Les Bonnes, version brésilienne

On estime à 7.2 millions le nombre d'employés domestiques au Brésil, dont 93% sont des femmes, noires pour 61.6% d'entre elles. Et ce n'est pas indifférent dans une société longtemps basée sur l'esclavage, et où le fossé entre riches et pauvres reste énorme. Une nouvelle loi passée en 2015 (mais restera-t-elle en vigueur ?) leur donne des droits en principe équivalents à ceux des autres travailleurs. Ce qui pourrait signifier la fin d'un mode de vie des classes supérieures et moyennes basé sur le fait qu'ils n'ont jamais rien fait à la maison, les domestiques ne coûtant rien ou presque. Même problème potentiel en Inde et dans de nombreux pays où la main d'oeuvre était traditionnellement quasi-gratuite et généralement soumise. 

Longtemps discriminés, les employés domestiques brésiliens ont vu en 2015 l’entrée en vigueur de la PEC das domésticas, il s’agit d’un amendement constitutionnel visant à obtenir l’égalité juridique entre travailleurs. Cet amendement représente un tournant majeur car il bouscule l’ensemble de la société brésilienne qui demeure encore très hiérarchisée*. 

Le travail de domestique sous sa forme actuelle est donc en passe de disparaître. La transition sera difficile, mais les familles brésiliennes – toutes les familles – devraient se réjouir de cette évolution.

A quelques heures du Nouvel An, Silvia Hauschild, avocate de São Paulo, mère de deux enfants, se prépare, sereine, pour le dîner du Réveillon. Elle comptait sur l’aide d’une femme employée pour la journée, mais elle se trompait : sans préavis, l’employée lui avait fait faux bond. « Nous avions des invités pour le dîner et pour le barbecue du 1er janvier », explique Silvia. Cet incident survenu chez cette avocate le 31 décembre pourrait être considéré comme un simple accident de parcours. Il n’en est rien.

Il s’inscrit en fait, dans un cadre bien plus large, qui marque l’entrée du marché du travail brésilien dans le 21ème siècle : la disparition des domestiques sous leur forme actuelle. La mère de notre avocate, de classe moyenne bien établie, avait des employées jour et nuit à la maison. Silvia a une employée qui ne dort pas chez elle et elle sait qu’elle ne peut pas compter sur elle éternellement. Dans les années à venir, ce personnage, omniprésent dans les foyers brésiliens de classe moyenne et supérieure, va tout simplement disparaître, du moins sous la forme que nous connaissons. Ce phénomène ne va pas se produire à la même vitesse dans toutes les régions du Brésil mais il est en cours à São Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte ou Porto Alegre, et il va inévitablement faire tache d’huile. Et de ce fait, les maisons brésiliennes vont devoir évoluer.

Ce changement gigantesque est mû par trois facteurs simultanés : une meilleure répartition des revenus dans les régions, une croissance de l’économie et l’accès de l’ensemble de la population au système éducatif – ce qui entraîne une sorte de révolution culturelle. La question régionale est assez facile à comprendre. L’augmentation des revenus dans le Nordeste a tari la source des employées bon marché. Les gamines qui, auparavant, allaient travailler dans les maisons des familles du Sudeste peuvent désormais travailler chez des familles de classe moyenne de leur région ou trouver un autre type d’emploi, sans partir très loin. La croissance économique, quant à elle, offre aux jeunes filles qui travaillaient comme domestiques dans le Sudeste d’autres perspectives d’emploi ou de carrière. Elles peuvent choisir entre une activité d’employée de maison et d’autres, plus rémunératrices ou plus intéressantes à long terme. Enfin, la révolution culturelle : la scolarisation aidant, les jeunes filles brésiliennes ne souhaitent tout simplement plus travailler chez les autres – phénomène qui s’est déjà produit dans d’autres pays. Travailler comme domestique est socialement stigmatisant et va de pair avec un manque intrinsèque de perspectives professionnelles et ce n’est pas une simple augmentation de salaire qui peut compenser ces carences. Quand on a le choix, on préfère éviter de travailler chez les autres, quitte à gagner moins.

Cette transformation ne s’est pas faite en un jour. Le Brésil s’était habitué à l’abondance de domestiques tout au long de ces quelques 200 dernières années. Et même avant l’abolition de l’esclavage en 1888, nombre de jeunes filles de toutes origines migraient de la campagne vers les villes pour y travailler chez des familles plus riches, s’extirper de la pauvreté et accroître leurs chances de trouver un bon mari. Elles se retrouvaient captives de relations douteuses, entre travail et famille, prises dans un écheveau de parrains, marraines, autres employés et faveurs. Normalement, ces jeunes filles recevaient le gîte et le couvert en échange de leur « aide » pour les tâches domestiques – comme l’explique l’économiste Hildete Pereira de Melo, de l’Universidade Federal Fluminense (UFF ), qui étudie depuis vingt ans l’évolution du travail domestique dans l’histoire du Brésil. Au cours de la seconde moitié du 20ème siècle, cette « aide » s’est transformée en un travail rémunéré. Mais ce marché est resté dépendant des poches de pauvreté, des inégalités de revenus entre les régions et du nombre d’adultes analphabètes. Tous ces facteurs réunis ont garanti, jusqu’à récemment, une offre constante de personnes prêtes à rejoindre les grandes villes, à vivre dans la maison d’un autre et à travailler pour des salaires très bas, juste assez faibles pour tenir dans le budget d’une famille de classe moyenne ordinaire. Cependant, ces arrangements ont fait fonctionner l’économie bien en-deçà de son potentiel. Une part trop importante de femmes (17% des femmes actives) travaille comme domestique rémunérée. Cela peut paraître précieux aux yeux des familles qui savent pouvoir compter sur une employée efficace et digne de confiance. Cependant, c’est une activité peu productive pour la société et qui n’incite pas à étudier (du fait de journées de travail imprévisibles) et qui tolère le travail informel – on ne paye ni impôts, ni cotisations retraite pour ces employées. Il s’agit donc d’une structure néfaste pour l’économie. Au cours de ces dernières années, elle a commencé à s’effondrer

La classe A concurrencée par la classe C [1] 


En 2007, pour la première fois de l’histoire, le nombre de femmes travaillant dans le commerce s’est rapproché du nombre de domestiques (emploi qu’occupent encore majoritairement les femmes au Brésil). Le nombre de personnes prêtes à accepter n’importe quelles conditions de travail a diminué. « Il devient difficile pour une famille de s’aligner sur une entreprise quand il s’agit d’embaucher quelqu’un pour huit ou dix heures par jour », explique l’économiste Heron do Carmo, de la Fundação Instituto de Pesquisas Econômicas (Fipe [2] ), de l’Université de São Paulo.

Pour autant, ces transformations n’ont pas encore entraîné la disparition complète des domestiques au Brésil. Les statistiques nationales surprendront sûrement celles et ceux qui éprouvent quelques difficultés à embaucher ou à garder une nounou dans les grandes villes du Sud et du Sudeste. En 2009, le Nordeste et le Centro-Oeste se sont distingués par l’augmentation de la part de femmes qui offrent une prestation domestique rémunérée. La part de ma main d’œuvre employée aux tâches domestiques se maintient autour de 7,8% depuis une dizaine d’années. Quelque 6,7 millions de femmes et 500.000 hommes travaillent en tant que domestiques, cuisinières, nounous, chauffeurs ou jardiniers. Les domestiques, toutefois, se font plus rares dans les quartiers riches et les plus grandes villes parce que l’offre de travail y a progressé. Une nouvelle classe moyenne prospère et offre aux domestiques la possibilité de travailler plus près de chez elles, au lieu de parcourir de longs trajets jusqu’aux quartiers les plus riches. Autrement dit, la classe C dispute maintenant cette main d’œuvre aux classes A et B.

Dans cette nouvelle conjoncture, la réaction des employées de maison, partout au Brésil, a été de profiter de la situation pour améliorer le salaire. « Les employées de maison des grandes villes ont été les premières, mais la pénurie va se faire sentir dans le reste du pays d’ici quelques années », nous apprend la sociologue Luana Pinheiro, co-auteure d’une étude pour le compte de l’IPEA [3] . Dans les années à venir, le travail payé à la journée va se transformer en travail payé à l’heure. Les prestations seront calculées sur une base horaire ce qui permettra à ces personnes de travailler chaque jour dans plusieurs maisons, comme cela se pratique en Europe et aux Etats-Unis. Le modèle de l’employée qui dormait sur place et faisait presque partie de la famille tend à disparaître.

La fin du travail domestique façon 20ème siècle est une excellente nouvelle. Le pays progresse et s’enrichit de millions de femmes qui se consacrent à des activités plus productives et qui requièrent un niveau d’études plus élevé. Bien que le Brésil soit seulement au début de ce chemin, le parcours est relativement connu puisqu’il a été emprunté par d’autres pays. Au Royaume-Uni, la transformation s’est produite à la fin du 19ème siècle, lorsque le pays était encore la première puissance mondiale et que l’économie traversait une période d’euphorie avec les investissements dans les infrastructures et technologies. L’amélioration de la scolarisation des petites filles britanniques, dès la fin du 19ème siècle, avait déjà commencé à réduire le nombre de jeunes filles pauvres prêtes à s’engager comme employées de maison. Les employeurs ne se sont pas facilement habitués à cette nouvelle donne. Le livre The servant problem : an attempt at its solution [4], paru en 1899, affirmait sans ambages que nombre de cuisinières étaient devenues alcooliques et insolentes. « Après tant de problèmes et de gaspillage, quand nous réussissons à garder nos employées, il faut leur permettre de faire ce qu’elles veulent, sinon elles ne resteront pas. » Ce jugement rappellera quelque chose aux familles brésiliennes de classe moyenne.

Après la Première Guerre Mondiale, qui a contraint quelque deux millions de femmes à trimer dans les usines anglaises, ces dernières n’ont pas repris le travail domestique, et le marché du travail a évolué sans possibilité de retour et dans le bon sens. Aux Etats-Unis, l’écrivaine Christine Frederick a traité le même sujet en 1926, dans un livre intitulé :The new housekeeping [5] . Ce texte était progressiste : le témoignage d’une patronne visionnaire nous apprenait qu’elle avait abandonné sa manière « dictatoriale » de gérer son employée de maison pour la remplacer par une « administration scientifique » des tâches domestiques. Ce diagnostic de la situation américaine d’alors rappelle le Brésil actuel. « On recrute chaque année de moins en moins de domestiques, et la vague d’Irlandaises et d’Allemandes qui assuraient ce travail il y a vingt ans est en train d’être remplacée par des filles venues d’Europe du Sud, de Bohême, des Slaves, beaucoup plus difficiles à former à notre idéal américain. Mais même cette source-là se tarit ». Au Brésil aujourd’hui, comme aux Etats-Unis d’alors, les jeunes filles issues de familles pauvres prennent en compte d’autres éléments que le seul salaire. Elles recherchent des perspectives.

Le salaire n’est pas le seul enjeu


On ne compte plus les histoires comme celles de Maiara Zimmer, gaúcha[6] de 17 ans, fille d’une employée de maison. Maiara commence à travailler comme femme de ménage, journalière, dès l’âge de 15 ans, puis décide de tenter d’autres voies professionnelles. Elle envoie des CV et, 19 jours plus tard, est embauchée par la chaîne de restauration rapide McDonald’s pour prendre les commandes de clients depuis leur voiture. Après quatre mois à ce poste, récompensée par une prime pour son engagement, elle est retenue pour un cours technique en Administration. L’année dernière, elle a passé son vestibular[7] en Administration lui donnant accès à une faculté privée de Porto Alegre. Cette année, la jeune fille, qui aurait pu continuer à faire le ménage, va commencer ses études universitaires, tout en travaillant comme formatrice pour les employés des comptoirs de l’aéroport international de Porto Alegre. « Si j’étais restée domestique, je serais prisonnière de la même chose. Dans une entreprise, on peut commencer tout en bas de l’échelle et grimper les échelons », dit-elle. Ce sont ces opportunités qui ont tant enthousiasmé Maiara et qui aident à expliquer ce qui manque dans la vie d’une employée de maison – et qui ne peut être compensé par de l’argent.

La majorité d’entre elles préfère échapper à ce type d’environnement, pour une raison qui n’a rien à voir avec le salaire : le travail domestique est lourdement stigmatisant. « Ce n’est pas un travail que l’on prend au sérieux », indique Luana, de l’IPEA. « Les relations entre patronne et employée n’ont pas grand-chose de professionnel. Une jeune fille qui va travailler dans le commerce ou le télémarketing se sent plus valorisée ». L’ingénieure Isabella Velletri et l’avocate Priscila Leite, à la tête de l’agence d’employées Home Staff, sont confrontées tous les jours à ce problème. « Les préjugés de certains employeurs potentiels sont choquants », affirme Isabella. « Nous rencontrons des gens qui attendent un engagement presque total, avec un repos tous les quinze jours, contre un salaire très bas. Ces personnes-là n’offrent à l’employé aucune perspective, aucune possibilité de suivre des cours. De ce fait, nombre de jeunes considèrent le travail domestique comme une activité dont il faut s’échapper au plus vite ».

Dans la mesure où les filles d’employées de maison se mettent en quête d’autres horizons professionnels, cette catégorie vieillit rapidement – la part des plus de 30 ans est passée de 53% à 73% en dix ans. Le parcours de Maria de Fátima dos Santos devient courant : à 57 ans, elle travaille depuis 33 ans dans des familles différentes. Comme journalière, elle gagne 1.600 R$ (reais) [8] par mois. Elle se dit satisfaite de son travail, elle qui a terminé ses études secondaires et ne pense pas revenir sur les bancs de l’école. A ses filles, cependant, elle applique un traitement différemment. Fátima a donné à ses trois filles la possibilité d’aller à l’université. Pour payer leurs études, elle a augmenté le nombre de ménages, sacrifiant weekends et jours fériés. « Elles sont ma plus grande fierté », dit-elle. Aucune des trois ne travaillera comme domestique.

Le déclin des métiers « serviles »


Ce phénomène se reproduit dans d’autres secteurs qui font partie du quotidien des Brésiliens mais paraissent complètement exotiques aux yeux de pays plus développés. La course des jeunes aux professions mieux rémunérées et mieux perçues tend à faire disparaître des fonctions que l’économiste Naércio Menezes, de l’Ecole de commerce Insper, qualifie de « serviles ». Il s’agit de prestations de services non spécialisés, tels que cireur de chaussures, empaqueteur, préposé au stationnement des voitures, jardinier ou nounou sans aucune qualification. Cela entraîne aussi la disparition de nombreux postes de travails tels que ascensoriste, pompiste, receveur-contrôleur de tickets de bus, autant de menues tâches que l’on peut faire soi-même en tant que consommateur, avec l’aide de la technologie idoine. Suivent le même chemin, les excès de main d’œuvre visant à impressionner la classe moyenne tels les nombreux vendeurs qui s’agitent en tous sens dans les magasins bon marché. « Au Brésil, vous mettez un pied dans un rodízio [9] et vous êtes encerclé. En France, il y a de bons restaurants où ne travaillent qu’un ou deux serveurs », indique l’économiste João Sabóia, professeur à l’Universidade Federal do Rio de Janeiro et spécialiste du marché du travail. Cette évolution va modifier certaines activités et susciter de nouvelles opportunités. « Dans nos laveries du monde entier, on rajoute un employé lorsque plus de six personnes sont dans la file d’attente. Au Brésil, s’il n’y a pas deux employés en permanence, je me fais lyncher », explique Nelcindo Nascimento, directeur Amérique Latine de 5àSec, première franchise de laveries au monde. « Un réseau de laveries a fait faillite au Brésil il y a quelques années. Il avait adopté le modèle américain de self-service, avec des machines à pièces de monnaie. D’ici quelque temps, cela devrait pouvoir fonctionner. »

A l’avenir, les professionnels devront être mieux acceptés ; une cuisinière compétente pourra fournir ses services à plusieurs familles, au lieu de se répartir entre la cuisine et le ménage chez une seule et même famille. C’est l’évolution normale d’une économie qui devient de plus en plus sophistiquée à mesure que ralentit la croissance de la population, explique M. Sabóia : « Le changement doit se produire pour que le pays puisse se développer. Les gens se détournent des activités moins productives au profit d’activités plus productives. »

Le changement de comportement des employeurs et des employées de maison, tout au long des dernières décennies, a été montré à la télévision et au cinéma. Dans un premier temps, les domestiques sont apparues sur les écrans brésiliens comme figurantes. Elles n’étaient alors que de simples indicateurs du niveau de richesse du maître de maison. Le feuilleton télévisé O grito (Le cri), en 1975, a été le premier à montrer une employée qui change de condition sociale – Albertina, incarnée par l’actrice Ruth de Souza, est si articulée qu’elle devient conseillère de sa patronne. « A partir de là, les auteurs ont compris qu’elles pouvaient faire plus que servir le café », affirme Mauro Alencar, docteur en télédramaturgie, diplômé de l’Universidade de São Paulo (USP). Puis sont apparues des protagonistes comme Raimunda (interprétée par Cláudia Missura) et ses collègues dans le film Domésticas, en 2001. En 2009, dans le feuilleton Cama de gato [10] , Rose, femme de ménage interprétée par Camila Pitanga, a réussi à changer de travail. En avril, une nouvelle telenovelaMarias do lar [11] (sur la chaîne TV Globo), aura pour protagonistes des domestiques plus instruites et ayant des ambitions professionnelles. Il s’agit d’un changement symbolique important, qui souligne la possibilité d’une ascension sociale.

Un réseau de laveries a fait faillite au Brésil il y a quelques années. Il avait adopté le modèle américain de self-service, avec des machines à pièces de monnaie. D’ici quelque temps, cela devrait pouvoir fonctionner.
— Nelcindo Nascimento, directeur Amérique Latine de 5àSec, première franchise de laveries au monde.

L’apparition de nouvelles valeurs et d’une nouvelle sensibilité ne concerne pas uniquement les employées. Les familles qui les recrutaient auparavant vivent maintenant des changements culturels, déterminés à la fois par des influences intellectuelles étrangères (la classe moyenne a compris que ce mode de relation était mal perçu dans les pays développés) et par une évolution concrète de leurs conditions de vie.

La taille des logements en est un exemple. En quatre ans, la part des appartements d’une surface supérieure à 90 m² a chuté, passant de 43% à moins de 16%. « Les appartements de plus de 100 m² ont encore une chambre pour l’employée, mais la grande majorité des acheteurs l’utilise à d’autres fins et abat la cloison », indique Cyro Naufel Filho, directeur de Lopes, agence conseil en immobilier. Dans ces nouveaux espaces, il est impossible de perpétuer la ségrégation d’antan entre la casa grande et lasenzala[13], existant dans les grandes demeures du passé. Mais ce n’est pas une pure question d’architecture. Un nombre croissant de Brésiliens ne se sent pas à l’aise avec un mode de relation que la génération précédente cultivait naturellement avec les domestiques – autoritaire, paternaliste, assistancialiste et conduisant à la dépendance. Le contact était intrusif de part et d’autre.

« Mon mari et moi avons eu des employées pour garder les enfants, faire la cuisine et le repassage, mais depuis quatre ans nous faisons tout par nous-mêmes », nous dit Paula de Faria, professeure de 51 ans, mère de trois adolescentes. « Comme j’ai appris à mes filles à être autonomes, chacune est maintenant responsable de quelque chose. Elles font le ménage, et sans broncher. » La classe moyenne traditionnelle va devoir apprendre à se prendre en main et à envisager l’avenir sans traîner des pieds. Silvia, l’avocate qui a vécu l’incident du Réveillon mentionné ci-dessus, ne se plaint pas de l’absence de cette employée. « Personne n’est mort de faim, dit-elle. On a retroussé les manches et on a tout fait nous-mêmes, de la décoration à la préparation des différents plats. On a vu qu’on pouvait se passer de notre employée et on a passé une excellente soirée. »

Source : www.geledes.org/br
GELEDES - Institut de la Femme Noire
Traduction pour Autres Brésils : Hélène Bréant

* Toutefois, beaucoup de travailleurs demeurent exclus de ces bénéfices puisque l’amendement ne concerne que les employés ayant une carte de travail signée, excluant les journaliers et les employés non déclarés. Or on estime que 75% des employés domestiques n’ont pas de carte de travail !

[1]Du point de vue économique, la société brésilienne est divisée en cinq classes : les riches A et B, les classes moyennes : C, les pauvres : D et E
[2]Fondation Institut pour la Recherche en Economie
[3]IPEA : Institut d’Etudes Economiques Appliquées
[4]"Le problème des domestiques : ébauche de solutions"
[5]"Travail domestique : la nouvelle donne"
[6]Originaire du sud du Brésil
[7]Vestibular : concours d’entrée à l’université
[8]Environ 640 euros (février 2012)
[9]Restaurant où l’on peut manger à volonté, notamment des viandes
[11]Lit de chat
[12]"Marias du foyer"
[13]"Casa Grande e Senzala" : ouvrage de Gilberto Freyre (1933) sur le système colonial au Brésil. Casa grande : la maison des maîtres. Senzala : case des esclaves