Contes de la "folie" ordinaire : témoignage d'une internée d'office de 16 ans

Contes de la "folie" ordinaire : témoignage d'une internée d'office de 16 ans

Témoignage de Nathalie (pseudonyme), adolescente hospitalisée à 16 ans en 2015, reçu le 29 avril 2016 par le GIA (Groupe Information Asiles) :

«Bonjour, j'ai 17 ans. Je suis victime de dépendance affective et je vais vous raconter où ça m'a menée. Tout a commencé lorsque l'on m'a forcée à voir une psychiatre. Un coup elle faisait la gentille, un coup elle était méchante (et nous montrait sa vraie face). Elle m'a déjà traitée de perverse égocentrique, tout ça... En gros elle me disait tout ce que je n'avais pas envie d'entendre! Je me suis même déjà mutilée en rentrant chez moi à cause d'elle. Elle n'a rien fait d'autre que de me détruire, mais c'est son métier.

En mars 2015, j'ai été enfermée en pédiatrie pour une semaine. Cela ne m'a servi strictement à rien, si ce n'est à regarder le soleil par la fenêtre sans pouvoir sortir. Je passais mes journées à manger, à dormir et bien sûr, j'étais sur traitement à cause de la psychiatre. Je prenais du Risperdal, d'ailleurs j'en avais même fait un malaise et on m'avait remontée en fauteuil roulant. La psy me disait "c'est parce que tu ne manges pas" alors que c'est faux puisque je peux ne pas manger de plusieurs jours et je ne fais jamais de malaises. (Et en plus là- bas, je mangeais !!!!!) De plus elle m'a toujours dit que le Risperdal n'était pas un neuroleptique, ce qui est totalement faux ! Madame se vantait toujours d'avoir "Le niveau" et d'être plus intelligente que moi en gros. C'était madame je sais tout et je veux toujours avoir raison. En tout cas, je ne savais pas qu'un bac + 15 pouvait rendre si méchant et sadique !

En juillet 2015, j'ai été enfermée en psychiatrie pour un mois. Du haut de mes 16 ans, j'ai joué le jeu pour sortir de là-bas le plus vite possible, et ça a marché... Sinon j'y serais encore. La psychiatre (même si je meurs d'envie d'utiliser d'autres termes pour parler d'elle) a décidé de m'enfermer un jour ou j'allais bien et je ne m'y attendais pas du tout. Ce jour-là, ma vie s'est détruite encore plus qu'elle ne l'était. Ce n'est pas les fous qu'on enferme, ce sont les gens malheureux.

Tout d'abord, mon arrivée dans cette "prison" : On m'a posé tout un tas de questions et ils notaient tout sur un papier. Je me sentais comme une criminelle qui vient de commettre un crime. Je suis restée en pyjama bleu pendant presque deux semaines (au début, je n'avais même pas le droit d'avoir mon soutif, de peur que je m'étrangle avec), et ils s'étonnaient que je n'avais rien envie de faire. Et donc je suis restée en chambre d'isolement pendant presque 2 semaines aussi. Je n'avais pas d'oreiller et je n'osais pas me mettre dans ces draps si inconnus... Je n'aimais pas ce lit qui n'était pas le mien, cette chambre qui n'était pas la mienne, cet endroit qui n'était pas ma place. (J'étais pas enfermée dans la chambre, mais c'était quand même une chambre d'isolement) et puis on me disait que plus je resterais comme ça à rien faire, plus je resterais enfermée... Il n'y avait aucune autre issue que de faire semblant d'aller bien pour se sortir de là ! Toutes les portes étaient fermées à clé, les infirmiers posaient souvent des questions qui n'avaient ni queue ni tête et je me demande encore qu'est ce que ça pouvait bien leur faire de savoir tout ça. Ils ne me connaissaient même pas. Dans mes journées j'avais le choix entre dessiner, regarder la télé, lire... Coupée d'internet, coupée de tout. J'ai eu une permission au bout de 3 semaines (si je n'avais rien fait pour l'avoir, je ne l'aurais même pas eue) donc pendant 3 semaines, je n'ai vu personne. Ni même mes parents. Cela faisait soi-disant partie du traitement, je ne sais même pas si je dois en rire ou en pleurer...

Les psychiatres n'ont même pas lieu d'exister. Personne n'a le droit d'enfermer quelqu'un, personne n'a à avoir ce pouvoir !!!! Les deux premières semaines, j'ai appris ce que voulais dire "pleurer toutes les larmes de son corps", je voulais une seule chose c'était rentrer chez moi, appeler ma mère... Mais ils me l'interdisaient. Parfois ça me choquait quand je voyais comment étaient traités les 2 seuls "malades" qu'il y avait là-bas. Un garçon de 17 ans, qui passait sa vie en chambre d'isolement.. Parfois il pleurait, criait... Et une fille de 11 ans qui se faisaient très souvent enfermer dans une pièce aussi, ce qui ne faisait qu'empirer les choses... ça la rendait violente, elle pleurait, elle tapait sur la vitre.. Et puis combien de fois je me suis fait cracher dessus, taper, tirer les cheveux ? (Même si ce n'est pas les infirmiers ni des psy qui m'ont fait ça, j'aurais quand même pu m'en passer) Ah mais oui, ça faisait partie de mon traitement.

Pendant ce séjour, je me sentais comme un légume, je n'avais pas vraiment de réflexes. Mon ventre était détraqué mais je leur cachais au maximum car sinon, ils auraient changé mon traitement et donc je serais restée enfermée plus longtemps. Je pense qu'en plus en étant constipée pendant des semaines entières j'aurais pu avoir quelque chose de grave.. Je me demande bien comment feraient les psychiatres s'ils ne pouvaient pas distribuer leurs drogues légales ? En arrivant dans cet endroit glauque, je pesais 39 kg. En ressortant, j'en faisais 45. J'étais grosse, ma peau était moche (car ce médicament me donnait des boutons) et très mal à l'aise dans tout mon corps... Je faisais peur. Prendre 6 kilos en un mois, je trouve ça très sadique. On ne m'a pas gavée non, mais le médicament me donnait horriblement faim... Heureusement qu'une fois arrivée chez moi, j'ai directement arrêté le traitement ! Sinon j'en serais à combien.. 95 ?

Sont-ils capables de réellement aider ? Je pense que non. Je pense qu'ils ne sont même pas là pour aider mais pour "forcer à aller bien" et moi, je n'ai pas envie d'être forcée à quoi que ce soit. Je veux maîtriser mon corps, mes envies, ma vie et je trouve ça simplement horrible d'enfermer des gens pour le plaisir. Les seules personnes qui m'ont réellement aidée n'étaient même pas psy. Pour aider quelqu'un, il suffit d'avoir deux choses : Un coeur et de la volonté. Le bac n'est pas pris en compte, du moins pas pour moi ! Je trouve tout ça scandaleux et même si je n'ai pas vraiment vécu "d'abus en psychiatrie", je trouve que la psychiatrie en elle-même est un abus. J'en serais détruite à vie et je vis avec la peur constante de revivre ça un jour, parce que malheureusement les psychiatres ont le pouvoir et nous ne pouvons pas y faire grand chose. Que justice soit faite ! »


Le GIA (Groupe Information Asiles) est une association loi 1901 à but non lucratif, de personnes psychiatrisées ou l’ayant été et de militants soucieux du respect de la dignité et des droits des psychiatrisés. Son objectif principal est d’informer sur l’abus et l’arbitraire en psychiatrie, de promouvoir les droits de l’homme en ce domaine où ils sont si souvent bafoués, de lutter contre la contrainte aux soins et l’utilisation répressive de la psychiatrie, les mauvais traitements et les atteintes à la personne dans le cadre de son exercice.