Passé sous le radar : Pat Thomas 2015 et le retour du high life

Passé sous le radar : Pat Thomas 2015 et le retour du high life

Pat Thomas est revenu en 2015 avec un sacré album qui remet les pendules highlife à l'heure de la modernité , quand on pensait que ce dernier avait été  balayé par l'afrobeat de Fela. Que nenni !

Tiré autant des musiques d’église, des fanfares militaires, du jazz, du calypso et des rythmes de la côte (« osibi » du Ghana à base de percussions et de chants, « ashiko » de Sierra Leone, « dagomba » que du jeu de guitare « fireman » du Liberia), le highlife (la belle vie, la grande vie) se développe à Kumasi dans les années 1920, seconde ville du Ghana et chef-lieu de la région ashanti. Au début de la Seconde Guerre mondiale, ce rythme explose à Accra, devenu l’aéroport de transit des forces alliées en campagne au Moyen-Orient : des milliers de soldats européens et américains dont de nombreux musiciens y faisant escale, mêlent au highlife originel le jazz et le swing.

Le highlife est servi par un bouillonnement idéologique qui s’articule autour des axes suivants : nationalisme culturel, respect de la personnalité africaine, solidarité des peuples noirs et surtout panafricanisme dont le plus ardent militant est Kwame Nkrumah, futur président de ce pays indépendant en 1957.  Parmi les stars, on trouve les ghanéens E.T. Mensah, Ebo Taylor, ainsi que les trompettiste et saxophoniste nigérians Victor Olaiya et Fela Kuti ; ce dernier fera plus tard évoluer le style vers un nouveau genre musical : l'afrobeat. Et des années 60 aux 80's, on entendra les deux sons dans des variantes libres avec des stars qui font danser le monde black et d'autres qui réussissent la crossover : D'Ebo Taylor à Pat Thomas, en passant par Fela ou King Sunny Adé ( au nom de la juju music.)

La remarque est loin d'être anodine car, l'album éponyme de Pat Thomas avec son Kwashibu Area Band emprunte à tous les genres précités pour faire son propre mix ultra-vivifiant qui fait danser carrément tous les spectateurs des scènes où il va distiller son savoir-faire cuivré et sa voix ultra-reconnaissable en anglais s'il vous plaît. Une vraie tournerie qui vous garantie le soleil au coin des oreilles et vous assure la banane dès la première écoute. A plus 70 ans, et après avoir vécu aussi bien en Afrique que sur le nouveau continent, il est reparti enregistrer aussi bien avec son complice ( depuis 1968) Ebo Taylor, qu'avec Tony Allen pour refaire entendre sa voix ( the golden voice of Africa) … 

Sorti à la fin de l'hiver dernier, pas de raison qu'il ne fasse aussi son office dès le retour du froid. Plus que conseillé, rapidement addictif. Si, si !

Jean-Pierre Simard

Pat Thomas Pat Thomas and Kwashibu Area Band, Strut Records