"Pour un cinéma qui mette en avant le peuple contre les puissants"

"Pour un cinéma qui mette en avant le peuple contre les puissants"

Ironie de l'histoire … quelques jours après que la police ait évacué de force la Cinémathèque française qui était squattée pour lutter contre la loi Travail, c'est à Cannes que l'on prime les déboires d'un chômeur. Loué soit Ken Loach, en verve contre le 49/3, sa mère, émois …

C’est la surprise de cette 69e édition du Festival de Cannes, le réalisateur Ken Loach a remporté la Palme d’Or pour son film ‘Moi, Daniel Blake’ qui était pourtant loin des favoris des critiques du monde entier. On attendait le Québécois Xavier Dolan pour ‘Juste la fin du monde’ et c’est finalement le Grand Prix qui lui a été décerné par le jury, présidé par George Miller. Le jeune cinéaste canadien s’est d’ailleurs illustré par un discours empreint d’émotion, citant Anatole France : ‘’Je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence.’’

Ken Loach - Moi, Daniel Blake 2016

Ken Loach - Moi, Daniel Blake 2016

Ken Loach obtient ainsi sa seconde Palme d’or de sa carrière ; le jury du festival de Cannes a récompensé son film Moi, Daniel Blake, nouveau réquisitoire contre les injustices sociales à suivre le parcours kafkaïen d’un chômeur malade pour toucher des aides.

Un film n’est pas un mouvement politique, une fête ou un article de presse. C’est juste un film et, au mieux, il vient s’ajouter à la vindicte populaire. Ken Loach

Ken Loach - Jimmy's Hall (2014)

Ken Loach - Jimmy's Hall (2014)

Le cinéaste britannique a profité de la remise du prix pour dénoncer « l’austérité » et les « idées néolibérales ». « Ce monde dans lequel nous vivons se trouve dans une situation dangereuse », a déclaré le réalisateur de 79 ans en recevant son prix. « Ces pratiques néolibérales ont entraîné dans la misère des millions de personnes, de la Grèce au Portugal, avec une petite minorité qui s’enrichit de manière honteuse », a-t-il ajouté, disant « espérer » que se maintienne « un cinéma de protestation, un cinéma qui met en avant le peuple contre les puissants ».

Six fois primé à Cannes, où il avait reçu la Palme d’or en 2006 pour "Le Vent se lève", Ken Loach rejoint avec cette récompense le club fermé des réalisateurs ayant reçu deux fois la Palme d’or, aux côtés des frères Dardenne, d’Emir Kusturica ou de Michael Haneke.


► Le Palmarès 2016 :


Palme d’or : « Moi, Daniel Blake » du Britannique Ken Loach
Grand Prix : « Juste la fin du monde » du Canadien Xavier Dolan
Prix de la mise en scène ex-aequo : le Roumain Cristian Mungiu pour « Baccalauréat » et leFrançais Olivier Assayas pour « Personal Shopper »
Prix du scénario : l’Iranien Asghar Farhadi pour « Le Client »
Prix du jury : « American Honey » de la Britannique Andrea Arnold
Prix d’interprétation féminine : Jaclyn Jose dans « Ma’Rosa » du Philippin Brillante Mendoza
Prix d’interprétation masculine : Shahab Hosseini dans « Le Client » de l’Iranien Asghar Farhadi
Camera d’or : « Divines » de la Française Houda Benyamina
Palme d’or du court métrage : « Timecode » de l’Espagnol Juanjo Gimenez