Paris, Europe : éloignez ces migrants que je ne saurais voir

Paris, Europe : éloignez ces migrants que je ne saurais voir

Que ce soit au point d'en arriver à un deal plutôt honteux (et coûteux) avec la Turquie pour pouvoir renvoyer chez elle des réfugiés syriens à peine arrivés en Grèce, ou avec la multiplication des centres de rétention, qui sont en fait des prisons, l'Europe, et la France avec elle, ne veut pas voir des migrants dans ses rues.

Cela nous semble assez transparent comme ça. Mais ce qui est encore plus insupportable, c'est l'hypocrisie avec laquelle on détruit leurs pauvres logements de fortune, que ce soit à Calais ou à Paris, sous prétexte de leur donner de vrais logements (dans des centres de rétention/détention, le plus loin possible des villes) et des soins, alors qu'il ne s'agit que de s'en débarrasser et de les contrôler plus facilement. Aucune charité là-dedans.

A Stalingrad, des migrants se sont retrouvés emprisonnés en centre de rétention alors que l’opération policière ressemblait aux opérations de communication que la mairie de paris appelle "mise à l’abri". Invisibilisation, parcellisation des cas, arbitraire du traitement social, répression policière ou judiciaire devant la moindre tentative de traduction politique des revendications... Sans refus et résistance collective dès maintenant auprès de celles et ceux qui les subissent ces formes de gestion des populations sont destinées à s’étendre à toutes et tous.

Depuis quelques mois, le travail de la police parisienne consiste à violenter les exilé-e-s pour les empêcher de se regrouper ou à escorter les salarié-e-s de l’humanitaire pour évacuer les campements qui ont malgré tout pu se former.

Évacuer ces campements, cela signifie encercler les migrant-e-s puis les faire monter dans des bus pour les emmener dans des hébergements, souvent lointains, dont, à part les organisateurs et organisatrices de l’expulsion, la préfecture, la mairie et les humanitaires, personne ne sait rien : ni les lieux, ni la durée ni les conditions d’accueil et de vie.

A Paris, c’est Emmaüs, qui assure le volet humanitaire, l’association étant en autre missionnée pour le « diagnostic social des campements », comme ils disent. Donc, lors des évacuations, il y a toujours Emmaüs. Parfois il y a aussi des bus de la BAPSA (Brigade d’Assistance aux Personnes Sans-Abri, qui dépend de la Préfecture de Police) pour conduire les réfugiés vers les centres de la Boulangerie ou celui de Nanterre. Cette Brigade est un service de police qui n’est censé intervenir que sur demande d’un commissariat, d’une mairie ou du Samu social pour emmener les personnes en grande difficulté vers des hébergements pour une nuit.

Serait-ce donc les nouvelles stratégies des autorités parisiennes pour faire disparaître les migrants et migrantes des rues de la ville et empêcher toute lutte et visibilité ? Peut-être faudrait-il arrêter de considérer que la présence d’Emmaüs ou de la BAPSA ou la couleur rose de la Mairie de Paris sont synonymes d’hébergement d’urgence.

Il faut aussi regarder ce qui se passe ici dans un contexte européen. En moins de 24 heures, des lieux estampillés « Centres d’accueil » se sont transformés en « Centres de rétention ». La Turquie est devenue le meilleur allié de l’Union européenne en sous-traitant les expulsions vers des pays en guerre tels que l’Afghanistan ou la Syrie. L’Etat français a d’ailleurs envoyé 122 fonctionnaires de police en Grèce qui participeront à l’effort de guerre contre les migrants et migrantes.

En l’absence de toute réflexion sur la question du contrôle et de la liberté de circulation, en l’absence d’organisation collective autre qu’humanitaire et en l’absence d’auto-organisation des migrants et migrantes qui se retrouvent coincé-e-s ici ou en attente de réponse à leur demande d’asile, nous sommes malheureusement contraint-e-s de subir tout changement de stratégie politique des gouvernant-es et de leurs auxiliaires. Face à cela, continuons à essayer de nous organiser et au minimum réagissons partout où nous sommes, contre les rafles et la chasse aux pauvres et aux étranger-ère-s.

Des personnes solidaires