Big Jim (Harrison) has left the building

Big Jim (Harrison) has left the building
Photograph of Jim Harrison, 1970, by LaVerne Harrell Clark

Photograph of Jim Harrison, 1970, by LaVerne Harrell Clark

Depuis samedi soir, les lecteurs de Dalva, des Légendes d’Automne et de Sorcier sont inconsolables. Les lecteurs de ses poèmes aussi, car Jim Harrison, un des tenants d’une écriture américaine non citadine, comme ses potes Crumley, ou McGuane, avait réussi à réconcilier la littérature avec l’Amérique entière en l'englobant dans ses parutions, de la nature, aux indiens, en passant par les éléments, le zen et la politique.

«  L’essentiel de mes notes est composé d’images mentales. C’est pour cela que je conduis si souvent sans jamais savoir où je vais. J’ai récemment pris ma voiture pour parcourir près de 15 000 kilomètres, uniquement sur des routes de campagne. La seule manière de m’imprégner du paysage. En m’enfonçant ainsi sur ces petites routes, j’arrive aussi à mesurer le temps qui passe, à oublier mes problèmes et la banalité de l’existence. Je conduis en général le toit ouvert, en sortant le plus souvent possible ma tête de la voiture. " (Jim Harrison)  

Et, pour mieux raconter ses histoires à sa façon, bigger than life, il avait pris de multiples casquettes pour les raconter : scénariste, critique gastronomique et littéraire, journaliste sportif et automobile. Des romans monstres aussi avec un style inimitable - et du souffle quand Dalva court tranquillement sur 500 pages. Retiré depuis quelques années dans sa maison d’Arizona à Patagonia, une crise cardiaque l’a terrassé à 78 ans.

Jean-Pierre SIMARD


Poème du chalet 1986
I’ve decided to make up my mind
about nothing, to assume the water mask,
to finish my life disguised as a creek,
an eddy, joining at night the full,
sweet flow, to absorb the sky,
to swallow the heat and cold, the moon
and the stars, to swallow myself
in ceaseless flow.

J’ai décidé de ne plus rien décider,
d’assumer le masque de l’eau,
de finir ma vie déguisé en rivière,
en tourbillon, de rejoindre à la nuit le flot ample et doux,
d’absorber le ciel, d’avaler la chaleur et le froid, la lune
et les étoiles, de m’avaler moi-même en un flot incessant.


René Char II

Que sont ces légitimes fruits
de l’audace ?
Les sauts périlleux mentaux blessent
le cerveau.
J’ai parié de dormir nu
dans la neige.
Enfoncer les index dans les oreilles
jusqu’à toucher le cerveau.
Grimper au ciel à reculons car
nous autres poètes vivons à l’envers.
Il est trop tard pour séduire l’héroïne
de mes histoires.
Comment assez pourrait-il être assez
quand ce n’est pas le cas ?
La Grand-Mère n’a pas d’oreilles et alléluia
est le mot le plus obscène qui soit.
Je peux seulement l’adresser aux oiseaux, poissons et
 chiens.

© Andy Anderson

© Andy Anderson