D’ailleurs et d’ici!, (R)évolution culturelle! par Marc Cheb Sun

D’ailleurs et d’ici!, (R)évolution culturelle! par Marc Cheb Sun

D’ailleurs et d’ici!, (R)évolution culturelle! Le volume 3 de la revue D'ailleurs et d'ici, paraîtra le 8 octobre. Nous publions ici deux courts extraits de ce troisième volume, qui met l’accent sur la culture pour booster nos énergies, impulser du mouvement, raconter d’autres histoires de France et d’autres visions du monde...Au moment où tout ce qui touche à la “diversité” a franchement mauvaise presse, retour sur un projet qui vise à “décoloniser les imaginaires et apprendre à vivre ensemble”.

“D’ailleurs et d’ici !”. Le nom résume bien le défi. Affirmer l’existence d’une France plurielle, une France qui change, riche de sa diversité, au moment où les crispations identitaires prennent le dessus. Ce projet, lancé Marc Cheb Sun il y a deux ans, prend résolument le contre-pied de ceux qui font commerce du pessimisme ambiant et de la nostalgie d’une France monochrome. Le projet est à la fois culturel et militant, puisque “La société française est dans une impasse et tourne le dos à une histoire, qui a produit son métissage. D'ailleurs et d'ici, avec de belles publications (qualité d'écriture, d'images inventives et d'édition qui en font un "bel objet") veut remettre au centre les apports de celles et ceux qui sont désignés comme le problème identitaire de la France d'aujourd'hui ».

Le résultat de ce pari ? Deux tomes d’un ouvrage à cheval entre le journalisme, la fiction, le magazine, accompagné de nombreuses photos, parce que la France d’aujourd’hui, c’est aussi l’image, la couleur, la beauté, dans toute sa diversité. Bref, le contraire d’un pays déprimé qui se rêve en noir et blanc. A travers ses deux premiers tomes et le troisième volume, consacré à la culture, qui sortira en octobre prochain, D’ailleurs et d’ici !” donne la parole à ceux dont on parle, mais dont on entend rarement la voix. Un livre-cocktail énergétique, qui donne à voir et à lire, la richesse de la France d’aujourd’hui dans tous les domaines : arts en fusion, tensions urbaines, (ré)invention de la langue, explosion des saveurs de la French cuisine revisitée, mais aussi chapitres de la mémoire commune réinvestis.

Une trentaine de personnes ont participé au projet : enseignants, éducateurs, artistes, entrepreneurs, journalistes, militants, associatifs, parmi lesquels Lilian Thuram, Rokhaya Diallo, l’historien Pascal Blanchard, le chorégraphe Medi Slimani, la chanteuse Bams, le comédien Frédéric Chau ou encore l’écrivain Walid Hajar.

Il fallait beaucoup de culot et d’énergie pour fédérer une telle diversité de talents et donner comme  titre pourle deuxième volume, sorti à l’automne 2015, L'énergie musulmane. Mais le culot, Marc Cheb Sun n’en manque pas. Fils d’un égyptien et d’une italienne, il a grandi à Saint-Ouen, non loin de la “zone”, comme on disait encore à l’époque, avant que le terme cite ne s’impose. Après s’être longtemps cherché, c’est en Allemagne qu’il a trouvé sa voie, à une époque où les étrangers étaient la cible d’agressions racistes. De son indignation naîtra un journal où se rencontrent Allemands et étrangers. De retour en France, il crée, sans un sou, un magazine “urbain, social et métissé” : Respect magazine, qui affiche en Une la diversité. A cette époque, les comités de rédaction de ce trimestriel sont animés et foisonnants. Un joyeux bordel qui a alimenté plusieurs numéros de ce magazine singulier, où la “diversité” s’affiche aussi sous des angles insolites.

Avec ce troisième volume à paraître le 8 octobre, en kiosque, point Relais et maisons de la presse, l’objectif est de battre en brèche “le pessimisme des identitaires, qui sentent leur culture assiégée ». Certes, les voix qui se font entendre, libres et créatives, peuvent bousculer. Mais elles ont le mérite de porter « d’autres images, d’autres récits ». Et de prendre résolument à contre-pied les « nostalgiques de l'empire colonial, même s'ils ne prononcent pas ces mots, car ils sont bien trop tabous pour eux ».

Véronique Valentino

(R)évolution culturelle ! Volume 3 de la revue "D'ailleurs et d'ici", 140 pages, format Belle édition. A retrouver, en promotion, sur Different news : http://differentnews.org/

Extraits de la revue :

600 euros, le film à ne pas manquer cette semaine !

«Quand j'étais en rendez-vous avec France Télévisions pour présenter mon premier long métrage, la dame m'a dit, très gentiment d'ailleurs : «Votre film est vraiment très bien. Mais nous, ici, on fait des chaînes de vieux".

Le film en question, c'est "600 euros", sorti cette semaine dans plusieurs de salles. Et son homme-orchestre, c'est Adnane Tragha. Oui, il a tout fait. Tout, et tout seul ! Scénario-réalisation-image-son. «Pas question de chercher des bénévoles pour un long, et comme je n'avais pas de budget, je m'y suis mis sans équipe.» «Épuisant» reconnaît-il, «mais j'adore les challenges».

Et le résultat vaut le détour. Le personnage central oscille entre hyperréalisme et figure de BD, entre tragique et fantaisie. Une comédie sociale sur fond d'élection présidentielle, d'abstention massive et de montée du FN. Des thèmes plutôt rares dans le cinéma français. Du cinéma citoyen, oui, mais pas moraliste ni prêchi-prêcha, du cinéma quoi, enlevé, très bien interprété, avec une vraie poésie populaire, voilà qui devrait motiver les festivals en ces temps politiquement troublés ? «Non, y en a aussi plein que ça n'intéresse pas.» Bon... Laissez-moi préciser une chose : n'allez pas croire que Tragha soit un énervé. Tout le contraire. N'empêche, le constat est là : «Oui, les festivals sont peu concernés par ces sujets... C'est comme les commissions du Centre National de la Cinématographie (CNC). Désolé, mais certaines thématiques les sensibilisent assez peu. Je n'ai jamais vu de films sur l'islam, par exemple, avec des personnages musulmans positifs. Pas par manque de scénarios, mais parce qu'ils ne sont pas soutenus. À croire que la banlieue sans le sensationnel deal-tournantes-islamistes, ça ne fait pas rêver. Moi, dans ma vie, la diversité, est, à l'évidence, partie prenante de mon imaginaire, je n'ai pas besoin de forcer la dose.» Par contre, je fais attention à ne pas alimenter les clichés. Dans 600 euros, le comédien noir joue un libraire. Il faut des contrepoids, marre d'envoyer des jeunes au casse-pipe à force d'images négatives !»

Aucun héros

Adnane cite Akhenaton : Aucun héros à notre image, que des truands. L'identification donne une armée de chacals puants. «Trop de comédiens arabes et noirs acceptent des rôles pleins de clichés, ok ils ont besoin de bosser...  Heureusement, on a des Sami Bouajila, des Roschdy Zem. C'est plus dur pour les Noirs. Omar Sy en avocat, ce n'est pas pour tout de suite. J'ai été instituteur. Je connais les besoins en termes d'identification. En 2004, mon mémoire de fin d'école de maître portait sur les albums pour enfants. Les seuls gamins noirs qu'on y voyait, c'était dans des albums dits «africains». Que des enfants à poil, comme dans Kirikou. Une fois, à partir de ces images, j'ai demandé à des CE2 (ils ont huit ans) d'imaginer une ville africaine. Résultat : pour eux, c'était un petit village, pas de voitures ou de vraies maisons. Moi, à mon niveau, je veux participer à rectifier les choses. C'est un devoir. Et ça ne bloque pas ma fiction, bien au contraire. Ça me fait rêver...»

Marc Cheb Sun

Distribution : La 25ème heure.

 

Culture tzigane en danger : le Cirque Romanès sur la corde raide

«La richesse culturelle de la France c'est sa diversité. Et le Cirque Romanès en fait partie», tacle Délia Romanès qui dirige, avec Alexandre, son mari, «l’unique cirque tzigane au monde». Juin 2015, ils installent leur petit chapiteau square Parodi, dans le très chic 16ème arrondissement de Paris. Le début des ennuis : dégradations, intrusions, vols… La troupe est la cible de nombreuses attaques xénophobes. Implanté à Paris depuis 22 ans, le cirque n’avait jamais reçu un tel accueil. Certains riverains, soutenus par Claude Goasguen, maire de l'arrondissement, les traînent en justice, lancent des pétitions pour les chasser. D’autres vont jusqu’à dire qu’il n’y aurait plus de chats dans le quartier... car les gitans les mangent ! Pour se protéger, les artistes barricadent leurs caravanes avec du bois. Et les repeignent en vert afin d'être plus discrets. Ambiance... Les détériorations ont engendré de graves difficultés financières et la troupe se retrouve dans une situation critique. D’autant que, depuis les attentats, les salles de spectacle encaissent une baisse générale de fréquentation. «Le combat continue», affirme Délia, la terrible, qui organise une cagnotte en ligne, espérant récolter 60 000 euros. La somme nécessaire afin de racheter le matériel détruit depuis un an, «pour que notre art et notre culture perdurent».

Avec "La Lune tzigane brille plus que le soleil !", les Romanès proposent un spectacle unique en son genre. Mots d’ordre : joie de vivre, humour et partage. Ici, pas d’animaux de foire ni de clowns. Un festival de musique, jonglage, funambulisme... Et surtout, beaucoup de poésie.

Maral Amiri

Les soutenir : https://www.helloasso.com/associations/les-etoiles-multicolores/collectes/soutien-au-cirque-tzigane-romanes