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Comme une explosion continue qui respire

Comme une explosion continue qui respire

Profitons de ce que, sur terre, la rentrée littéraire a commencé pour aller sonder un tout autre cortex – ou plutôt un corps-texte, une sorte de « frankenstexte » une machine-à-énoncés, telle que l’a pensée et agencée Mathias Richard dans son livre intitulé syn-t.ext, récemment paru aux éditions tituli.

Considérant la littérature comme un « cimetière » – ce qui en soi est assez pertinent, comme pourrait l’être par ailleurs l’image du über-bordel –, l’auteur-musicien a mis au point des modules baptisés « syntextes », qu’il produit en compactant/resserrant/assemblant des textes plus longs, exogènes ou non, en passant de la technique de l’amoncellement à la stratégie du montage. En gros, une forme renouvelée de cut-up, mais où le sens n'est pas oblitéré, subissant moins des altérations que des accélération, et ce grâce à un travail rythmique, que l’auteur explicite en Annexe :

« Il s’agit de condenser des dizaines de pages en quelques phrases :concentrer les résumés pour aboutir au niveau 2, faire ouvrir la porte secrète des pensées du cerveau ; résumer les résumés pour trouver de nouvelles idées, de nouvelles visions. Le mutantisme pourrait être un amoncellement de concentrats visiotextes, de concentrats psychiques synthétiques. »

Bien sûr, on peut rester réfractaire à cette conception « chimique » du texte, mais si l’on estime comme Mathias Richard que la « littérature est une machine qui t’espionne tous les jours, 24 heures sur 24 » et que tous les textes de tous les temps étant stockées dans l’infini carrousel de la production mentale-langagière, alors non seulement cette approche se révèle cohérente mais également nécessaire. Mais retranscrire ne signifie pas copier, car le filtre qu’est l’auteur – considéré ici comme « médium » – œuvre à la façon d’un « veilleur », fonctionne comme une « caméra animale, se donnant pour mission de

« capter et recracher ce que ses fibrilles sondent et synthétisent, exprimer la vie à travers sa boîte noire crânienne (scriptopsie), explorer et retransmettre la conscience possible. »

Mathias Richard produit ainsi deux spécimens de textes, des syntextes écrits (pour l’œil) et des syntextes vocaux (intitulés vokal_, et réservés à la lecture-performance).  Il existe aussi des « sursyntextes », mais on n’entrera pas ici dans le détail. Ce qui importe, c’est la matière – organisée, cadencée – que nous donne à lire Mathias Richard, et la façon dont, en tant que lecteur, nous allons l’ingérer. Car le syntexte est nécessairement lu comme un « texte », et le lecteur n’a pas pour mission, lui, de le décomposer, même s’il ne peut s’empêcher, en l’ingérant, d’en sentir les coutures, raccords, etc.

 

Ce qui frappe, à la lecture forcément un peu épiletoque de syn.t.ext, c’est la force de production du langage, dont les déchets redeviennent sans cesse matrices, opérant des synthèses disjonctives, court-circuitant les signifiants, shuntant la syntaxte. Question : la succession quasi « praxinoscopique » des énoncés – considérés comme des chutes, mais des chutes en instance de concentration – produit-elle autre chose qu’un sens dérivé, bâtard ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle génère une nouvelle esthétique, une transe savamment calibrée, une musique constituée d’unités se heurtant à la façon de particules.

 

Entre fusion et dénonciation du primat du texte, syn.t.ext vient rappeler en cette rentrée dite littéraire que si « la réalité est une surimpression en embranchement de toutes les choses possibles », il revient à l’écrivain de maîtriser ce que Mathias Richard appelle très justement « l’interférence constructive ». Et maintenant, play :

« J’ai depuis l’inconscience, puis l’enfance, ce tangage, ce balancement, cet écho, cet aveuglement, cette soif, ce sourire vers la lumière, cet appétit les dents blanches, cette joie quand le ciel l’orange explose en citrons, en jus, en pollens, en grains de photons, comme une explosion continue qui respire, un incendie partout qui nourrit, un jus royal qui donne soif et étanche et donne soif encore et donne envie d’escalader les hauteurs les plus hautes possibles pour aller exploser dans le ciel et intensifier encore plus la lumière que l’on boit qui nous désintègre. »

 

Mathias Richard, syn-t.ext, Librairie éditions tituli, 15 €

Publié par Cannibale Claro

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