L'Autre Quotidien
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Pourquoi un quotidien ?

Nous sommes de ces rares oiseaux (semble-t-il) qui aiment encore l'idée du quotidien. Au point de se démener pour en créer un nouveau, quand les titres plus établis sont en mode respiratoire assisté. On ne peut exclure (c'est d'ailleurs un des principes de base du quotidien que nous voulons créer : qu'il n'exclue rien) que nous soyons un peu fous, ou d'incurables nostalgiques (il est vrai que les deux principaux animateurs de ce projet avaient participé, au temps du Jurassique, à la création ex nihilo d'un quotidien papier très amateur, mais de bonne tenue : Le Jour, ce qui accuse le poids des ans, mais les innocente du péché d'inexpérience). Nous pensons donc d'abord devoir nous expliquer sur cette baroque proposition que nous vous faisons : lire un quotidien en 2016. Qu'entendons-nous par là ? Quelle expérience nous proposons-vous ? Et pourquoi croyons-nous qu'elle puisse avoir un sens positif ?

La tortue, le renard et les lévriers

Les quotidiens du siècle dernier informaient l'opinion en même temps qu'ils la (dé)formaient. Ceux d'aujourd'hui la forment encore (sans cela, il y a belle lurette que gouvernants et investisseurs auraient quitté le navire), jouant de ce point de vue un rôle essentiel, quoique sans doute surestimé par rapport à leur influence réelle, et qui justifie qu'ils soient toujours traités comme des institutions indispensables à la démocratie. Mais ils n'informent plus l'opinion que de ce qu'elle sait déjà, la radio et la télé d'abord, puis l'internet, devançant les pauvres quotidiens au point que leur information sur ce qui s'est passé la veille semble dater déjà de l'avant-veille, voire de l'avant-guerre.

Et à cela, rien à faire.

Cette fois, la tortue ne battra pas le renard. Pour la simple raison que ce renard-là n'est pas paresseux. Poussé qu'il est à se bouger par la curiosité de tous. Le grand quotidien est seul et il y a des milliards de renards sur internet. Des géants, des moyens et des minuscules. Tout un réseau de renards. Vous en êtes sans doute. Nous en sommes aussi.

A moins d'imaginer autre chose, se retirer de la course, qui ressemble beaucoup à celle des lévriers derrière le leurre qu'ils n'attraperont jamais, et tirer parti de sa relative lenteur (les tortues ne sont d'ailleurs pas si lentes qu'on le dit) et du temps qu'elle donne pour voir la vie autrement et s'inventer d'autres défis, un autre genre d'épreuve, une autre démarche, qui serait plus proche de celle du promeneur que de celle du sprinter, l'affaire est perdue. 


Au siècle dernier, les quotidiens servaient encore à informer. Ce rôle social légitimait et couvrait leur autre fonction, bien plus essentielle à nos yeux, et qui est tout ce qui reste de leur fonction, aujourd'hui : la mise en scène du monde (la couverture de l'information : cette singulière et paradoxale expression n'est-elle pas un beau lapsus ?).  La construction d'une vision de la vie à partir de milliers d'histoires a priori contradictoires, et sans rapport entre elles. En réalité, c'est cela qu'on achète d'abord quand on achète un quotidien : une cohérence, née d'une interprétation répétée des événements sur une longue durée. On lit Le Figaro dans les milieux aisés depuis toujours. Libération parce qu'on avait encore vingt ans quand il s'est créé. Le Monde depuis la fac, parce qu'il faut être sérieux. Pour savoir ce qu'ils en disent plutôt que pour en savoir plus sur un événement. La fonction de couverture de l'information rendue de plus en plus mince, la presse se retrouve à nu, face à elle-même, ses prétentions à l'objectivité devenues un peu dérisoires, puisque commenter l'actualité est la subjectivité même, alors qu'elle peine à l'admettre, et s'emploie même à nier. Qu'a-t-elle vraiment envie d'aller voir? de montrer? de dire? Si elle n'est plus obligée à rien? Devoir choisir, c'est dévoiler ses vrais sujets d'intérêt. Quel vertige, soudain! 

Longtemps format roi de la presse, de par sa fonction de dire et d'établir ce qui doit retenir l'attention, donner à penser et à agir (tous les quotidiens, même ceux qui s'en défendent, ont ce rôle hautement politique) le quotidien est aujourd'hui déchu pour cette même raison, en une époque où tout doit se faire à la seconde (et fortune à la micro-seconde, grâce aux algorithmes du Trading Haute Fréquence).

 

Parce qu'ils sont, par nécessité, presque par définition, cette exception, devenue rare et scandaleuse, à la logique de la spécialisation qui l'emporte partout : soit la juxtaposition, a priori insensée, d'à peu près tout ce qui constitue l'humain à un temps donné ramassée en vingt-quatre heures sur quelques pages. C'est cet ensemble d'informations retenues et d'autres ignorées, leur rythme, leur cohérence, leur allant, qui constitue la ligne éditoriale d'un journal, et lui donne son style, sa ligne de hanche. La nôtre, L'Autre Quotidien étant un journal plutôt visuel, ne sera pas longue à voir se dessiner. Mais on peut déjà le dire : elle sera contradictoire, parce qu'elle est à la recherche de quelque chose qui n'est pas là. Parce que nous ne nous reconnaissons tout à fait - et tout est là - dans rien de ce qui existe à ce jour en politique, ou dans l'organisation de la société.

Au siècle dernier, les quotidiens servaient encore à informer. Ce rôle indiscutablement utile occultait un peu leur autre fonction, bien plus essentielle, qui est la mise en scène du monde (la couverture de l'information : cette singulière et paradoxale expression n'est-elle pas un lapsus ?).  La construction d'une vision de la vie à partir de milliers d'histoires a priori contradictoires, et sans rapport entre elles. En réalité, c'est cela qu'on achète d'abord quand on achète un quotidien : une cohérence, née d'une interprétation répétée des événements sur une longue durée. On lit Le Figaro dans les milieux aisés depuis toujours. Libération parce qu'on avait encore vingt ans quand il s'est créé. Le Monde depuis la fac, parce qu'il faut être sérieux. Pour savoir ce qu'ils en disent plutôt que pour en savoir plus sur un événement. La fonction de couverture de l'information rendue de plus en plus mince, la presse se retrouve à nu, face à elle-même, ses prétentions à l'objectivité devenues un peu dérisoires, puisque commenter l'actualité est la subjectivité même, alors qu'elle peine à l'admettre, et s'emploie même à nier. Qu'a-t-elle vraiment envie d'aller voir? de montrer? de dire? Si elle n'est plus obligée à rien? Devoir choisir, c'est dévoiler ses vrais sujets d'intérêt. Quel vertige, soudain! 

Et La Nuit ? Pour vous dire la vérité, mettre en scène le monde nous va très bien. C'est simplement plus juste et plus sain de le dire. Nous ne sommes pas intéressés par les commentaires qui servent de prétexte à redonner l'information de la veille (la glose, 75% du contenu des journaux). C'est le reste qui nous intéresse. L'inattendu, le contradictoire, le curieux, l'inespéré. Ce qui se trouve dans les 25% restants quand ils ne sont pas consacrés aux relais-châteaux. En fait, nous les aimons, quand même, les quotidiens. Et pourquoi? Parce qu'ils sont, par nécessité, cette exception à la logique de la spécialisation qui l'emporte partout : la juxtaposition, a priori insensée, d'à peu près tout ce qui constitue l'humain ramassée en très peu de temps sur quelques pages. C'est cet ensemble d'informations retenues et d'autres ignorées, leur rythme, leur cohérence, leur allant, qui constitue la ligne éditoriale d'un journal, et lui donne son style, sa ligne de hanche. La nôtre, L'Autre Quotidien étant un journal plutôt visuel, ne sera pas longue à voir se dessiner. Mais on peut déjà le dire : elle sera contradictoire, parce qu'elle est à la recherche de quelque chose qui n'est pas là. Parce que nous ne nous reconnaissons tout à fait - et tout est là - dans rien de ce qui existe à ce jour en politique, ou dans l'organisation de la société.

La presse est une bouche forcée d’être toujours ouverte et de parler toujours. De là vient qu’elle dit mille fois plus qu’elle n’a à dire, et qu’elle divague souvent.
— Alfred de Vigny
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