Taïwan fait pop, pop, pop avec Lily Chao

Taïwan fait pop, pop, pop avec Lily Chao

Alors que l'Occident fait des manif en brandissant le Petit livre Rouge dans la rue, Taïwan en 68 , la Chine vue des USA, se lance dans la pop et fabrique ses propres stars. Lily Chao en fut un bel exemple. Et comme ici, on a célébré aussi bien Sheila que Sylvie Vartan, les idoles, petit retour sur une chanteuses malheureuse, comme il se doit. C'est bon pour la légende.

Chinese Folk Songs de Lily Chao, la star taïwanaise était sorti originellement sur Four Seas Records en 1968, cette édition offre quatre bonus ainsi que sa biographie et les paroles de ses chansons en français.

Dans une Chine en pleine mutation et propre sur elle puisque soutenue à grands frais par les Etats Unis comme contre-modèle au maoïsme d'alors en vogue, c'est tout juste au sortir de la guerre civile que naît en 1948 à Taïwan Chao Xiao-Jun, alias Lily Chao. Après une enfance difficile, à 19 ans, Lily se voit dans l’obligation d’arrêter ses études pour subvenir aux besoins de sa famille et entamer une carrière de chanteuse, après une audition remportée avec succès au Taipei Cabaret de Taïwan.

Tenter une carrière dans la chanson n’est pas anodin puisque le cabaret,  en pleine explosion à l’époque, s'avère l’endroit de divertissement populaire par excellence et permet aux plus talentueux de s’y faire remarquer. Mêlant à la fois concerts de chansons traditionnelles en mandarin, poésie, théâtre, magie et autres spectacles, ce lieu propice permettra à Lily d’accéder rapidement à la reconnaissance.

Malgré son succès immédiat du à ses multiples prestations scéniques et nombreuses apparitions à la télévision nationale, Lily Chao souffrira d’une vie privée chaotique et douloureuse. Ne souriant que très peu, lui conférant ainsi une attitude très distante, le public s’empressera de la qualifier de « reine de glace ». Surnom qui l’accompagnera tout au long de sa carrière.

Cette mélancolie à peine cachée se retrouve au long de l’album, avec sa manière de chanter si particulière : à la fois saccadé et fluide. Entre folklore chanté en mandarin et rock inspiré des Shadows, le côté occidental en moins, l’écoute de cet album nous invite au voyage à la découvert d'une Chine qui se vend comme la seule qui vaille quand elle ne représente qu'un produit à l'export pour le commerce mondial.

C'est d'autant plus troublant et décalé dans l'expression que cela sonne à la fois proche et lointain. Proche dans les arrangements et lointain dans l'expression d'une formule qui cherche à entrer dans un moule quand ce dernier est fait pour être un attrape-tout mondial.

Tout en guitare surf et garage, toujours sur une rythmique millimétrée, sublimée par des touches de saxophone et d’orgue, Lily déploie ses vibratos enivrants et apporte une touche soul à l’ensemble.

Une originalité pop sixties qui se bonifie à l’épreuve du temps, comme si un autre monde avait été là possible et qu'il n'en reste que l'expression.

Jean-Pierre Simard

Lily Chao Chinese Folk Songs (Akuphone)