Turquie : des journalistes refont leur journal à la main depuis la prison

Turquie : des journalistes refont leur journal à la main depuis la prison

Naturellement, notre coeur s'est serré en découvrant dans Kedistan * ce numéro d'Özgür Gündem, un journal turc fermé le 16 août par le gouvernement, et dont les responsables et journalistes sont aujourd'hui en prison. Il est entièrement écrit à la main : lorsque vous jetez des journalistes en prison, et lorsque celles-ci ont des habitudes militantes acquises dans l’opposition démocratique, vous obtenez cet acte de résistance à l’oppression qu’il faut saluer et faire connaître. Les journaux, nous, à L'Autre Quotidien, on aime ça. Ce journal de prison a ce goût-là : celui de la liberté. Nous le tenons pour un exemple. Et une grande leçon qui nous est donnée par celles qui l'ont écrit.

Özgür Gündem a été fermé le 16 août 2016, après une descente de police musclée. Ses journalistes, ses responsables d’édition, sont derrière les barreaux.

Un acte de solidarité et de résistance active se manifeste à la prison des femmes de Mardin : les détenues, ont fait paraître le 12 septembre, un numéro d’Özgür Gündem, entièrement manuscrit.

Des manchettes, aux numéros de pages, ce numéro d’Özgür Gündem ‘spécial geôle’, comporte huit pages, et plusieurs articles. Avec ses chapitres ‘politique’, ‘actualité’, ‘art et culture’ et ‘écologie’, et sa page en kurde, le journal porte la sueur, le soin et surtout la détermination des détenues qui ont œuvré ensemble.

Sur la Une vous pouvez voir les manchettes « Selon l’Etat, être de Nusaybin est une trahison à la Patrie ! », et « Les détenues politiques, en résistance pour Öcalan ».

Les infos sont de réelles infos tirées de l’actualité, plusieurs articles sont sur les femmes détenues, les pressions qu’elles subissent, et les violations des droits en prison. Nudem Durak, Roj Çem Partizan, Merge Polat, Öznur Değer, Diljin Dinç ont écrit pour ce numéro. Les articles sont également illustrés. Nos lectrices et lecteurs y reconnaitront la plume de Zehra Dogan, en prison depuis le 21 juillet.

Özgür Gündem – Geôle
“Selon l’Etat, être de Nusaybin est une trahison à la Patrie !”
“Les détenues politiques, en résistance pour Öcalan”
“Bébé de cinq mois, en prison pour être membre d’organisation”
“Abus au commissariat”
“Ils sont arrivés à la maison avec 20(?) véhicules”
“9(?) ans de prison pour une chanson kurde”

Actualité | Femme
“Croire et se faire faire croire”,
“Le communalisme dans les geôles”,
“9 ans de prison pour la jeune sportive”,
“Elle continue la lutte pour la Paix, dans les prisons”.

Actualité | Politique
“Camp de concentration kurde dans les geôles”
“Etre la Nation de l’Etat : les notions de citoyenneté et de nationalité”
“Pas par pas, de muhtar (préposé de village) au régime de dictat”

Actualité | Ecologie
“Les détenues proposent”
“L’eau rouillée : danger dans les geôles”
“Planter des fleurs dans les prisons, est une ‘activité terroriste‘”
“En prison tout au recyclage”
“L’humain existe avec la Nature”
“Recette : dessert de pain à l’alun [de potassium]”
Et deux articles qui ont l’air tout doux, mais sans aucun doute bien acides “Persil pour tout” “Cure d’ail”…

Dans le mouvement kurde, les femmes, tout particulièrement, cultivent cet esprit de la “transmission” militante de l’analyse et de l’information. Une résistance consciente d’elle-même et de ses buts en impose à ses geôliers, au delà des privations, des vexations et des abus.

Lorsque vous jetez des journalistes en prison, et lorsque celles-ci ont des habitudes militantes acquises dans l’opposition démocratique, vous obtenez cet acte de résistance à l’oppression qu’il faut saluer et faire connaître.


* Traductions & rédaction par Kedistan. | Vous pouvez utiliser, partager les articles et les traductions de Kedistan en précisant la source et en ajoutant un lien afin de respecter le travail des auteur(e)s et traductrices/teurs. Merci.
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