L’ange rock du bizarre a un fils : El Blaszczyk

L’ange rock du bizarre a un fils : El Blaszczyk

Le fantôme de Jean Yanne a croisé celui d’Hector et de ses Médiators, en pleine discussion avec Nino Ferrer et Jacques Dutronc. Dans leur laboratoire, ils ont concocté un nouvel avatar sans âge ni raison, psycho-rocka-garage fondu du bulbe. C’est la dernière découverte du label Born Bad, El Blaszczyk. Accrochez-vous, esprit frappeur autant que farceur.

Un secret du rock français vient enfin d’être révélé après des années de discussion entre l’artiste et le boss de Born Bad Records JB Guillot qui l’avait repéré depuis des années, mais n’arrivait à le décider à sortir ses bandes enregistrées au début des années 90. Après avoir traîné sur la scène rock parisienne au tout début des 90’s, El Blaszczyk avait plié bagages et s’était installé à la campagne dans le Sud Ouest. Mais le bruit courrait qu’il y avait du lourd en stock. Et à l’écoute, c’est patent.

Mais qu’en est-il de cet esprit narquois qui a repris l’esprit 60’s pour le transposer en une version compatible années 90 - qui durent dans l’esprit : à se tordre de rire, mais jaune ! Le son y est férocement garage, puisqu’il a tout fait seul, hormis les vocaux assurés par sa sœur et sa copine.  Batterie minimale, guitare dans la norme, orgue bien pourrave et re-re à gogo.

Voilà pour le son, mais les thématiques en 14 stations y vont de leur décalage acerbe sur le monde de l’hôpital, des cocktails, de la modernité; de la danse, du sexe et des filles, voire de la contestation à la Stella, genre qui dégomme sur Prisonnier Beatnik. Toujours cinglé à la limite des ambiances à la Daniel Johnson, matiné de Cramps pour l’esprit série B à Z.


Il a endossé toute la panoplie du rock déglingue, dis s’est lassé; hésitant même de longues années laisser sortir ses délires bien conçus. Mais au final, le voyage vaut pour l’époque qui se lit en filigrane, entre regret des 60’s glorieuses pour la musique et adaptation limite à la fin du XXe siècle. C’est aussi tordu que mordant, aussi tendu que tentant. Une pépite du genre grand barjot. Amen !

Jean-Pierre Simard  

El Blaszczyk - Rock Band Himself / The Quirky Lost Tapes 1993/95  (Born Bad Records)