L'ambient folk de Gareth Dickson en apesanteur

L'ambient folk de Gareth Dickson en apesanteur

Imaginez Nick Drake reprenant Joy Division à la guitare sèche, sans que cela sonne poil aux pattes et tente Lafuma ? C'est bien le cas ici avec cet Ecossais qui a réussi à charmer Max Richter,  Juana Molina et qui est devenu le guitariste de Vashti Bunyan. Enter Gareth Dickson et son troisième album : Orwell Court.

Les superlatifs vont enfin pleuvoir, après trois essais qui l'ont peu à peu sorti de l'ombre ; respectivement :  Collected Recordings (2009), The Dance (2010) et Quite a Way Away (2012). Parce que là, c'est plus que top, il y a comme une cristallisation de talent - un vrai guitariste qui n'en fait jamais trop, évoquant à la fois Leo Kottke et Nick Drake, au son aussi touffu que mélancolique ; et qui sait,  comme le dernier, mettre son jeu en valeur, juste en le rehaussant de quelques cordes ou - époque oblige - séquences ambient. 

Mais c'est surtout sa voix qui va faire tomber les filles, un organe qui ne force jamais, qui joue de la facilité qui est la sienne pour balancer ses sons sans avoir à pousser ni s'égosiller et qui balance toute sa force d'expression en susurrant presque. Un comble ( pour les mauvais !), l'union réalisée de la force et de la douceur, le masculin à égalité avec le féminin ; le vrai truc irrésistible : la grâce quoi.

En plus de ces quelques atours fort gracieux, sa musique est belle et ténébreuse. Il y a là une noirceur et une mélancolie toute écossaise sous-tendues par une grâce et une pureté éthérées.
 Musique à la fois complexe et mystérieuse, exigeante mais généreuse, surprenante, à l’image de son auteur : à deux doigts de basculer dans la délinquance juvénile et de terminer comme un personnage d’Alan Clarke, Gareth reprendra un chemin plus droit avec la pratique du trampoline en équipe universitaire et des études d’ingénierie spatiale.

À présent il passe des journées vegan sauce barbecue, sait choisir le plus bel avocat de l’étal, et promène ses t-shirts normcore sur des cours de tennis. Et la nuit, Doc Martens aux pieds, il appuie un peu plus fort sur l’accélérateur de sa Rover (modèle 75, moteur BMW M47) sur les autoroutes où l’on roule à gauche. Tout n’est que prétexte à alimenter son besoin viscéral de création ; en attestent ses ongles recollés à la Super Glue, à force de ravages sur sa guitare.

Compositeur et producteur intéressant, il réussit à réintroduire le folk dans l'ambient, reprenant les choses ou un autre britannique les avait laissées, un certain John Martyn avec Big Muff (enregistré avec Lee Perry). D'où sa reprise naturelle d'Atmopshere de Ian Curtis, autre homme du nord qui s'offre ainsi en fin d'album, de nouvelles couleurs. Cette fois sans colère. C'est beau - et on s'arrête là.   

Gareth Dickson - Orwell Court, label Discolexique