Denis Roche et ses lucioles en voie de réapparition dans la chambre blanche

Rien n’est plus grave que l’acte photographique. Pour un écrivain, s’y livrer c’est signer chaque fois un « départ d’orgueil ». C’est aussi abandonner à tout bout de champ les simulacres et les stratégies, échapper à la contrainte des persuasions, à la subtilité obligatoire des enchaînements.

J’ajouterais même : au savoir-faire, si je n’étais sûr du contraire, sûr qu’il s’agit là d’un leurre qu’on rajoute tous les jours au débat sous une forme différente. Tout gain de liberté (et chaque instantané photographique en gagne) va de pair avec une augmentation de savoir-faire. C’est ça qui fait le style. Et c’est le vertige éprouvé à leur course commune, au sursaut qu’ils font sur l’abîme, qui définit bien sûr cet art.

D’où l’importance accordée tout au long de ce livre – par le biais d’approches voulues aussi diversifiées que le sont l’essai, l’interview, la fiction, le journal intime, ou encore une série de photos commentées comme autant de schémas pensifs – à la prise photographique elle-même, moment de sensation éperdue qui dit textuellement ceci : toute photo est une intelligence qu’épuise une lumière.


Les lucioles disparaissent peu à peu, cantonnées dans quelques réduits occasionnels de la nature. Mais tandis que ces charmants animaux à la lumière se font rares, nous autres photophores prenons le relais. La fabrication des photos ne laisse rien dans l’ombre, et surtout pas l’instant de folie pure qu’abrite le déclenchement de la photo.

Devant la gravité de telles certitudes, l’écrivain que je suis est renvoyé à la solitude, à l’angoisse, à la pénombre de sa durée. Mais à la beauté aussi, circulant entres elles et lui, qui valait bien le voyage.
Chaque photo répète la phrase de Proust : « Nous disions : après, la mort, après, la maladie, après, la laideur, après, l’avanie. »

On verra bien. 
Denis Roche

L’exposition Aller et retour dans la chambre blanche réunit un ensemble d’une cinquantaine de photographies dont certaines inédites, commentées de la main de Denis Roche et issues du livre La disparition des Lucioles paru en 1982 aux Éditions de l’Étoile et réédité cette année, ainsi que d’autres, iconiques ou moins connues, mais qui relèvent toutes d’une même logique du déplacement.

Denis Roche - Aller et retour dans la chambre blanche 9/11/2016 → 29 /01/2017
La Maison d’Art Bernard Anthonioz - 16, rue Charles VII   94130 Nogent-sur-Marne