Ecrites entre 11 et 19 ans, 14 nouvelles de Truman Capote ressurgissent des cartons

Ecrites entre 11 et 19 ans, 14 nouvelles de Truman Capote ressurgissent des cartons

Mademoiselle Belle est un recueil de quatorze nouvelles de jeunesse écrites par le jeune Truman Capote. Et, alors qu'il avait fallu renoncer à la suite de Prières exaucées, son roman inachevé. Truman Capote nous réservait une surprise posthume. Ces nouvelles de jeunesse, pour la plupart inédites (certaines avaient paru dans le journal de son école); écrites quand il avait entre onze et dix-neuf ans. Précoce, une fois …

Ces quatorze nouvelles sont un bonheur de lecture, mêlant à une certaine innocence une profonde maturité et témoignent d'un talent précoce qui ne songe qu'à éclore. Elles, dont les originaux reposaient dans une boîte de la New York Library sont aujourd’hui traduites en français.
Ici, l’écrivain nous rend l’univers et les personnages familiers en cinq ou six lignes. Fils d’une mère changeante, un coup je t’aime un coup je t’ignore, l’adolescent Truman Capote imagine des enfants qui s’arrangent avec leur solitude. Lorsque les enfants se débrouillent entre eux, c’est pour le meilleur ou pour le pire. Dans «Un cadeau pour Jamie», Teddy ne veut que du bien à Jamie, qui pourtant meurt. Louise nous fait sentir la haine d’une fille pour une autre, plus jolie, plus gentille. L’héroïne de «Hilda» est interrogée sur ses larcins par un adulte sadique. Pourquoi vole-t-elle ? «Je ne sais pas comment vous dire parce que je ne me connais pas.»

Capote saisi au moment de son envol, avec un talent en bourgeon, mais déjà sûr de lui, c'est l'auteur avant qu'il ne parte à Paris, et revienne avec un roman en tête qui va le propulser sur le devant de la scène, faisant de lui le Warhol des années 50 : snob, imbu de lui-même, homo affirmé et sarcastique à l'ironie tueuse. L'arbitre des élégances. Pour saisir la substance de ces œuvres incroyables de justesse autant que de jeunesse, nous sommes allé demander à son traducteur, notre ami Nicolas Richard quelles étaient les constantes du style du futur auteur de Petit déjeuner chez Tiffany et De Sang froid.

Breakfast at Tiffany's - José luis de Villalonga et Audrey Hepburn 1961

Breakfast at Tiffany's - José luis de Villalonga et Audrey Hepburn 1961

Comment définirais-tu le style de Capote dans ces nouvelles de jeunesse ?

Nicolas Richard : De la dentelle au service d’histoires délicates, en suspension. Des dialogues qui sonnent juste, qu’il s’agisse d’une vieille dame décatie, d’un directeur d’école austère ou d’une domestique rêveuse.


On parle souvent d’une écriture appuyée sur des images et d’un côté gothique, comment le perçoit-on dans ses premières œuvres ? On parle aussi d’une écriture sudiste concernant T.C., des rapports avec Faulkner ou McCarthy ?

NR : Avec ces premiers textes (certains écrits alors que l’auteur est encore au lycée), on est surtout frappé par une formidable maturité, l’ambition de dire des moments de bascule dans la vie des personnages : la peur d’un gamin perdu en pleine forêt, par exemple ; « gothique » ? Parfois, oui, au sens « Sudiste » du terme : la mort rôde, la vie paraît parfois l’antichambre d’un autre monde encore plus noir où règne la mort, mais sans la présence du « grotesque » qui va souvent avec. C’est une écriture qui dessine déjà le mouvement de l’auteur : du Sud vers New York.

Quelles difficultés as-tu rencontrées lors de la traduction - son anglais est-il toujours d’actualité par rapports aux auteurs contemporains que tu traduis d’habitude ?

 NR : Il a fallu tendre l’oreille. Capote sait écouter ses personnages, aussi bien Jamie le petit garçon que mesdames Green ou Rittenhouse. La phrase est toujours parfaitement en équilibre, à la fois enracinée et aérienne. Pour arriver à quelque chose en français, je me suis surpris à relire des passages à voix haute, pour que chaque paragraphe trouve en français le même panache. L’anglais de Truman Capote est tout à fait d’actualité, me semble-t-il parce que son écriture est, dès le début de sa carrière, maîtrisée, ouvragée, infiniment travaillée.

Son style en fait-il un auteur qui reste ou bien n’est-il qu’une figure de la littérature new-yorkaise au final ?
NR. : « Mademoiselle Belle » n’est pas un recueil dont l’intérêt ne serait que documentaire, les premiers balbutiements d’un petit gars qui deviendrait ultérieurement Truman Capote, oh que non !  il y a déjà une grande maturité dans ces brefs récits qui restent émouvants, pertinents : modernes. Ce qui est touchant chez le Truman Capote des débuts c’est sa formidable foi en la littérature, et puis il y a aussi dans ses merveilleux petits récits quelque chose d’immuable, un temps qui s’écoule de manière à la fois majestueuse et pâteuse. Il n’est pas encore la figure new-yorkaise, justement. Il est pour le moment un auteur qui regarde autour de lui, qui sent ce qui se passe et qui peaufine ses phrases tout seul dans son coin.

Jean-Pierre Simard

Truman Capote Mademoiselle Belle, nouvelles de jeunesse,  éditions Grasset 2016