Renaud Monfourny : voir les musiciens

Renaud Monfourny : voir les musiciens

Trop de couleur distrait le spectateur affirmait Jacques Tati, et les Inrockuptibles, première formule, en avaient fait leur devise. Monfourny était de l'aventure.

On commence à peine à comprendre l'intérêt de la photographie rock, au moment même où celle-ci est diluée dans les fils d'info, les sites internet qui recadrent à tout va, et où les artistes et les labels exigent dorénavant un droit de regard sur les tirages les concernant (ou concernant leur "écurie"), quitte à s'approprier certains clichés qui les arrangent, évidemment sans contrepartie.

Qu'en aurait-il été des Gassian, Dumas, Terrasson, Bellia ou Monfourny, les grands photographes français de la culture rock, si cela avait été le cas au temps où un photographe de presse qui s'était spécialisé dans la musique vivait de son travail, était regardé comme un artiste, qui changeait le look des magazines, et donnait le ton avec ses photos ?

Aujourd'hui, Richard Bellia gagne pas mal d'argent en traquant les images frauduleuses sur le Net, quitte à faire des procès au Wu-Tang Clan, qui a sorti des images d'Ol'Dirty Bastard pour orner certains de leurs t-shirts sans même demander la permission. 

Déconsidéré, ce métier l'est, surtout pour ceux qui continuent à ne jurer que par l'argentique, voir le noir et blanc.  Alors ils s'en sortent en éditant des livres avec leur fond, en faisant des expositions thématiques et en shootant de-ci delà …

Mais l'ère de cette presse se conjugue souvent au passé, car si la photo rock adore le noir et blanc, ce n'est pas pour rien. A privilégier les attitudes, à marquer au charbon tous les plans, du devant au fond de l'image, ou encore à donner à voir dans un cadrage précis, qui jure avec l'extérieur bariolé, le photographe rock ou le portraitiste ( souvent le même dans les deux cas) bloque un instant, une pose, un moment de vie pris "sur la bête", et crée un échange acteur/contemplateur à nul autre pareil.

Monfourny en révélateur d'âme, Monfourny en tireur minutieux dans sa chambre noire, Monfourny qui donne d'un coup de déclencheur une substance à un comportement, sans commander la pose, sans forcer ; juste pour laisser arriver la connivence. Et qui d'un coup balance l'humanité ou l'humeur de son sujet du moment, qu'il s'agisse de Patti Smith, de Leonard Cohen, Nick Cave ou Kurt Cobain déambulant incognito dans les rues de Seattle avec Nirvana.
 

Le portrait de Renaud Monfourny d'ouverture est de Sébastien Grisey