publique que le Parti représentait une menace étrangère mortelle pour la société indonésienne, un cancer à amputer du corps politique. (Lorsqu’il a été interrogé plus tard par l’attaché-militaire Pakistanais – un homme respecté pour ses excellents liens de renseignements – comment il avait pu participer à la mise à mort directe des civils non armés, un interrogateur militaire indonésien a déclaré qu’il considérait comme « un devoir d’exterminer ce qu’il appelait « moins que des animaux »). La CIA a rapporté que les généraux supérieurs indonésiens se sont réunis après les funérailles des généraux tués et ont convenu de mettre en œuvre des plans pour [24].  Trois jours plus tard le KAP-Gestapu a tenu une deuxième manifestation à Jakarta, celle-ci rassemblant des dizaines de milliers de personnes, à la suite de laquelle les manifestants ont saccagée et brûlé le nouveau siège du PKI Des panneaux et graffitis déclarant « Pendons le PKI » et « Pendons Aidit [le leader du PKI NdT] » surgirent dans la ville. [25]Le 10 Octobre, Soeharto a établi le commandement des opérations pour la restauration de l’ordre et de la sécurité (KOPKAMTIB), qu’il utilise pour lancer une purge massive de l’appareil gouvernemental et arrêter des milliers de militants du PKI à Jakarta.

Pendant ce temps, Ali Murtopo, chef du Commandement des Opérations Spéciales de l’armée indonésienne (OSPUS), élargissait les propres opérations de propagande de l’armée. Les comptes rendus et photos sordides de l’assassinat des généraux etdesprésumées mutilations sont alors diffusés dans tout le pays, et les journaux de l’armée ont rapporté la découverte de listes noires du PKI de personnes à tuer, des fosses communes et des documents détaillant les plans présumés du Parti pour l’anéantissement de ses adversaires. Un universitaire spécialiste des massacres de tentative post-coup d’Etat a conclu que « dans l’atmosphère très lourde du moment, ces« révélations »étaient suffisantes pour faire apparaitre le parti en général, comme étant une force démoniaque dont la destruction serait un service rendu à la nation. » [26] Bien que nous manquons encore de l’accès à un grand nombre de documents pertinents mais classifiés des États-Unis et britannique, il est fort probable qu’un élément clé des opérations clandestines américaines etbritanniques dans cette période soit leur participation à la création d’une telle propagande « noire » à l’intérieur de l’Indonésie même.[27]

À l’exception de Medan, où les forces Kostrad sous le commandement du général de brigade Kemal Idris ont immédiatement commencé lle massacre des membres présumés du PKI, principalement des travailleurs des plantations de caoutchouc –  à grande échelle après le 1er Octobre, Soeharto semble n’avoir donné initialement que peu d’ordres directs au commandants militaires en provinces pour prendre des mesures spécifiques contre le parti. [28] L’armée était loin d’être monolithique, et des pans importants des commandements locaux du Centre et de l’est Java étaient resté fidèle à Sukarno, et certains regardaient même au départ avec sympathie le Mouvement du 30 Septembre. Mais la campagne de propagande de OSPUS, l’encouragement des actions de KAP-Gestapu, et les déclarations publiques par Soeharto ont envoyé des signaux clairs de l’intention du nouveau pouvoir d’agir violemment contre le PKI. Lorsque les unités locales de l’armée hésitaient ou lorsqueSoeharto jugeait les responsables locaux insuffisamment anti-communistes, il les a purgé et a envoyé des unités loyales des la RPKAD pour organiser les massacres, travaillant souvent avec des forces civiles locales. Dans l’Est de Java, les membres des NU (Nahdlatul Ulama) et son mouvement de jeunesse Ansor ont mené des attaques contre les membres du PKI et des hommes d’affaires chinois, avec les premiers massacres signalés dès la mi-Octobre. A Aceh, les dirigeants musulmans ont pris les devants, initiant « ce qui équivalait à la guerre sainte d’extermination» au début Octobre contre les membres du PKI et souvent les membres de leurs familles élargies, tuant des milliers de personnes au cours des mois suivants et selon les témoignages effaçant des villages entiers.[29]

Le 13 Octobre le Secrétaire d’Etat Dean Rusk télégraphie à Jakarta que le temps était venu « de donner une indication aux militaire de notre attitude à l’égard des développements récents et actuels. » La campagne de l’armée contre le PKI était en train de monter en charge, et « si [ la] la volonté de l’armée de poursuivre son action contre le PKI est en aucune façon subordonnée ou sous influence des [États-Unis], nous ne voulonsrater aucune occasion d’agir pour les États-Unis » [30] . Le Département d’Etat avait encore de grandes réserves à aider substantiellement l’armée, parce qu’il ne savait pas encore qui était au commande ou ce que serait à plus long terme les intentions de l’armée. En outre, Sukarno exerçait encore une autorité substantielle et a commandait des éléments loyaux importants de l’armée. Les risques d’une révélation de l’aide secrète étaient importants, et lle gouvernement jugé « essentiel de ne pas [à] donnerà Subandrio et au PKI de la possibilité de citer des preuves que [les États-Unis] soutiennent [l’] armée contre Sukarno. » [31]

Le jour suivant, Sukarno était contraint de nommer le général Soeharto commandant des forces armées. La plupart des chefs de l’armée étaient soucieux d’éviter l’affrontement avec Sukarno et espéraient qu’il se plierait aux réalités politiques et condamnerait le PKI et le Mouvement du 30 Septembre. Le refus persistant du Grand Leader de le faire a si profondément frustré l’armée, précipitant certains à demander ouvertement son renversement [32].  « Il y a maintenant deux centres de pouvoir en Indonésie, et non pas un » télégraphie de l’ambassadeFoggy Bottom. Il était important de permettre à l’armée de quel côté étaient les États-Unis. (L’armée indonésienne, de son coté, pensait qu’elle avait affaire à trois centres de pouvoir : le Département d’État, le Pentagone et la CIA) [33]. Le général Nasution en a fourni l’occasion quand son aide de camp a approché Marshall Green pour demander du matériel de communication portable pour une utilisation par le haut commandement de l’Armée. C’était juste le genre de demande que l’ambassade pourrait facilement et discrètement satisfaire, notait le Département d’État en l’approuvant, observant que l’armée était toujours désireuse de cacher le soutien américain et que « pour [le] court terme notre assistance à eux aurait probablement à se faire sur une base secrète ou semi-secrète et concerner desbesoins ad hoc petits ou spécifiques » [34]. Le passage à l’aide américaine secrète à l’armée indonésienne a indiqué le retrait tacite de Washington de la reconnaissance de Sukarno comme le dirigeant légitime de l’Indonésie.

Les rapports politiques de l’ambassade au cours de ces semaines ontvarié entre l’optimisme à chaque indication du déclin deSukarno et du PKI à l’anxiété à chaque suggestion que l’armée pourrait rater sa possibilité d’exterminer le communisme en Indonésie et porter à Sukarno un coup fatal par ce processus. La CIA a mis en garde au début Octobre du danger de ce que l’armée ne pourrait ne « se contenter que d’action contre les personnes directement impliquées dans l’assassinat des généraux et permettre Sukarno de récupérer la plus grande partie de son pouvoir » une préoccupation partagée par le Foreign Office. Quelques semaines plus tard Green est tracassé que l’armée « semble se diriger vers un« règlement politique »et pourrait « étouffer la preuve de l’implication [de Sukarno] dans le 30 Septembre » afin de préserver l’unité nationale, peut-être jusqu’au point de permettre à un Parti communiste réhabilité de réémerger. [35] La destruction du PKI par l’armée télégraphie alors l’ambassadeur à Washington, « ne sera pas couronnée de succès à moins qu’elle ne soit prête à attaquer le communisme en tant que tel » ce qui signifiait s’en prendre à Sukarno et à la totalité de l’organisation du PKI y comprisses militants non armés ses adhérents et ses sympathisants. Malgré ses soucis, Green observait que l’armée « a néanmoins travaillé dur à détruire [le] PKI et moi, pour le coup,  j’ai de plus en plus de respect pour sa détermination et son l’organisation à réaliser cette mission cruciale. » [36]

Les massacres de l’après 30 septembre et la réaction des États-Unis

Les responsables américains ont d’abord pensé que la lutte contre Sukarno et le PKI serait amère et prolongée. Mais les faits rapporté via l’ambassade à Jakarta à la fin Octobre ont indiqué que l’armée était en train d’agir de manière décisive pour casser les reins du PKI et défiant ou bafouant les efforts du président Sukarno pour la restreindre. Des commandants militaires locaux ont pris l’initiative d’interdire le PKI et ses organisation affiliées, tandis que des branches faibles du PKI se dissolvaient tout simplementdans une tentative désespérée pour conjurer l’anéantissement. Seulement un mois après l’assassinat des généraux, le PKI avait été interdit ou dissous dans la quasi-totalité de Java et des Sulawesi, et malgré ses manœuvres, cajoleries ou menaces, Sukarno se révéla incapable de protéger ses alliés politiques des attaques.[37] L’armée était particulièrement désireux de mettre la main sur Subandrio (que le correspondant politique du journal de l’armée Berita Yudha décrivait alors aux fonctionnaires de l’ambassade d’Australie à Jakarta comme «un bâtard qui va obtenir ce qu’il mérite»), en parti parce qu’elle ne pouvait pas contester Sukarno directement. À la fin Octobre les chefs de l’armée ont convaincu le président de retirer Subandrio de son poste de ministre des Affaires étrangères, le plaçant en résidence surveillée plus tard quand il tentera de quitter le pays. [38]

A mesure que les retours bienvenus sur la campagne de l’armée contre le PKI affluèrent, l’anxiété de Marshall Green se dissipèrentet il poussa Foggy Bottom à « explorer [la] possibilité à court terme d’une aide au coup par coup sur une base secrète et non revendiquée » comme un signe du soutient américain.[39] Le Département d’Etat a répondu par une longue évaluation approuvée par Dean Rusk. Le PKI était « en dérouteconfronté aux attaques massives encouragées par l’Armée » qui était « est déjà en train de prendre des décisions politiques de haut niveau indépendamment de Sukarno et qui est en train de plus en plus d’agir en tant que gouvernement de facto ». En outre , alors que la crise économique et politique de l’Indonésie s’aggravait, l’armée aurait à se tourner vers l’Occident pour obtenir de l’aide, avec les États-Unis et le Japon en particulier positionnée pour aider. L’armée aurait besoin de nourriture, de matières premières, d’accès au crédit, et de « d’armes légères et de matériel … pour faire face au PKI. » En conséquence, « les prochains jours, semaines et mois peuvent offrir des opportunités sans précédent pour nous de commencer à influencer les gens et les événements, maintenant que les militaires commencent à comprendre les problèmes et les dilemmes dans lesquels ils se trouvent. » [40] Cela signifie, à court terme, d’indiquer aux dirigeants de l’armée la nécessité de cesser les attaques politiques contre la politique américaine et de mettre fin au harcèlement des compagnies pétrolières des États-Unis.[41]

A la fin d’Octobre, les responsables de la Maison Blanche ont établi un groupe de travail inter-agences pour planifier l’aide secrète à l’armée indonésienne pour répondre à ses besoins dans le combat contre le PKI. De nombreux rapports initiaux atteignant l’ambassade rapportait la résistance du PKI aux attaques menés par les organisations musulmanes etl’armée comme les prémices de l’ouverture d’une éventuelle campagne de guérilla [42] Bien que dans la plupart des régions le PKI – qui ne s’est jamais organisé pour la lutte armée – n’était pas préparé pour faire face aux attaques contre lui, le Parti mettait en place une forte résistance dans le centre de Java. Quelques jours avant que le groupe de travail ne se réunisse, l’ambassade a reçu « plusieurs rapports d’augmentation de l’insécurité et de l’effusion de sang dans le centre de Java, en particulier autour de Solo, Semarang et Djodjakarta. » Plus tard, les rapports faisaient état de violents combats entre les jeunes du PKI et les membres d’Ansor, avec des dizaines de victimes de chaque cotés.[43] Le 18 Octobre Soeharto a autorisé le déploiement de plusieurs bataillons des RPKAD sous le commandement du lieutenant-colonel Edhie vers la capitale provinciale de Semarang dans le centre de Java, après quoi les massacres de masse des partisans du PKI ont commencé. Peu de temps après, le commandant de la zone militaire de Java Centre a déclaré l’état de guerre.[44]

Le groupe de travail Indonésie a chargé l’ambassade de faire l’inventaire des besoins de l’armée pour faire la guerre contre le PKI. Le besoin le plus urgent était de l’équipement de communications tactiques pour les quartiers généraux de l’armée et les unités de terrain, ce que le groupe de travail pensait que le gouvernement US devrait fournir secrètement par un pays tiers, comme la Thaïlande, en utilisant des stocks existants intraçables plutôt que de tenter de reprendreles livraisons du MAP [Programme d’aide militaire ]. À la fin Octobre un spécialiste des communications de laCIA s’est rendu à Jakarta pour consultation avec l’ambassade et mener une enquête sur place des besoins de l’armée. Deux jours après la réunion du groupe de travail, le général Sukendro fait la première approche d’un responsable de haut niveau à l’ambassade, demandant du riz, du matériel de communication, des médicaments et des armes légères. L’Ambassadeur Green a recommandé que le gouvernement US accroisse l’aide, notant de façon approbatrice que l’armée était « en action sans relâche pour exterminer le PKI. » [45]

Washington a accepté, mais le gouvernement US s’est divisé sur l’opportunité de lier la fourniture d’une aide secrète à court terme à de grandes questions concernant ses relations avec Jakarta. Les responsables de la Maison Blanche et du Pentagone pensaient que les États-Unis ne devraient poser aucune condition à l’aide secrète, en faisant valoir qu' »il est important d’assurer l’Armée de notre plein appui dans ses efforts pour écraser la PKI. » Le Département d’Etat a exprimé son désaccord, en faisant valoir que c’était le moment d’ouvrir un dialogue politique plus large avec Soeharto et Nasution et de préciser que Washington s’attendraient à ce que l’ Indonésie renverse le cours de ses politiques hostiles aux intérêts américains comme condition de son aide.[46] Quelques jours plus tard, Francis Galbraith a rencontré un contact de Nasution pour une discussion sur ces bases. Bien que les États-Unis avaient « généralement de la sympathie et de l’admiration pour ce que [la] armée [est] en train de faire », disait Galbraith,  de sérieux désaccords entre les deux pays demeuraient, en particulier en ce qui concerne les intérêts pétroliers américains, qui s’ils n’étaient pas résolus pourraient empêcher l’extension de aide.[47]

La Maison Blanche et la CIA toujours inquietes au sujet des risques d’apparaître alors qu’ils agissaient pour aider secrètement l’armée, qu’ils avaient fonctionnellement reconnue comme nouveau gouvernement de l’Indonésie, pour renverser Sukarno et pour détruire le PKI.[48] Le gouvernement a pris contact avec le général Sukendro ( qui avait étudié à l’Université de Pittsburgh et était l’un des contacts de plus haut niveau de la CIA dans l’armée) et une liaison désignée à Bangkok, avec lesquels il a discuté des demandes de l’armée pour les équipements de communication, d’armes légères, et d’autres fournitures pour un montant total de plus de 1 million $ . Sukendro a interrompu une visite à Pékin pour s’arrêter à une base de la CIA à Bangkok pour une audition au sujet du Mouvement du 30 Septembre, avant de revenir à Jakarta.[49]

Le Comité 303 [le groupe des actions secrètes de surveillance de la Maison Blanche présidé par McGeorge Bundy, conseiller à la Sécurité Nationale] a approuvé la fourniture de fournitures médicales le 5 Novembre et a établi des mécanismes secrets pour la livraison, qui a commencé deux semaines plus tard. La Maison Blanche a également autorisé la CIA à Bangkok à fournir de armes légères à Sukendro pour « armer les musulmans et la jeunesse nationaliste à Java Centre pour une utilisation contre le PKI. » La CIA n’était pas encore convaincu du besoin de l’armée en armes et était inquiète de sa capacité à contrôler l’utilisation et la distribution des armes, qui étaient donnés à des milices musulmanes mal entrainées et des groupes d’étudiants, par exemple le front d’action des étudiants indonésiens (KAMI), et du risque d’exposition en résultant. Mais il a conclu que « ces risques … doivent être pesés en regard du risque plus grand que le manquement à fournir une telle aide dont l’armée exprime le besoin » affaiblirait l’influence de Washington sur sa trajectoire.[50] Le Comité 303 s’est réuni à nouveau deux semaines plus tard pour discuter des besoins « urgents de l’armée de matériel de communication ». Soeharto et Nasution exprimaient de graves préoccupations au sujet de leur capacité à communiquer non seulement avec les commandants militaires régionaux dans les provinces éloignées, mais avec les dirigeants de l’armée à Jakarta, ce qui entravait la coordination des opérations militaires anti-PKI. A cet effet le général Sukendro a demandé : des radios vocales portables pour l’état-major à Jakarta ; un circuit vocal de l’armée reliant Jakarta avec les commandements militaires à Sumatra, Java et Sulawesi; des équipements de communication tactiques pour les unités de l’armée opérant dans Java Centre.[51]  L’équipe de l’ambassade à Jakarta a recommandé l’approbation de la demande de Sukendro comme «critique» dans la lutte de l’armée contre Sukarno et le PKI et a fait valoir que l’importance de l’équipement « dépasse de loin [son]  coût relativement mineur.[52] Le Comité 303 a approuvé l’aide, mais a insisté pour qu’un « soin extrême « soit pris pour empêcher la divulgation de ses origines, retardant la livraison de plusieurs semaines. Au début du mois de Décembre la CIA à positionné et a acheté des antennes mobiles et la première tranche de l’équipement radio sur une base commerciale, s’organisant pour sa livraison secrète de puis la base Clark de l’Air Force dans les Philippines au siège de la KOSTRAD à Jakarta.[53] Selon l’ambassade britannique à Washington , selon l’estimation de l’Ambassadeur Gilchrist , valait près de 1 million $ était « si secrète qu’il n’était pas question qu’elle soit présentée au Congrès du tout. » [54] Des techniciens de la CIA ont formé des officiers de communication de l’armée et programmé leurs radios à des fréquences connues à l’avance par l’agence de sécurité nationale (NSA). Ensuite la NSA a surveillée les transmissions de l’armée, en fournissant aux responsables du renseignement américains des informations détaillées sur les opérations de l’armée, y compris des ordres spécifiques pour tuer les personnes adhérents au PKI.[55]

Les décisions de l’administration Johnson pour étendre l’aide ont été faites après qu’il soit devenu clair que les États-Unis aideraient directement l’armée, les organisations musulmanes, les groupes d’étudiants, et d’autres forces anti-communistes dans une campagne d’extermination contre des civils non armés, soupçonnés d’être membres du PKI ou de ses organisations affiliées. En outre, les responsables américains savaient et s’attendaientà ce que l’aide secrète qu’ils fournissaient favoriserait cette campagne.

Bradley Simpson

Cet article a été adapté du livre « L’économie par les fusils: Développement Autoritaire etRelations États-Unis Indonésie, 1960-1968 par Bradley Simpson. © 2008 par le Conseil d’administration de l’Leland Stanford Junior University. Utilisé avec la permission de Stanford University Press, http://sup.org. Traduit de l’anglais depuis IPT1965 par www.initiative-communiste.fr

Notes

[1]Des travaux représentatifs notament Coen Holtzappel, “The 30 September Movement: A Political Movement of the Armed Forces or an Intelligence Operation?”Journal of Contemporary Asia 9, no. 2 (1979): 216–40; Central Intelligence Agency,Indonesia—1965: The Coup That Backfired(Washington, DC: CIA, 1968); John Hughes,Indonesian Upheaval (New York: David McKay, 1967); Justus M. van der Kroef, “Interpretations of the 1965 Indonesian Coup: A Review of the Literature,”Pacific Affairs43 (1970–1971): 557–77; Daniel S. Lev, “Indonesia 1965: The Year of the Coup,”Asian Survey6 (1966): 103–11; Peter Dale Scott, “The United States and the Overthrow of Sukarno, 1965–1967,”Pacific Affairs58 (1985): 239–64; Brian May,Indonesian Tragedy(London: Graham Brash, 1978); R. E. Elson,Suharto: A Political Biography (Cambridge: University of Cambridge Press, 2001); and W. F. Wertheim, “Whose Plot? New Light on the 1965 Events,”Journal of Contemporary Asia 9, no. 2 (1979): 197–215.

[2]Odd Arne Westad,The Global Cold War: Third World Interventions and the Making of Our Time (Cambridge: Cambridge University Press, 2005), 185; Telegram 868 from Jakarta to State, October 5, 1965,Foreign Relations of the United States [FRUS], 1964–1968, v. 26 (Washington, DC: Government Printing Office, 2001), 307.

[3]“The Legacy of Violence in Indonesia,” special edition ofAsian Survey 42 (July–August 2002).

[4]C. L. Sulzberger, “When a Nation Runs Amok,”New York Times, April 13, 1966; “Indonesia: Night of Terror, Dawn of Hope,”Reader’s Digest, October 1966.

[5]Saskia Wieringa, “Birth of the New Order State in Indonesia: Sexual Politics and Nationalism,”Journal of Women’s History15, no. 1 (2003): 70–91. Accounts repeating the army’s propaganda claims include Arnold Brackman,Communist Collapse in Indonesia (New York: Norton, 1969), 79; Hughes,Indonesian Upheaval, 43–57; and Paul F. Gardner,Shared Hopes, Separate Fears: Lyndon Johnson and the Wars for Vietnam (Chicago: I. R. Dee, 1995), 221.

[6]Benedict Anderson, “How Did the Generals Die?”Indonesia 43 (1987): 109–34.

[7]Harold Crouch,The Army and Politics in Indonesia (Ithaca, NY: Cornell University Press, 1978), 138–39.

[8]CIA Intel Memo OCI 2940/65, November 8, 1965, National Security Files [NSF], CO Files, Indonesia, Memos, v. 6, Lyndon Baines Johnson Library [LBJL].

[9]Telegrame 2134 de Jakarta au Foreign Office, 13 October, 1965, FO 371-180318, United Kingdom National Archives [UKNA].

[10]Frederick Bunnell, “American ‘Low-Posture’ Policy Toward Indonesia in the Months Leading Up to the 1965 ‘Coup,’”Indonesia50 (1990): 59. Military attaché Willis Ethel and Deputy CIA Station Chief Joe Lazarsky met on a near-daily basis with aides of General Nasution and, apparently, Suharto as well.

[11]Telegrame 812 de Jakarta au département d’état2, October , 1965; Telegram 858 from Jakarta to State, October 5, 1965; and CIA Intel Memo OCI 2330/65, “The Upheaval in Indonesia,” October 3, 1965, all in NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, Memos, October-November 1965, LBJL.

[12]Conversation téléphonique entre Ball et James Reston, October 4, 1965, Ball Papers, Box 4, Indonesia, April 1964–November 1965, LBJL.

[13]Telegrame 400de State à Jakarta, October 6, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, National Archives and Records Administration [NA].

[14]Telegrame 868 de Jakarta à State, October 5, 1965; and Telegram 851 from Jakarta to State, October 5, 1965, both in RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA; Ralph McGehee, “The CIA and the White Paper on El Salvador,”Nation, April 11, 1981.

[15]Top Secret Telegramede the Political Adviser to CinCFE Singapore, October 1, 1965, FO 1011-2, UKNA.

[16] Memo for the Minister for External Affairs, “The Indonesian Situation,” October 12, 1965, Series A1838/280, Item 3034/2/l/8/Pt. 2, Indonesia—Political—Coup d’État of October 1965, National Archives of Australia.

[17]Telegram 1835 from Foreign Office to POLAD Singapore, October 6, 1965, FO IOII-2, UKNA.

[18]David Easter, “British Intelligence and Propaganda During the Confrontation 1963–6,”Intelligence and National Security 16, no. 2 (2001): 90–99. Ian Stewart of theNew York Times, writing from Singapore, cited “Western sources” who claimed that Sukarno “not only knew about the coup but was one of its prime movers” (Stewart, “Sukarno Seen Behind Coup,”New York Times, October 5, 1965). Seth King cited “informed sources in Bangkok,” speaking on “information reaching them through private channels” in Jakarta (King, “Indonesian Army Battles Rebels in Key Java City,”New York Times, October 7, 1965).

[19]Telegram 1835 from Foreign Office to PO LAD Singapore, October 6, 1965, FO 1011-2, UKNA; Telegram 400 from State to Jakarta, October 6, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL; CIA Memo on Covert Assistance to Indonesian Armed Forces Leaders, November 9, 1965,FRUS, 1964–1968, v. 26, 361.

[20]Letter from British Embassy in Washington to Southeast Asia Department of the Foreign Office, October 5, 1965, Indonesia subseries of FO 371 (DH) 1015.163, UKNA; Action Telegram 405 from State to Jakarta, October 6, 1965, RG 59, Central Files, 1965–1966, POL 23-8, Indonesia, NA; Letter from British Embassy in Washington to Southeast Asia Department of the Foreign Office, October 5, 1965, DH 1015.163, UKNA.

[21]Memo, “Getting at Nasution,” December 24, 1965, FO 1011-8, UKNA.

[22]Ralph McGehee, “Indonesian Massacres and the CIA,”Covert Action35 (1990): 58; Foreign Broadcast Information Service (FBIS), “Counterrevolutionary Documents Uncovered,” October 25, 1965, 12–13; Telegram 1086 from Jakarta to State, October 19, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL; Telegram 740 from Hong Kong to State, October 27, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, XR POL 23-9, Indonesia, NA; Gardner,Shared Hopes, Separate Fears, 2l9.

[23]Telegram 903 from Jakarta to State, October 7, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, XR POL 23-9, Indonesia, NA.

[24]Letter from British Embassy Jakarta to Foreign Office, November 25, 1965, FO 371-181323, UKNA; CIA, OCI 13185, October 8, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL.

[25]Telegram 910 from Jakarta to State, October 8, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[26]Michael van Langenberg, “Gestapu and State Power,” and Robert Cribb, “Introduction,” both in Robert Cribb, ed.,Indonesian Killings of 1965–1966: Studies from Java and Bali(Victoria, Australia: Monash University Center of Southeast Asian Studies, 1990), 29, 35, 47–49.

[27]Telegram 1863 from Foreign Office to POLAD Singapore, October 9, 1965, FO 1011-2, UKNA.

[28]Airgram A-82 from Jakarta to State, August 17, 1966, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[29]Crouch,Army and Politics in Indonesia, 142–48.

[30]Telegram 452 from State to Jakarta, October 13, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL.

[31]Telegram 400 from State to Jakarta, October 6, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL.

[32]Telegram 971 from Jakarta to State, October 12, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[33]Telegram from Jakarta to State, October 14, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, DEF 21, Indonesia, NA; Memo from David Cuthell to William Bundy, November 3, 1965,FRUS, 1964–1968, v. 26, 348–51.

[33]Telegram 470 from State to Jakarta, October 14, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL; Telegram 508 from State to Jakarta, October 22, 1965,FRUS, 1964–1968, v. 26, 330–31.

[34]CIA Information Cable, OCI 13114, October 17, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL; Telegram 1047 from Jakarta to State, October 17, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[35]Telegram 1090 from Jakarta to State, October 20, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 12, Indonesia, NA.

[36]Telegram 1195 from Jakarta to State, October 25, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[37]Telegram 1171 from Jakarta to State, October 23, 1965; and Telegram 1166 from Jakarta to State, October 23, 1965, both in NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL; Australian Embassy, Jakarta Memo of Conversation with Mr. J. S. Hadie, October 13, 1965, Series A1838/280, Item 3034/2/I/8/Pt. 2, Indonesia—Political—Coup d’État of October 1965, National Archives of Australia; Telegram 1182 from Jakarta to State, October 25, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[38]Telegram 1228 from Jakarta to State, October 28, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL.

[39]Telegram 545 from State to Jakarta, October 29, 1965,FRUS, 1964–1968, v. 26, 340–43.

[40]Telegram 545 from State to Jakarta, October 29, 1965,FRUS, 1964–1968, v. 26, 340–43.

[41]See Editorial Note,FRUS, 1964–1968, v. 26, 338–40.

[42]Telegram 1215 from Jakarta to State, October 26, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL.

[43]Telegram 1255 from Jakarta to State, October 28, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[44]Memo from Assistant for Indonesia to Deputy Assistant Secretary of Defense for ISA, October 30, 1965,FRUS, 1964–1968, v. 26, 343–45; Telegram 1288 from Jakarta to State, November l, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[45]Telegram 1304 from Jakarta to State, November 2, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL; Memo from Assistant for Indonesia to Deputy Assistant Secretary of Defense for ISA, October 30, 1965,FRUS, 1964–1968, v. 26, 351–53.

[46]Telegram 1326 from Jakarta to State, November 4, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[47]Dean Rusk, for example, emphasized to Galbraith the need for a political channel with the army “as distinct from Indonesian Government”; Telegram 562 from State to Jakarta, November 1, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[48]Bunnell, “American ‘Low Posture’ Policy Toward Indonesia,” 59; Telegram 2536 from Jakarta to Foreign Office, November 14, 1965, FO 371-181519, UKNA.

[49]Telegram 920 from Jakarta to State, November 5, 1965, NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL; Memo for the 303 Committee, November 17, 1965,FRUS, 1964–1968, v. 26, 367–37I; Letter from M. H. Clapham to the Secretary, Department of External Affairs, “Arms Given to KAMI,” June 24, 1966, Cablegram, Series AIS3Sh, Item 3034/2/I/8 Pt. 15, Indonesia–Political Coup 30-9-65 Folder, National Archives of Australia.

[50]Telegram 95I from Bangkok to State, November II, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[51]Telegram 1427 from Jakarta to State, November 12, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL, Indonesia-US, NA.

[52]Memo for the 303 Committee, November 17, 1965,FRUS, 1964–1968, v. 26, 367–71.

[53]Top Secret Memo from the British Embassy in Washington to the Foreign Office, January 4, 1966, FO 371-187583, UKNA; Telegram 2536 from Jakarta to Foreign Office, November 14, 1965, FO 371-181519, UKNA.

[54]Kathy Kadane, letter to Editor,New York Review of Books, April 10, 1997; “Ex-Agents Say CIA Compiled Death Lists for Indonesians,”States News Service, May 19, 1990. The scant CIA documents that have thus far been released are consistent with Kadane’s claims that the CIA set Indonesian army radio frequencies in advance for the purposes of gathering intelligence.

[55]CIA, OCI 12857, October 5, 1965; and Indonesian Working Group, Situation Report 10, October 6, 1965, both in NSF, CO Files, Indonesia, v. 5, LBJL.

[56]Telegram 545 from State to Jakarta, October 29, 1965,FRUS, 1964–1968, v. 26, 340–43; Telegram 1255 from Jakarta to State, October 28, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.

[57]Telegram 1326 from Jakarta to State, November 4, 1965, RG 59, Central Files, 1964–1966, POL 23-9, Indonesia, NA.