Remercions le whistle blower du nucléaire français

Remercions le whistle blower du nucléaire français
 

Directeur financier chez EDF, Thomas Piquemal n'a pas le profil de l'écologiste infiltré, et ne ressemble en rien à ces "partisans du retour à la bougie" que le lobby du nucléaire affectionne tant de désigner à la détestation des français. Ce monstre chevelu et asocial qui voulait casser les ampoules et priver les gens de télévision pouvait peut-être encore effrayer il y a vingt ans, mais à l'ère du développement des énergies renouvelables, des panneaux photo-voltaïques et des éoliennes, des réseaux de distribution intelligents, de l'aspiration à la décentralisation des sources d'énergie, et donc du pouvoir central, il est devenu si peu opérant qu'il serait temps que les technocrates qui dirigent le tout-nucléaire français depuis plus de cinquante ans ajustent leur rhétorique au temps présent. A quoi ils ne sont visiblement pas prêts. Pour deux raisons : à peu près plus aucun des arguments avancés pour défendre avec quelques raisons pour soi l'exception française du tout-nucléaire (indépendance énergétique, coûts maîtrisables, technologie d'avenir, excellence d'un savoir-faire français exportable dans le monde entier) ne tient debout aujourd'hui. Fukushima (qui continue à faire du bruit, et chaque jour un peu plus quand on avance dans l'enquête sur tout ce que l'opérateur Tepco a sciemment caché) a sonné le glas du tout-nucléaire. Qui n'était déjà, de toute façon, plus considéré comme le seul choix raisonnable.
 

L'avenir est clairement à la recherche d'autres sources d'énergie. Et concernant les économies promises par les partisans des centrales nucléaires, elles se sont évaporées en amont devant les difficultés rencontrées dans la construction des EPR (European Pressurised Reactors), ces centrales nucléaires de l'avenir sur lesquelles la France a tout parié.  Deuxième raison pour laquelle EDF continue sa fuite en avant coûte que coûte - avec les risques dévoilés dans un coup de tonnerre par la démission de son directeur financier, un homme assez lucide pour ne pas vouloir endosser la responsabilité future d'avoir fait signer des contrats aux clauses fatales, tant l'entreprise française est désespérée de les signer, et qui pourraient bien causer sa banqueroute, après celle d'AREVA, l'autre acteur du nucléaire français collectionneur d'erreurs, tenu à bout de bras aujourd'hui par les contribuables : le nucléaire français est depuis toujours beaucoup moins rentable qu'il ne l'a prétendu, et dissimule avec la complicité des politiques et des syndicats des frais cachés qu'il repousse toujours devant lui, plus loin, toujours plus loin.

Que faire du traitement des déchets nucléaires ? Comment financer le démantèlement ou la remise aux normes des centrales, qui arrivent bientôt en masse à date de péremption, d'où les dix années de sursis que vient de leur accorder la plus singulière ministre de l'écologie qui soit, celle du prolongement bien obligé de l'option nucléaire ? La Cour des comptes vient d'estimer à cent milliards d'euros (sans pouvoir réellement entrer dans les comptes d'EDF) la somme nécessaire pour simplement maintenir le parc nucléaire dans la décennie qui vient. Cette fuite en avant, cette remise au lendemain du retour à la réalité des chiffres, cette sous-estimation systématique et couverte par les politiques des coûts du nucléaire français oblige à aller encore plus vite, à se faire plus optimistes  que nature pour ne pas devoir immédiatement s'effondrer. Que le nucléaire français se développe encore ou que nous cessions d'y avoir recours, les coûts sont énormes de toute façon.

On ne ferme pas une centrale comme on éteint une lampe. C'est sur ce chantage à l'impossibilité de revenir en arrière que repose aujourd'hui l'industrie française du nucléaire. Empêchant d'autant le développement en France d'autres technologies qui lui seraient alternatives. Le moderniste Emmanuel Macron vient lui-même de le reconnaître à sa façon en apportant déjà son "soutien" au contrat anglais d'EDF qui semble pourtant fou au directeur financier engagé dans les négociations. Celui-ci tire l'alarme au risque de sa carrière. Celui-là, le ministre, suit tous ceux qui l'ont précédé en fermant les yeux. Bien obligé. C'est peut-être sa première grande erreur.

George & Orwell

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