Avec "Rêve et folie", Claude Régy suit Georg Trakl et le langage au bout de la nuit

« Le mot dans sa paresse cherche en vain à saisir au vol
L'insaisissable que l'on touche dans le sombre silence
Aux frontières ultimes de notre esprit
.» (Georg Trakl)


Avec Rêve et Folie , Claude Régy conclut une recherche quʼil a mené dans les contrées ultimes du langage. De Maeterlinck à Duras, en passant par Meschonnic,  Sarraute, Kane et Vesaas, il a rencontré des auteurs qui lui permettaient dʼexprimer lʼinsaisissable et lʼindicible, et dont lʼécriture faisait un aveu dʼimpuissance, se refusait à jouer le jeu de la rationalité et de lʼintelligibilité. Et cela l'a rendu enclin à pousser plus loin le discours.


Montant aujourd'hui Rêve et Folie, il est parti de la vie même de Georg Trakl, poète autrichien dont lʼexistence fulgurante sʼest interrompue à lʼâge de 27 ans, est marquée par la transgression des limites et le franchissement des interdits. Conscient de sa propre folie et rongé par la culpabilité de lʼinceste avec sa sœur, il est en rupture de tout, obsédé par sa propre destruction. En 1914, il meurt dʼune overdose de cocaïne alors quʼil était pharmacien-soldat sur lʼun des fronts les plus meurtriers de la Première Guerre mondiale.

Claude Régy

Claude Régy

Son langage poétique est parcouru par les contradictions qui ont habité sa vie. Il fait agir avec force des phrases contre les autres, les unes avec les autres. Les images sʼentrechoquent, les contraires sont assemblés, des associations étranges se produisent.  « Le mot dans sa paresse cherche en vain à saisir au vol / Lʼinsaisissable que lʼon touche dans le sombre silence / Aux frontières ultimes de notre esprit. » Avec ce long poème de
Trakl, Claude Régy poursuit son exploration de « lʼoutre-noir » de lʼêtre humain et ouvre en nous des déserts de silence, des étendues sombres qui, étonnamment, nous éblouissent par leurs soudains éclats de clarté.

Trakl a été, peut-être, le plus important des poètes expressionnistes allemand, de ceux qui ont retourné la langue de Goethe comme un gant noir vers d'autres musicalités, d'autres significations face au silence : ouverte béante pour dire des choses à venir, des choses pas encore là, mais que la guerre a mis en action, en horreur et au grand jour; faisant recoller les parts sombres inavouables à la lumière des canons.


Rêve et Folie de Georg Trakl, mise en scène de Claude Régy
avec Yann Boulaud -> 21 /10/2016
Théâtre de Nanterre-Amandiers
7, avenue Pablo Picasso92022 Nanterre

+ Du régal pour les vautours, un film d’Alexandre Barry 
(éditions Les Solitaires Intempestifs).
Dérive au cœur du travail et de la vie de Claude Régy. Yeux ouverts
dans la nuit, des visions surgissent. Lieux, visages, souvenirs, réminiscences remontent à la surface comme des fragments de miroirs superposés. Une aventure en zones inexplorées.