Short-Cuts 42, par Nina Rendulic

semaine du 7 / 11 / 16

"Provisions pour la mémoire. Provisions pour la force."


L’Airbus A 319 entamera sa descente.

Le ciel est toujours bleu les bruits sont feutrés et on plane sur la douceur mensongère des nuages, on plane, immobiles d’apparence, dans une succession de paysages lointains : les carrés des champs, les sillons des rivières, les tâches d’eau, les pointes des Alpes, la neige, la terre est verte et marron et bleue et tellement tellement petite. Plus de frontières. Plus d’hommes. Le mouvement des yeux sur l’horizon dessine une ligne infinie. Plus de distances. Et on est loin de tout ce qui peut faire mal. De tout ce qui fait mal. De tout…

Dans la brume des particules fines se dessine une montagne. Un pic marque le sommet. Les paysages anonymes des terres du vieux continent s’effacent. Il est là, le centre. Derrière les hauteurs de la montagne dans la brume une ville se déploie. Entre la montagne et la rivière, et au-delà de la rivière, la mémoire d’un corps jeune dessine les chemins de vie dans la ville, les chemins de mémoire du corps aux yeux fermés. La ville est grise. Froide. Elle est et n’est pas belle. Elle est et n’est pas étrangère. Celle qui sera toujours celle qu’on appelle la sienne et une autre à la fois.

Nina Rendulic


Nina Rendulic est née à Zagreb en 1985. Aujourd'hui elle habite à 100 km au sud-ouest de Paris. Elle aime les chats et la photographie argentique. Elle vient tout juste de terminer une thèse en linguistique française sur le discours direct et indirect, le monologue intérieur et la "mise en scène de la vie quotidienne" dans les rencontres amicales et les dîners en famille. Vous pouvez la retrouver sur son site : ... & je me dis