Karen Paulina Biswell, Radio Macondo

Photographe entre France et Colombie, son pays d'origine, Karen Paulina Biswell est pour nous une grande découverte. Ce reportage particulièrement, à Macondo, ville que tous connaissent grâce à Garcia Marquez, et qui n'existe pas, ou sur un autre plan, est trace d'un pur émerveillement devant un quotidien qui, comme l'explique dans son texte, être sublime à chaque instant.

"Ceci est la chronique d'un village à travers la vie quotidienne de trois personnages, Milagros, Kiko et Sandro. C'est une prose visuelle, onirique sans début, ni fin, sans références géographiques, ni sociologiques, où se mêlent la réalité, l'illusion, la fantaisie. Mon désir était de laisser tout l'espace à l'imagination, la création et la fantaisie du spectateur. A mesure que j'avançais dans mon travail, je réalisais que l'état d'esprit qui régnait dans ce village dépassait ses frontières. Au fol des jours, j'ai fini par me transformer en un personnage de cette prose, et retrouver ce que j'avais oublié : une façon d'appréhender le quotidien, une attitude face à la vie peuplée d'absurde et de magie. Ce travail est le témoignage d'une mémoire collective d'un comportement au jour le jour face à une histoire incertaine et peuplée de vicissitudes. La création de cette prose visuelle forme un leitmotiv que j'intitule Radio Macondo. 

Chaque colombien a au fond de lui un "tiroir de l'oubli" au fond duquel résonne ce sentiment et cet état d'esprit inconscient face à l'histoire complexe d'un pays. C'est le bestiaire de l'identité colombienne: un patrimoine fragile et implicite. Dans ces images, chaque colombien peut se reconnaître dans l'essence même de sa culture, de sa vie, où celle-ci est égale à la magie des paysages et des animaux qui l'entourent. 

En réalisant ces images, j'ai voulu rendre hommage à la culture de l'improbable et de l'aléatoire qui règne en Colombie. Chaque nouvelle photo dissipe l'oubli et révèle l'omniprésence de l'absurde et de la magie dans le quotidien des colombiens. C'est le témoignage de situations qui nous sont invisibles et sont dans le registre de l'improbable. C'est réel, mais à la fois invisible. Comme disait Gabriel Garcia Marquez : " Je n'ai rien inventé, j'ai juste raconté ce que j'ai vu". Ces images tentent d'immortaliser des choses qui nous sont invisibles. C'est l'histoire d'un village, sans lieu exact, où la vie présente est celle qui compte, et peut être sublime à chaque instant."

Karen Paulina Biswell