A la MEP, Serrano flashe aussi sur le Klu Klux-Klan

Acteur flamboyant et scandaleux de la scène artistique contemporaine, Andres Serrano dévoile souvent le plus dérangeant de la réalité. Il propose ici un panorama de portraits contemporains, avec clins d'yeux aux grands maîtres du passé : Titien, Delacroix ou le Tintoret, voir Vélasquez et même Courbet.


L’exposition s’ouvre sur une sélection d’œuvres de la série America, inspirée par la tragédie du 11 septembre, qui témoigne de la volonté d’Andres Serrrano à « contribuer au débat sur l’identité américaine dans sa diversité, en mêlant les âges, les genres, les milieux, les confessions ».  On y découvre ensuite des portraits de sa série The Klan — pour laquelle il a approché des membres du Ku Klux Klan, réalisant des images d’une troublante beauté, empreints d’ambivalence — puis une sélection d’œuvres de The Interpretation of Dreams, de portraits de Native Americans ainsi que des œuvres de Cuba.


La deuxième partie de l’exposition s’organise autour de son travail sur les sans-abri, avec une installation de son projet Signs of the Times — des pancartes en carton des sans-abri qu’Andres Serrano a recueillies —, ainsi qu’un ensemble de portraits new-yorkais, Nomads et Residents of New York, et bruxellois, Denizens of Brussels, dont une partie est révélé en France pour la première fois. Par son regard unique et par la force de ses photos, Andres Serrano nous invite à regarder et ré-humaniser ces hommes et ces femmes devenus invisibles aux passants que nous sommes. Comme l’artiste l’avait expliqué en 1990, en réalisant sa série Nomads : «J’avais besoin d’être confronté à mes propres malaises quant aux conditions sociales qui envahissent tous les centres urbains. Nous passons tant de temps à ne pas regarder ces gens. Je voulais montrer leur dignité, celle des indiens d’Edward Sheriff Curtis au XIXe siècle, et les réintroduire dans la société dont ils avaient été bannis. »

Ces portraits monumentaux — souvent d’une beauté déroutante, tels des anges déchus de Géricault ou du Caravage — résonnent actuellement avec une intensité particulièrement forte, dans une Europe face à la crise des réfugiés et dans laquelle se développe parfois la peur de l’autre. Preuve en est qu'on tente de l'attaquer dès qu'il parle de religion ou de sexualité.

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Andres Serrano  09.11 -> 29.01.2017
Maison Européenne de la Photographie
7, rue de Foucry 75004 Paris