Short-Cuts 39, par Nina Rendulic

semaine du 17 / 10 / 16

"Please don’t confront me with my failures

I had not forgotten them"


L'automne, tu es cruel. Tu es cruel dans tes distances dans tes feux roux jaunes et bruns dans tes noirs humides, noirs luisants, noirs solitaires, avant l’aube, on se sent seul au monde avant l’aube dans les reflets des phares mouillés roulant dans le sens inverse. Tu es cruel l’automne tu nous arraches à la chaleur des mains rassurantes tu nous dessèches, branches vides, maigres, cassantes, tu nous casses, l’automne, tu nous casses dans la richesse de tes fruits mais ce n’est pas une raison ce n’est pas une raison et tu le sais. Tu le sais.

C'était inévitable, l'automne. Je marche désormais pieds nus doigts tétanisés parmi les brouillards de mes cheveux mouillés. La terre est épuisée par tes indifférences. Cimetières. Bords de fleuves. Maisons en ruine. Champs de blé. Chutes. Chute. Chut. Je ne t’aime pas, l’automne. Tu es la fin tu es la fin et tu aimes ça. Je ne t’aime pas, l’automne. Pars. Oui pars. Et ne dis pas que tu reviendras. Je le sais.

ça me fait mal, l’automne

tu me fais mal

mais

la douleur

est peut-être

le seul moyen de

communiquer

Nina Rendulic


Nina Rendulic est née à Zagreb en 1985. Aujourd'hui elle habite à 100 km au sud-ouest de Paris. Elle aime les chats et la photographie argentique. Elle vient tout juste de terminer une thèse en linguistique française sur le discours direct et indirect, le monologue intérieur et la "mise en scène de la vie quotidienne" dans les rencontres amicales et les dîners en famille. Vous pouvez la retrouver sur son site : ... & je me dis

Nina Rendulic

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