VLSI, Monolake et ses 20 ans de frissons synthétiques

VLSI, Monolake et ses 20 ans de frissons synthétiques

Pour tous ceux qui s'étaient offert à sa sortie Hong Kong en 1996, ils possèdent un objet qui s'échange à pas moins de 250€. Accessoirement, il s'étaient acheté le premier album du label Basic Channel qui ne commençait pas par des fréquences bidouillées ni un son qui semblait filtré derrière un mur de parpaing à l'enregistrement. Cet album était un chef d'œuvre. Et VLSI, l'actuel rejeton de Robert Henke est sensiblement de la même eau.

L'album est composé de titres d'abord parus en EP depuis trois ans, augmentés et retravaillés pour avoir un feeling commun avec ceux enregistrés depuis. Sur Pio, on trouve au côté de Henke, son partenaire occasionnel Electric Indigo et la totalité de celui-ci a été co-produite avec Mark Ernestus, le co-fondateur de Basic Channel avec Moritz Von Oswald, autrefois pionnier du techno dub et du versant allemand de la techno minimale.

Henke voulait pour cet album un retour aux sources d'un son plus relâché et chaud, comme cela avait été le cas pour Hong Kong, même si on y entends peu de field recording et que la surprise vient d'ailleurs. 

 


VLSI est l'abréviation de Very Large Scale Integration, soit la création decircuits intégrés avec des milliers de fonction sur une seul puce. En gros l'avancée majeure de l'électronique des années 70 ayant permis l'arrivée des ordinateurs portables.

Le projet a surgi en 2013, quand Henke, en résidence en Californie à l'Université de Stanford au Center for Research in Music and Acoustics, a compris quelles étaient les valeurs développées par les entreprises de la Silicon Valley, ces multinationales, plus puissantes aujourd'hui que les gouvernements élus et grandes adeptes de l'obsolescence des produits.

Cet album en est le paysage développé, avec toutes les variables de cet univers, offrant à l'auditeur une réflexion sur le pouvoir de la technologie, la politique qu'elle préconise et l'environnement social qui en découle. Conceptuel, une fois ; désincarné souvent, intriguant de nombreuses fois, d'une palpitante beauté. Mais génial tout le temps.

On rappelle aux heureux possesseurs d'Hong Kong - dont je fus - que l'aventure de l'écoute de l'album reste entière :  les boitiers en métal du pressage original ayant tendance soit à se coincer, définitivement bloqués, soit à exploser le cd quand on le rentre dans le rond central en force…  Et, pour les autres, le fils spirituel de Monolake, en 2016, se nomme John Talabot. 

Jean-Pierre Simard

VLSI - Monolake, EPROM Records