La musique anti-soviétique était gravée sur des planches de rayons X

La musique anti-soviétique était gravée sur des planches de rayons X

Les hôpitaux soviétiques n'ayant que faire des planches de rayons X abandonnées par les patients, il était très facile de s'en procurer, et c'est sur ce matériau étrange (et donc assez fascinant quand même) que les bootleggers gravaient, à leurs risques et périls, les disques jazz, pop ou ou rock'n'roll interdits par la censure mais vendus aux amateurs au marché noir. Comment ? C'est ce que montre un documentaire, qui a retrouvé quelques-uns de ces héros du véritable underground (pour le coup).

Rien ne peut nous désoler plus que la censure exercée au nom du peuple, du socialisme, de l'anticapitalisme. Aller contre la liberté de découvrir des choses, d'écouter ce qui vient de l'étranger, est totalement stupide. Contrôler la production culturelle est le révélateur de la misère mentale des dirigeants apeurés par la nouveauté. Entendre, comme dans ce documentaire sur la diffusion clandestine des musiques "capitalistes" en URSS, une version très mal enregistrée (pas le choix à l'époque) de "Mambo italiano" transforme, par le seul fait qu'elle soit censurée, cette chanson en l'hymne de la révolte contre le socialisme qu'elle n'est pas - un comble dans son cas, puisqu'elle critiquait l'abandon de la culture populaire italienne et la mode de se faire passer pour un américain (les USA étant à l'époque représentés par une musique d'origine... cubaine). Tout cette "obsession de pureté" était absolument stupide et contre-productive. Comme toute censure culturelle. Un régime qui s'effondrerait parce que les gens dansent le mambo ou écoutent du hip hop est de toute façon voué à l'effondrement, et ne fait que confirmer, par ces refus mesquins de ce qui vient d'ailleurs, de ce qui est neuf, son obsolescence. Et se lève donc la résistance, qui, dans le cas de la musique, se complique du fait qu'elle n'est pas a priori, ni d'abord, politique. Elle relève de l'envie de plaisir. De nouveauté. De libération. De découverte. D'amusement. De partage avec des frères et soeurs en goût. Hitler lui-même eut à faire face à cela dans l'Allemagne nazie avec les jeunes qui écoutaient du jazz (ils ont été emprisonnés, battus, envoyés au front, mais ont continué autant qu'ils l'ont pu à danser sur de la "musique nègre", malgré la guerre et la propagande nazie). Staline eut droit à la même chose en Russie. Évidemment. Allez rêver, grands dirigeants, à un monde où personne (mais vraiment personne) n'aurait envie d'écouter Elvis Presley, les Beatles ou les Rolling Stones, dans les années 50 et 60. Un monde où ils n'existeraient même pas ! Peine perdue. Peine perdue, car, comme le montre ce délicieux petit documentaire sur la fabrication de disques clandestins en URSS produit par The Vinyl Factory (une usine de pressage et label anglais de résistants, eux aussi, cette fois au tout numérique), on tourne toujours la censure (et d'abord en ridicule).

Les hôpitaux soviétiques n'ayant que faire des planches de rayons X abandonnées par les patients, il était très facile de s'en procurer, et c'est sur ce matériau étrange (et donc assez fascinant quand même) que les bootleggers gravaient, à leurs risques et périls, les disques vendus ensuite au marché noir. Comment ? C'est ce que montre ce documentaire, qui a retrouvé quelques-uns de ces héros du véritable underground (pour le coup).

 

Concept & interviews par Stephen Coates & Paul Heartfield
Filmé par Paul Heartfield
Écrit par Stephen Coates & Anton Spice
Produit par Anton Spice, Anoushka Seigler & Stephen Coates
Edité par Pawel Ptak
Archive footage courtesy of Russian State Archives of Film and Photo Documents

Nous vous faisons cadeau de cette version subversive et contre-révolutionnaire de "Mambo Italiano" avec la très sublime Sophia Loren dans le rôle principal.