La pop 60/70 en version sri-lankaise, ça groove dans le bizarre

Après une approche pop du Japon, puis de Taïwan ces derniers mois, le label Akuphone s'intéresse à la pop sri-lankaise des années 60/70 avec la double compilation Sri Lanka. The Golden Era of Sinhalese and Tamil Folk-Pop Music qui adopte le même mode que les précédentes en montrant comment les cultures singhalaises et tamoules se sont appropriées la pop en la mixant avec une approche traditionnelle. Et souvent le son décoiffe.  

IndraniPerera

IndraniPerera

Si on connait déjà les sons pop de l’Inde et du Pakistan, jusqu'ici le Sri Lanka restait l’un des rares pays d’Asie du Sud dont la musique folk-pop des années 1960-70 n’avait pas encore été compilée hors de ses frontières. Sri Lanka. The Golden Era of Sinhalese and Tamil Folk-Pop Music s'offre comme un panorama, en 30 titres exprimant la diversité des styles musicaux sri lankais entre 1967 et 1979. Elle est enrichie d’un livret retraçant le contexte historique, culturel et musical du pays.  

Société profondément multiculturelle, basée en grande partie sur les appartenances religieuses (les singhalais bouddhistes, les tamouls hindouistes, ainsi que les minorités musulmane et chrétienne), le Sri Lanka est riche d’une grande variété de traditions et d’influences musicales façonnées par des siècles d’échanges régionaux et internationaux. Si la musique au Sri Lanka s’inscrit indéniablement dans la culture musicale de l’Asie du Sud, elle est aussi héritière d’une histoire marquée par presque cinq siècles d’impérialisme européen. 

Né d’une forme originale de créolisation, au sens où l’entend Edouard Glissant, le Baila témoigne à la fois de l’empreinte de la diaspora africaine, et des influences ibériques sur le pays. Les Kaffirs, esclaves déportés des côtes africaines par les portugais, y ont introduit des sonorités africaines, tandis que les portugais y ont importé leurs traditions musicales et instruments (cavaquinho, mandoline, violon, tambourins). Devenu musique et danse populaire par excellence, jouée à chaque festivité, le baila rappelle le calypso caribéen. Tout aussi populaire mais beaucoup plus récent, le sarala gee (autrement appelé musique light classical) est un mélange de musique d’inspiration indienne, qu’elle soit classique ou proche des productions bollywoodiennes, avec des paroles singhalaises et de légers accents pop.

Au tournant des années 1960, le paysage musical du pays est en pleine effervescence musicale, en partie impulsée par label Sooriya Records. Déterminé à mettre à l’honneur une musique proprement sri lankaise et non de pâles copies des standards de l’époque, Gerald Wickremesooriya, son fondateur, invente avec une poignée de compositeurs, de musiciens et de chanteurs le « new sound of Ceylonese pop ». Très vite, le label enregistre succès sur succès, qui sont chantés lors de concerts organisés par le label lui-même, les « Sooriya Shows », ou relayés sur Radio Ceylan qui a pendant longtemps dominé le paysage radiophonique. Le catalogue reflète la diversité de styles musicaux de l’époque : la pop singhalaise traversée d’influences anglo-saxonnes, voisine avec le baila ou le sarala gee. Les musiques instrumentales traditionnelles reconnaissables par de grands ensembles de percussions, les hevisi, ou encore la musique nurthy issue de la tradition théâtrale, sont aussi éditées par le label. 

Golden Chimes

Golden Chimes

Cette mosaïque de styles musicaux se retrouve dans dont la sélection, principalement issue du catalogue de Sooriya Records, présente les artistes les plus populaires de l’époque : Pandit Amaradeva, le virtuose du sitar et violon, la chanteuse Indrani Perera, Paul Fernando et ses entraînants rythmes baila, la touche psychédélique du producteur tamoul Paramesh, ou encore la pop singhalaise de Clarence Wijewardena et des Golden Chimes, et celle de Baby Shiromi.

V.A - Sri Lanka. The Golden Era of Sinhalese and Tamil Folk-Pop Music (Akuphone)