La Culture Pop, comme évitement du politique

La Culture Pop, comme évitement du politique

L'uni­vers pop est né pour le plus grand nombre dans la musique, pour d’autres dans la pein­ture. Et même si le terme de « pop », dans les deux cas, ne cou­vrait pas le même sens, l’univers pop est passé du jetable à l’iconique. Explication

En allant débusquer les manifestations de la culture pop, François Thomazeau s’est attaqué à la musique, au design, à la littérature, aux beaux-arts et aux média. Retraçant l’histoire de la mémoire/culture jetable, il montre comment le « jetable » refuse de disparaître et s’est transformé en esthétique. Parfait sur la musique et les beaux-arts, c’est moins convaincant pour le reste. Mais ça a le mérite de bien cerner le propos. Substitute !

François Tho­ma­zeau a soin de désen­cla­ver le terme « pop », de l’offrir sous ses diverses décli­nai­sons. L’auteur pro­pose un habile tour de la ques­tion en moins de deux cents pages aussi rapides que claires. Il rap­pelle que l’art pop est « par défi­ni­tion un anti-humanisme. Son sujet n’est pas l’homme mais l’objet ». C’est un peu rapide mais pas dénué de per­ti­nence. Tho­ma­zeau montre que « la matière pop » est en quelque sorte phé­no­mé­no­lo­gique, ce qui ne lui a pas empê­ché cer­taines errances et limites. Entre autres au cinéma où pour­tant, avec  Blow-up (plus qu’avec Zabris­kie Point a priori plus “pop”), Anto­nioni a donné bien plus qu’une simple image.

La “Pop” a créé une dyna­mique esthé­tique face à un chaos d’ennuis et de condi­tion­ne­ments. Avec le temps, elle les a for­cé­ment rem­pla­cés par d’autres. Mais l’auteur prouve qu’aux USA et au Royaume-Uni prin­ci­pa­le­ment se sont créés des agglu­ti­ne­ments intem­pes­tifs, des tex­ture et des sara­bandes capables de réin­ter­pré­ter le monde. La “Pop” est donc bien plus qu’une mode : elle fut (et reste encore par­fois) une suite de dis­con­ti­nui­tés, d’éboulis, d’interférences bref des cor­pus à écou­ter, voir, lire autre­ment qu’à l’état de simples reliques. Le cri­tique en repré­cise les codes et en monte les codex.

Mais s'arrêtant là, il en affirme d'autres limites. Un peu comme si le gauchisme n'était que la maladie infantile du communisme, il n'y voit que des symboles de rupture qu'on peut de suite réacclimater, sans y voir autre chose qu'un banal surgissement, là où pourtant il y a le début d'une révolte contre l'objet (des Who à Lady Gaga ou Kanye West). A la suite de l'existentialisme et des beatnicks, la contre-culture des années 60 avait envisagé un changement de société que les divers pouvoirs ont vite étouffé, quand il s'agissait d'un rejet - et pas que d'image d'un monde mort. La culture rock a été un mode de vie au-delà du jetable, mais ne menant qu'à l'overdose, le rap a été avalé par Gucci et la techno par David Guetta. Rien n'empêche aujourd'hui de redéfinir les codes du moment présent pour s'en affranchir. Mais qui osera Pop the Weazel ?

Pop Format, petite histoire de la culture jetable de François Thomazeau, éditions Castor Music