Bill Drummond : fuck entertainment, let's art !

Concevoir de l'art en relation avec ce qui se passe et en agissant sur le monde, c'est ce que Bill Drummond pratique la fin des 70's. D'abord dans la musique, via le punk, puis l'électro ; avant de dynamiter le monde de l'art depuis 1993. Dernières exactions filmées ce dimanche au Festival FAME.
 

D'abord charpentier et décorateur de théâtre à Liverpool, Bill Drummond plonge dans la folie punk au Eric’s où il voit défiler Damned, Clash, Stranglers, Slits, X Ray Spex, Ramones, Saints ouTalking Heads. En 1978, il tient la guitare de Big in Japan aux côtés d’Holly Johnson (Frankie Goes to Hollywood), Budgie (Siouxsie & the Banshees), Ian Broudie (Lightning Seeds) et Jayne Casey (Pink Industry). Il fonde ensuite Zoo Records avec son pote Dave Balfe, le clavier des Teardrop Explodes, qui créera plus tard Food, label de Blur avant d’être avalé par Parlophone et EMI.

Drummond va s’ouvrir ensuite à un monde neuf et de nouveau sons: celui des musiques électroniques et de la house-music, avec Andrew Weatherall, Alan McGee et Tony Wilson de Factory Records. En 1987, il monte The Justified Ancients of Mu Mu’s avec Jimmy Cauty, puis le KLF s’imposera dans les charts partout dans monde. Avec plusieurs hits, deux albums mythiques et de clips dantesques, The KLFremporte un Brit Award en 1992. Accompagné d’Extreme Noise Terror, le groupe de l’année s’auto-saborde en jouant en mode thrash metal son hit « 3.A.M. Eternal » dans une version qui provoque la nausée chez une partie du public.

L’acte de bravoure précède une retraite définitive du monde de la musique le 14 mai 1992, avec destruction de leur back-catalogue. Les deux acolytes créent dans la foulée la K Foundation, une entreprise d’art terroriste, qui les verra brûler un millions de livres sterling en billets sur l'Ile de Jura en Ecosse et enterrer leur trophée des Brit Awards dans un champ près de Stonehenge.

Depuis, Drummond multiplie les projets les plus étranges, réalisant un tour du monde pour ses peintures trois mois chaque année de 2014 à 2025, organisant aussi sur plusieurs radios de 2005 à 2009 un jour sans musique pour dénoncer l’appauvrissement de la création actuelle et le rôle négatif de notre société. Le film Imagine Waking Up Tomorrow and All Music Has Disappeared du Suisse Stefan Schwietert suit ainsi ce personnage fantasque organiser l’un de ses happenings intitulé « The 17 » où il sillonne le Royaume-Uni dans sa Land Rover pour enregistrer des voix vivant sur une même latitude. Des travailleurs d’un chantier, les ouvriers d’une fabrique, des retraités, les clients d’un bar, des chauffeurs de taxis…

Bill Drummond lying in the Dead (not the Tasman) Sea. Photograph: Tracey Moberly

Bill Drummond lying in the Dead (not the Tasman) Sea. Photograph: Tracey Moberly

Drummond n’a jamais cessé de contester le courant dominant et conventionnel de l’art. Plus de vingt ans après l’enterrement de KLF , dans son travail le plus récent, les professions de la classe ouvrière se voient transposées en art actions: nettoyeur de rue, cireur de chaussures, boulanger, conducteur ou charpentier… Bill Drummond questionne non seulement la position institutionnelle de l’art, mais en propose une autre définition, tout comme dans son œuvre Making A Bed.  Ainsi rapproche-t-il l’art de la vie et inversement la vie de l’art, dans le tradition de l’avant-garde conceptuelle de Marcel Duchamp, Jean Dubuffet, Joseph Beuys et Marcel Broodthaers.

Imagine Waking Up Tomorrow and All Music Has Disappeared de Stefan Schwietert, sera projeté au festival F.A.M.E. à Paris, à la Gaîté Lyrique, le dimanche 13 mars à 14h30.