Gaza sert de labo pour la guerre des tunnels à la frontière USA-Mexique

Gaza sert de labo pour la guerre des tunnels à la frontière USA-Mexique
Une entreprise israélienne effectue un forage à la frontière de la Bande de Gaza, pour installer un système de détection anti-tunnels, le 3 février 2016 - Photo EPA/Jim Hollander

Une entreprise israélienne effectue un forage à la frontière de la Bande de Gaza, pour installer un système de détection anti-tunnels, le 3 février 2016 - Photo EPA/Jim Hollander


Le système anti-tunnel fait partie des efforts du Premier ministre Benjamin Netanyahou pour transformer Israël en une gigantesque forteresse. La semaine dernière, lors d’une tournée d’inspection du mur qu’Israël est en train de construire à sa frontière avec la Jordanie, Netanyahou a annoncé son projet de murer complètement Israël pour que les Palestiniens et les Arabes des pays voisins, qu’il a comparé à des animaux, ne puissent plus entrer.

 

« Étant donné notre environnement, nous sommes obligés de nous protéger contre les bêtes sauvages » en entourant « tout l’État d’Israël d’une clôture, d’une barrière, » a-t-il dit.

Et pour les USA c’est l’occasion d’externaliser leur propre projet de militariser leur frontière.

REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

REUTERS/Ibraheem Abu Mustafa

L’hystérie des tunnels terroristes

On peut penser que les Israéliens sont à l’origine de la série d’effondrements meurtriers de tunnels qui ont eu lieu dans la bande de Gaza au cours des dernières semaines et qui ont été assortis d’une déclaration du chef d’Etat-major israélien Gadi Eizenkot laissant entendre que la technologie de détection de tunnel était déjà testée à Gaza.

Les Israéliens appellent cette nouvelle technologie le Dôme de fer souterrain, en référence au nom du système de défense antimissile subventionné par les USA et conçu pour intercepter des roquettes tirées depuis Gaza avant qu’elles ne touchent le sol.

Malgré de sérieux doutes quant à l’efficacité du Dôme de fer, les Israéliens croient qu’il fonctionne. En effet, il les protège, au moins psychologiquement, des conséquences de la ghettoïsation et de l’emprisonnement de 1,8 million de Palestiniens à Gaza.

Le système anti-tunnel a un objectif similaire.

Cela fait des années que les responsables israéliens attisent les peurs en brandissant la menace de prédateurs palestiniens jaillissant de soi-disant « tunnels terroristes » creusés sous les chambres, les jardins et les écoles des Israéliens, pour assassiner des familles innocentes.

Aucun fondement réel

Bien qu’il n’ait aucun fondement réel, ce narratif a été utilisé pour légitimer la guerre d’Israël de 2014 contre Gaza, qui a tué plus de 2200 Palestiniens dont 551 enfants.

L’enquête indépendante du Conseil des droits humains de l’ONU sur la guerre a confirmé que « au cours de la période considérée, les tunnels ont été seulement utilisés pour mener des attaques contre des positions de l’IDF [armée israélienne], en Israël, près de la Ligne Verte, qui sont des cibles militaires légitimes ».

Une de ces opérations a ciblé un poste fortifié de l’armée israélienne à Nahal Oz, à l’intérieur de l’Israël d’aujourd’hui.

Des commandos palestiniens des Brigades Qassam, la branche militaire du Hamas, ont tué cinq soldats israéliens avant de retourner à Gaza par un tunnel. C’est sans doute l’opération menée au moyen d’un tunnel qui a eu le plus d’impact psychologique sur les Israéliens.

Coupés du monde en 2007 par un siège imposé par Israël et l’Égypte, les Palestiniens ont creusé des tunnels pour survivre, donnant naissance à un réseau sophistiqué de passages souterrains qui ont fourni à une population isolée des produits de première nécessité que le blocus l’empêchait de se procurer.

Le blocus israélien a transformé Gaza en un ghetto géant entouré de clôtures électrifiées, de drones de surveillance, de mitrailleuses télécommandées et de canonnières de marine.

Une partie des tunnels est utilisé par l’armée de la résistance qui en a un besoin crucial car elle se bat contre un ennemi impitoyable qui possède l’équipement de surveillance le plus sophistiqué du monde.

Qualifier ces tunnels de « terroristes » permet à Israël d’éliminer l’un des seuls moyens d’autodéfense et de survie des Palestiniens tout en préparant le public israélien à la prochaine guerre.

Des frontières version Trump

Todd Miller, auteur de  Border Patrol Nation, a dit à The Electronic Intifada, qu’il n’était pas du tout surpris que le gouvernement US ait l’intention d’utiliser le système de détection de tunnels d’Israël à la frontière USA-Mexique. Pour les USA, les tunnels transfrontaliers sont « une tentative évidente de se soustraire à l’appareil militaire massif de contrôle de la frontière ».

« Si on bloque un chemin d’accès, les gens vont essayer de trouver un autre moyen de passer, que ce soient des sans-papiers ou des réseaux de passeurs criminels », at-il dit, ajoutant que la même logique prévaut à Gaza. « C’est, en fait, la preuve de la résilience et de la créativité des gens qui essaient de trouver une façon de contourner cet énorme dispositif. »

« On voit la « relation spéciale » entre les USA et Israël se manifester de plus en plus dans le contexte de la frontière USA -Mexique», a ajouté Miller.

L’exemple le plus flagrant est Elbit Systems, la plus grande entreprise de technologie militaire d’Israël.

« Elbit Systems utilise la technologie qu’ils ont développée en Palestine en l’utilisant sur les Palestiniens, et cela leur sert de vitrine publicitaire pour la frontière USA-Mexique », a déclaré Miller. « Donc, en fin de compte, la Palestine leur sert de laboratoire pour développer ces technologies. »

Le développement du système de détection de tunnels a été confié à des dizaines d’entreprises militaires israéliennes. Elbit est un des principaux bénéficiaires et ses produits ont déjà été utilisés le long de la frontière USA-Mexique.

En 2014, Elbit a signé un contrat de 145 millions de dollars avec le ministère US de la Sécurité Intérieure pour construire un mur virtuel de tours de surveillance et de détecteurs de mouvement, appelé Tours fixes intégrées, à la frontière entre l’Arizona et le Mexique.

Les tours sont équipées d’une technologie Elbit similaire à celle utilisée dans la construction et la maintenance des murs et des clôtures élevés en Cisjordanie occupée par Israël et à la frontière entre Gaza et l’Egypte. La société met en avant son expérience de soutien technique aux politiques répressives pour faire son marketing.

Une vidéo d’Elbit souligne que l’efficacité de ses tours a « fait ses preuves sur le terrain » pour avoir « sécurisé pendant 10 ans les frontières les plus difficiles à sécuriser du monde. »

L’an dernier, Miller a fait un reportage sur Global Advantage, une entreprise commerciale créée par une université d’Arizona, qui a identifié Israël comme ayant la plus forte concentration d’entreprises de sécurité intérieure dans le monde.

Global Advantage recherche activement des entreprises israéliennes pour s’installer à la frontière USA-Mexique, qui est, selon Miller, le centre commercial le plus avancé de technologie de sécurité intérieure.

« Ce qui est encore plus remarquable c’est que la frontière USA-Mexique est aussi un laboratoire, où ils présentent la même technologie pour la vendre à d’autres pays », a déclaré Miller.

Mais Gaza, a-t-il ajouté, est « le laboratoire principal », car « il est presque complètement fermé et sous contrôle, tandis que la frontière USA-Mexique fait plus de 3000 km de long » et est encore poreuse.

Le minuscule territoire palestinien qui abrite 1,8 millions de personnes dont la plupart sont des réfugiés, représente ce que Miller appelle « la version Donald Trump de la militarisation d’une frontière. »

Trump, le candidat populiste républicain à la présidentielle, a déjà dit tout le bien qu’il pensait du mur d’apartheid d’Israël en Cisjordanie qu’il considère comme un modèle à suivre pour les USA.

 

"Hillary Clinton a dit que c'était OK de bannir les Musulmans d'Israël en construisant un MUR, mais pas OK de faire la même chose aux USA. Nous devons être vigilants" (extrait des pensées twittées du Président Donald)

Rania Khalek 

Traduit par  Dominique Muselet