Style - Grupo Bondi, un mobilier tout émotionné

Style - Grupo Bondi, un mobilier tout émotionné
Les Trichaises: dégénérées en trois générations

Les Trichaises: dégénérées en trois générations

"somos como una banda de rock
que en vez de hacer canciones
hace objetos
(y además no seria rock)"

Nous sommes comme un groupe de rock 

qui ferait des objets au lieu de chansons

(et en plus, ce ne serait pas du rock)

El Studio Bondi

 

Venus de loin, Buenos Aires, et partis assez loin dans leur tête, aussi, les deux designers dérangés/dérangeants du Grupo Bondi, Ivan Lopez Prystajko et Eugenio Gomez Llambi, proposent une alternative purement poétique, mais pratique aussi, praticable, concrète, on serait tenté de dire, aux sempiternels meubles de parcs et d'espaces publics, qui ont bien intégré les sympathiques chaises rivées au sol sur quelques places, qui intimident les passants, et incitent à peu près autant les passants à s'y asseoir pour lire leur journal qu'une statue d'écrivain donne envie de lire ses livres, mais continuent à manquer terriblement de ce rien d'émotion qui fait battre le coeur, et s'interroger sur ce qui se passe dans la ville, à cet endroit où on est, pour peut-être agir et penser autrement: là, soudain. Cet effet Dolce Vita, se jeter dans la fontaine, s'embrasser sous l'obélisque de la Concorde, s'allonger pour perdre la tête devant un trompe l'oeil baroque. Toutes choses interdites et non, que seule la structure policée de la ville nous dissuade de faire. Exploitant une technologie qui permet d'utiliser autour d'une structure de PVC un ciment qui permet de reproduire les détails les plus fins d'un imprimé, les plis d'une ottomane, le grain d'une tapisserie, le Grupo Bondi sort des salons du dix neuvième siècle et des chambres à coucher ces objets qui personnifient le confort bourgeois, et les mettent à la rue. En espérant qu'ils nous racontent l'histoire de ruptures avec la vie bien établie, le choix de devenir bohèmes, la possibilité, peut-être, de tirer quelque chose de bon du déclassement qui guette avec la crise, qu'a connue bien avant nous Buenos Aires, qui fut la ville la plus riche du monde dans les deux premières décennies du vingtième siècle. Ces deux designers espiègles et romantiques ont toujours eu cette démarche: comme avec leurs Trichaises, ces chaises de récupération vendues par trois, dégénérées comme les hommes à force de se reproduire entre elles, critique drôle et mordante de la production en série, ou leurs ours en peluche en ciment, rejetés comme une enfance oubliée, et survivant. 

http://www.grupobondi.com.ar/