Huang Rui et l'art de l'après Mao

L’œuvre de Huang Rui constitue une introduction bienvenue à l’histoire de l’art chinois contemporain et un repère indispensable pour en saisir l’évolution, après la Révolution Culturelle (1966-1976). Huang Rui revient ici sur la signification de cette année 1976, celle de la mort de Mao qu’il a choisi comme titre à cette exposition. Une année charnière marquée par des bouleversements et des mouvements de contestation qui furent à l’origine du « printemps de Pékin ».

Groupe des étoiles, 1979. A gauche : Wang Keping. Huang Rui.

Groupe des étoiles, 1979. A gauche : Wang Keping. Huang Rui.

Huang Rui, né à Pékin en 1952 est un artiste remarquable pour son rôle historique et politique au sein de l'avant-garde chinoise. D'abord en tant que co-fondateur avec Bei Dao et Mang Ke du journal underground Today, puis en 1978 du premier groupe d’artistes de l’avant-garde chinoise, Xing Xing (Les Etoiles) avec Wang Keping, Ma Desheng et Ai Wei wei. Il l'est tout autant par son rôle essentiel dans la création de la Zone d’Art 798 à Pékin en 2002 avec ses efforts pour la protéger de la démolition en 2004 et 2005 qui aboutirent ,en 2006, à la protection du site et sa reconnaissance officielle, grâce au lancement du Dashanzi Art Festival (DIAF) qui en assure la promotion. S'il n'est pas aussi médiatisé que Ai Wei Wei, il a la même importance historique dans l'histoire de l'art contemporain.

White & Black 1989

White & Black 1989

Huang Rui précise : « 1976 a pour moi valeur symbolique. 40 ans plus tard je réalise quelle fut l’importance de cette année pour moi. En 1977 et 1978, j’ai réalisé plusieurs œuvres à propos de cette année 1976. Par leur caractère abstrait, elles pouvaient représenter la situation dans laquelle je me trouvais alors. Aujourd’hui, 1976 (un diptyque de 2016) est pour moi une œuvre qui réunit le temps et l’espace dans une forme abstraite. Elle fait partie de mes Language Color Paintings. Cette exposition en compte plusieurs. Elles témoignent de mes constantes recherches sur les rapports entre le langage et la couleur. »

Les Language Color Paintings sont intimement liées à la calligraphie car, pour l'artiste, les textes sont des images, à la fois forme et contenu,  intégrés à la structure même de la peinture.

Parallèlement, avec la performance, il ajoute la dimension live au langage. Déjà, ses Space Structure Paintings de 1984, dont quelques exemples seront présentés pour la première fois à Paris dans cette exposition, Huang Rui traçaient une cartographie à partir de l’étude de l’architecture chinoise ancienne, en particulier de la Cité Interdite et son quartier des anciens hutongs, pour représenter une autre réalité que celle du réalisme socialiste.


Mais cette voie personnelle, fondée sur le recours à un langage de couleurs « murales » ou « végétales » : bruns rouges ou gris vert ou bleu des constructions et des cours du vieux Pékin représente moins un relevé qu’un ensemble de combinaisons inspirées du fameux I Ching ou Livre de Divination. Ainsi pour le vernissage de l’exposition, le 3 septembre, Huang Rui s'est livré à une performance intitulée « î», un concept de spatialité sous forme de figures abstraites, les hexagrammes ou Bagua (2015). L'avant-garde n'hésite pas à jouer des figures historiques de la culture chinoise, en se la réappropriant à son avantage et en la détournant.

Jean-Pierre Simard

Huang Rui 1976 , du 3/9 -> 15/10/2016
Galerie Zürcher  56, rue Chapon75003 Paris